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L’internationalisme de Marx et Engels n’était pas un caprice ou le
fruit de considérations sentimentales. Il découlait directement du
développement du capitalisme comme système mondial. Des différentes
économies nationales émerge un tout indivisible et interdépendant : le
marché mondial.
Les fondateurs du marxisme avaient brillamment anticipé le
développement du marché mondial. Sa domination écrasante est le fait le
plus décisif de notre époque. Aucun pays ne peut échapper à l’emprise du
marché mondial, même les pays les plus grands et les plus puissants –
même les Etats-Unis, la Chine et la Russie.
La Première et la Deuxième Internationales
Dès sa naissance, la Ligue Communiste était une organisation
internationale. Cependant, la formation de l’Association Internationale
des Travailleurs (AIT, la Première Internationale), en 1864, constituait
un saut qualitatif. La tâche historique de la Première Internationale
fut d’établir les grands principes, le programme, la stratégie et la
tactique du marxisme à l’échelle mondiale. Cependant, lors de sa
création, l’AIT n’était pas une internationale marxiste, mais une
organisation très hétérogène, composée de syndicalistes réformistes
britanniques, de proudhoniens français, de partisans italiens de
Mazzini, d’anarchistes – et d’autres courants. En combinant fermeté sur
les principes et grande flexibilité tactique, Marx et Engels finirent
par en gagner la majorité.
L’AIT a réussi à poser les fondements théoriques d’une authentique
Internationale révolutionnaire. Mais elle n’a jamais été une
Internationale ouvrière de masse. Elle fut surtout une anticipation.
Fondée en 1889, l’Internationale Socialiste – la Deuxième Internationale
– commença là où s’était arrêtée la Première. Mais à la différence de
l’AIT, la Deuxième Internationale fut d’emblée une Internationale de
masse qui réunissait et organisait des millions de travailleurs. Elle
comptait des syndicats et des partis de masse en Allemagne, en France,
en Grande-Bretagne, en Belgique, etc. En outre, elle reposait – du moins
en paroles – sur les bases du marxisme révolutionnaire. L’avenir du
socialisme mondial semblait assuré.
Cependant, le malheur de la Deuxième Internationale fut de naître à
l’époque d’une longue période de croissance capitaliste. Cela marqua la
psychologie et les conceptions politiques des dirigeants des syndicats
et partis socio-démocrates. Sur la base d’une longue période de
croissance économique, le capitalisme était en mesure de faire des
concessions à la classe ouvrière – ou plus exactement, à ses couches
supérieures.
La formation de castes d’officiels syndicaux, de bureaucrates et de
carriéristes parlementaires conditionna un processus de dégénérescence
au cours duquel les sommets du mouvement ouvrier se séparaient des
masses et de la base militante. Graduellement, presque
imperceptiblement, les objectifs révolutionnaires étaient perdus de vue.
Les dirigeants étaient absorbés par la routine quotidienne de
l’activité parlementaire et syndicale. Finalement, des théories furent
élaborées pour justifier l’abandon des principes.
Telles furent les bases matérielles de la dégénérescence de
l’Internationale Socialiste. Cette dégénérescence éclata au grand jour
en 1914, lorsque les dirigeants de l’Internationale votèrent les crédits
de guerre et rallièrent « leur » bourgeoisie dans le carnage
impérialiste de la Première Guerre mondiale.
La IIIe Internationale
La IIIe Internationale – l’Internationale Communiste – se situait à
un plus haut niveau qualitatif que les deux précédentes. Tout comme
l’AIT à son sommet, la IIIe Internationale défendait un programme
authentiquement révolutionnaire et internationaliste. Comme la Deuxième
Internationale, elle avait une base de masse. Elle organisait des
millions de travailleurs. Cette fois encore, il semblait que le sort de
la révolution mondiale était en de bonnes mains.
Sous la direction de Lénine et Trotsky, l’Internationale Communiste a
maintenu une ligne correcte. Cependant, l’isolement de la révolution
russe, dans les conditions d’une effroyable arriération matérielle et
culturelle, engendra une dégénérescence bureaucratique de la Révolution.
La fraction bureaucratique dirigée par Staline a pris l’ascendant, en
particulier après la mort de Lénine, en 1924.
L’Opposition de Gauche s’efforça de défendre les traditions d’Octobre
– les traditions de la démocratie et de l’internationalisme ouvriers –
contre la réaction stalinienne. Mais elle luttait à contre-courant. Les
travailleurs russes étaient épuisés par des années de guerre, de
révolution et de guerre civile. D’un autre côté, la bureaucratie gagnait
toujours plus en confiance. Elle a mis les travailleurs à l’écart et
pris le contrôle du parti bolchevik.
Avec la maladie et la mort de Lénine, la bureaucratie – sous Staline
et Boukharine – prit un virage droitier, s’appuyant sur les koulaks
(paysans riches) et d’autres éléments capitalistes du pays. De même,
elle s’efforça de constituer un bloc avec les éléments de la bourgeoisie
soi-disant progressiste de pays coloniaux (Tchang Kaï-chek, en Chine)
et avec la bureaucratie ouvrière d’Occident (Comité anglo-soviétique).
Cette politique opportuniste déboucha sur la défaite sanglante de la
révolution chinoise, en 1927.
A chaque défaite de la révolution internationale (notamment en
Allemagne, en 1923), les travailleurs soviétiques étaient un peu plus
déçus et démoralisés – ce qui, en retour, renforçait la bureaucratie et
la fraction de Staline, dans le parti. Après la défaite de l’Opposition
de Gauche dirigée par Trotsky, en 1927, Staline, qui s’était brûlé les
doigts avec la politique pro-koulaks, rompit avec Boukharine et adopta
la position ultra-gauchiste de la « collectivisation forcée », en
Russie, tout en imposant à l’Internationale (le Comintern) la politique
insensée de la « Troisième période ».
Trotsky et ses partisans, les bolcheviks-léninistes, furent exclus du
Parti Communiste et de l’Internationale. Ils furent calomniés,
persécutés, emprisonnés et assassinés. Staline traça une ligne de sang
entre la bureaucratie – qui usurpait et trahissait la révolution
d’Octobre – et les trotskystes qui se battaient pour défendre les
véritables idées du bolchevisme.
Le potentiel colossal de la IIIe Internationale fut détruit par la
montée du stalinisme, en Russie. La dégénérescence de l’Union Soviétique
désorienta les directions des jeunes Partis Communistes, en Europe et
ailleurs. Alors que Lénine et Trotsky considéraient la révolution
internationale comme la seule et unique chance de survie pour la
révolution russe et l’Etat soviétique, Staline et ses partisans étaient
indifférents à la révolution mondiale. La « théorie » du socialisme dans
un seul pays exprimait l’étroitesse nationaliste de la bureaucratie,
qui transforma l’Internationale Communiste en un simple instrument de la
politique étrangère de Moscou.
La classe ouvrière allemande paya le plus lourd tribut de cette
trahison. Pour lutter contre la menace du fascisme, Trotsky en appelait à
un front unique des travailleurs communistes et socio-démocrates. Mais
les dirigeants du Parti Communiste Allemand balayèrent les
avertissements de Trotsky. La classe ouvrière allemande était coupée en
deux. La théorie insensée du « social-fascisme » divisa et paralysa le
puissant mouvement ouvrier allemand, ouvrant la voie à la conquête du
pouvoir par Hitler.
Cette défaite de la classe ouvrière allemande, en 1933, fut un
tournant. Malgré cette débâcle, la IIIe Internationale se montra
incapable de réagir. Trotsky en tira la conclusion qu’elle était morte –
et qu’il fallait forger une nouvelle Internationale. L’histoire lui
donna raison. En 1943, après avoir été cyniquement utilisée par Staline
comme un instrument de sa politique extérieure, la IIIe Internationale
fut enterrée ignominieusement, sans même convoquer un congrès.
La IVe Internationale
Exilé, en proie aux pires difficultés, calomnié chaque jour par les
Staliniens, persécuté par le GPU, Trotsky s’efforça de regrouper les
petites forces qui demeuraient fidèles aux traditions du bolchevisme et
de la révolution d’Octobre. Malheureusement, de nombreux adhérents de
l’Opposition de Gauche étaient confus et désorientés. De nombreuses
erreurs furent commises, en particulier des erreurs sectaires. Cela
reflétait l’isolement des trotskistes à l’égard du mouvement des masses.
Ce sectarisme sévit encore aujourd’hui dans la plupart des groupes qui
se réclament du trotskisme, mais ne sont pas parvenus à comprendre les
idées les plus élémentaires que défendait Trotsky.
La IVe Internationale fut fondée en 1938, sur la base d’une
perspective donnée. Cependant, cette perspective ne se réalisa pas. [1] D’autre part,
l’assassinat de Trotsky par un agent de Staline, en 1940, porta un coup
mortel au mouvement. Les autres dirigeants de la IVe Internationale se
révélèrent complètement incapables d’accomplir leurs tâches historiques.
Ils répétaient des phrases de Trotsky sans comprendre sa méthode. La
direction de la IVe Internationale était incapable de comprendre la
situation qui émergeait de l’après-guerre. En conséquence, ils commirent
de sérieuses erreurs, qui aboutirent au naufrage et l’éclatement de la
IVe Internationale.
Il n’est pas possible d’entrer ici dans le détail des erreurs des
dirigeants de la IVe Internationale. Mandel, Cannon et compagnie ont
complètement perdu pied, après la guerre, et abandonnèrent le marxisme.
Après la mort de Trotsky, la IVe Internationale dégénéra en une secte
petite-bourgeoise. Elle n’avait plus rien à voir avec le bolchevisme et
le léninisme. Le sectarisme grossier des groupes pseudo-trotskystes à
l’égard de la révolution bolivarienne en est un exemple flagrant.
La IIe et la IIIe Internationales ont fini par devenir des
organisations réformistes – mais elles avaient, au moins, une base de
masse. Exilé, Trotsky n’avait pas d’organisation de masse, mais il avait
une politique et un programme corrects. Il était respecté – et écouté –
par des travailleurs du monde entier. Aujourd’hui, la IVe
Internationale n’existe plus, comme organisation. Les groupes qui s’en
réclament (et il n’en manque pas) n’ont ni masses, ni idées correctes,
ni même un drapeau sans tache. Sur ces bases, il est absolument
impossible de refonder la IVe Internationale.
Le mouvement a été rejeté en arrière
Lénine avait pour mot d’ordre : toujours dire ce qui est. Parfois, la
vérité n’est pas plaisante, mais il faut tout de même la dire. Et la
vérité, c’est qu’une combinaison de circonstances – objectives et
subjectives – ont rejeté en arrière le mouvement révolutionnaire,
réduisant les forces du marxisme à une petite minorité. Telle est la
vérité. Quiconque la nie se dupe et dupe les autres.
Dans la foulée de la Seconde Guerre mondiale, des décennies de
croissance économique, dans les pays capitalistes avancés, ont créé les
bases matérielles d’une dégénérescence inédite des organisations de
masse de la classe ouvrière. Le courant révolutionnaire a été
marginalisé. Partout, il a été réduit à une petite minorité. Par
ailleurs, l’effondrement de l’Union Soviétique a semé la confusion et la
démoralisation, dans le mouvement. Cela a parachevé la capitulation des
anciens dirigeants staliniens, dont bon nombre sont passés dans le camp
de la réaction capitaliste.
Beaucoup de gens en ont tiré des conclusions pessimistes. Nous leur
répondons : ce n’est pas la première fois que nous faisons face à des
difficultés. Elles ne nous effraient pas le moins du monde. Nous gardons
une confiance inébranlable dans la validité du marxisme, dans le
potentiel révolutionnaire de la classe ouvrière et dans la victoire
future du socialisme. La crise actuelle révèle le rôle réactionnaire du
capitalisme – et met la renaissance du socialisme international à
l’ordre du jour. On assiste au début d’un regroupement des forces, à
l’échelle internationale. Il faut donner à ce regroupement une
expression organisée – ainsi qu’une perspective, une politique et un
programme clairs.
La tâche à laquelle nous sommes confrontés est analogue, dans ses
grandes lignes, à celle que se fixaient Marx et Engels, à l’époque de la
création de la Ière Internationale. Comme nous l’avons expliqué
ci-dessus, la Ière Internationale n’était pas une organisation homogène.
Elle était composée de différentes tendances. Cependant, cela n’a pas
dissuadé Marx et Engels. Ils ont rallié le mouvement pour une
Internationale ouvrière et ont patiemment travaillé à l’armer d’un
programme et d’une idéologie scientifiques.
Ce qui distingue la Tendance Marxiste Internationale (TMI) de toutes
les autres tendances qui se réclament du marxisme, c’est, d’une part,
notre attitude scrupuleuse à l’égard de la théorie, et d’autre part
notre approche à l’égard des organisations de masse. Nous savons que
lorsque les travailleurs se mobilisent, ils ne rallient pas de petits
groupements aux marges du mouvement ouvrier, mais leurs grandes
organisations traditionnelles. Dans le document fondateur de notre
mouvement, le Manifeste du Parti Communiste, Marx et Engels
expliquaient :
« Quelle est la position des communistes par rapport à l’ensemble
des prolétaires ?
« Les communistes ne forment pas un parti distinct opposé aux
autres partis ouvriers.
« Ils n’ont point d’intérêts qui les séparent de l’ensemble du
prolétariat.
« Ils n’établissent pas de principes particuliers sur lesquels ils
voudraient modeler le mouvement ouvrier.
« Les communistes ne se distinguent des autres partis ouvriers que
sur deux points : 1. Dans les différentes luttes nationales des
prolétaires, ils mettent en avant et font valoir les intérêts
indépendants de la nationalité et communs à tout le prolétariat. 2. Dans
les différentes phases que traverse la lutte entre prolétaires et
bourgeois, ils représentent toujours les intérêts du mouvement dans sa
totalité.
« Pratiquement, les communistes sont donc la fraction la plus
résolue des partis ouvriers de tous les pays, la fraction qui stimule
toutes les autres ; théoriquement, ils ont sur le reste du prolétariat
l’avantage d’une intelligence claire des conditions, de la marche et des
fins générales du mouvement prolétarien. »
Quelle conclusion pouvons-nous en tirer ? Que les marxistes
authentiques ne doivent pas se séparer des organisations de masse. Le
dilemme de notre époque est le suivant. Les directions réformistes du
mouvement ouvrier se sont adaptées au capitalisme. Cependant, ces mêmes
directions conservent une base de masse, dans de nombreux pays. Il est
très facile de déclarer que les dirigeants ont capitulé. Cependant, cela
ne suffit pas pour faire émerger une alternative.
L’Internationale ne sera pas construite en la proclamant, simplement.
Elle se construira sur la base de l’expérience, exactement comme
l’Internationale Communiste a été construite sur la base de l’expérience
des masses, au cours de la période turbulente des années 1914-1920. Des
événements, des événements et encore des événements sont nécessaires
pour convaincre les travailleurs de la nécessité d’une transformation
révolutionnaire de la société. Mais en plus des événements, nous devons
créer une organisation dotée d’idées claires et de racines plongeant
profondément dans les masses, à l’échelle mondiale.
Comment défendre la révolution vénézuélienne
Lors de son discours de Caracas, Chavez a souligné que les quatre
premières Internationales étaient toutes basées en Europe, alors que
l’épicentre de la révolution mondiale est désormais en Amérique latine,
et en particulier au Venezuela. Il est indiscutable que, pour le moment,
la révolution est allée plus loin en Amérique latine que partout
ailleurs. C’est ce que la TMI avait anticipé, il y a 10 ans, et les
événements ont entièrement confirmé notre perspective.
En rappelant ce fait indiscutable, Chavez n’a pas voulu nier l’existence
d’un potentiel révolutionnaire dans le reste du monde, y compris en
Europe et en Amérique du nord. Au contraire, il a régulièrement appelé
les travailleurs et la jeunesse de ces continents à rallier la lutte
pour la révolution socialiste. Il a systématiquement demandé aux pauvres
des Etats-Unis de soutenir la révolution vénézuélienne. Cela n’a rien à
voir avec la démagogie réactionnaire du « tiers-mondisme », qui cherche
à opposer l’Amérique latine aux « gringos ». C’est la voix d’un
authentique internationalisme, qui a lancé le célèbre mot d’ordre :
« Travailleurs de tous les pays, unissez-vous ! »
L’impérialisme est déterminé à mettre un terme au processus
révolutionnaire qui se développe en Amérique latine. Le Venezuela est à
l’avant-garde de ce processus. La politique internationaliste de Chavez,
comme ses appels répétés à la révolution mondiale, suscite
l’enthousiasme de tous les militants anti-impérialistes à travers le
monde. La révolution vénézuélienne représente un danger mortel pour les
classes dirigeantes du continent américain. C’est ce qui explique un
certain nombre d’initiatives de l’impérialisme américain :
l’installation de bases militaires en Colombie, le coup d’Etat au
Honduras – ou encore l’installation de nouvelles bases militaires au
Panama, ce qui a pour conséquence d’encercler le Venezuela de présence
militaire américaine.
Pour la révolution vénézuélienne, l’internationalisme n’est pas une
considération secondaire, mais une question de vie ou de mort. En
dernière analyse, le seul moyen de paralyser l’impérialisme américain
consiste à construire un puissant mouvement de masse, à l’échelle
mondiale, pour défendre la révolution. Il est important de construire ce
mouvement en Amérique latine, mais il est 100 fois plus important de le
construire au nord du Rio Grande. C’est la raison pour laquelle la TMI a
pris l’initiative de lancer la campagne Pas touche au Venezuela !,
en 2002. Cette campagne a accompli un travail considérable pour
mobiliser l’opinion publique en solidarité avec la révolution
vénézuélienne. Entre autres succès, nous avons fait adopter des
résolutions de soutien à la révolution vénézuélienne par les syndicats
britanniques. Nous avons également organisé un meeting qui a réuni 5000
jeunes et syndicalistes, à Vienne, où le président Chavez a pris la
parole.
Après de modestes débuts, la campagne Pas touche au Venezuela !
est désormais active dans plus de 40 pays. C’est un grand
accomplissement, mais ce n’est qu’un début. Il faut plus qu’une campagne
de solidarité. Il faut un mouvement révolutionnaire international qui
lutte contre l’impérialisme et le capitalisme, pour le socialisme et
pour la victoire de la révolution vénézuélienne. Il faut une
authentique Internationale révolutionnaire.
Réformisme ou révolution ?
L’accord de Caracas (« El Compromiso de Caracas ») était fondé sur
l’idée d’une lutte mondiale contre l’impérialisme et le capitalisme –
pour le socialisme. C’est une base suffisante pour unir les éléments
les plus militants du mouvement ouvrier international. Cependant, il
faut noter que cet appel a reçu un accueil mitigé, y compris par
certains dirigeants présents au congrès du PSUV. Les réformistes et
socio-démocrates n’ont pas apprécié la façon dont Chavez a insisté sur
l’idée que la Ve Internationale devrait être non seulement
anti-impérialiste, mais aussi anti-capitaliste et socialiste.
Certains dirigeants présents au Rassemblement des Partis de Gauche, à
Caracas, se sont opposés à l’appel de Chavez en expliquant qu’il y avait
déjà le « Forum de Sao Paulo » – et que la Ve Internationale ne devait
pas nécessairement être ouvertement anti-capitaliste.
Les différentes réunions du « Forum de Sao Paulo » en ont clairement
révélé les limites. Elles se sont avérées n’être qu’un espace où toutes
sortes de réformistes pouvaient se plaindre des injustices du
capitalisme, mais sans jamais offrir de perspectives révolutionnaires ou
défendre le socialisme. Au lieu de cela, ils y défendaient la stratégie
des réformes partielles qui ne changent rien de fondamental. C’est la
raison pour laquelle des institutions de l’impérialisme, comme par
exemple la Banque Mondiale, sont favorables à ce genre de « forums ». De
même financent-elles différentes ONG, dans le but de détourner
l’attention de la lutte révolutionnaire pour changer la société.
Des organisations comme le « Forum de Sao Paulo » et le Forum Social
Mondial ne font pas avancer d’un centimètre la lutte contre le
capitalisme. C’est pour cela que Chavez a proposé la formation d’une Ve
Internationale, qui constitue une rupture radicale avec ces mouvements.
Dans son discours, il a dit que l’humanité est avant tout menacée par le
capitalisme lui-même. A propos de la crise mondiale du capitalisme, il a
condamné les tentatives des gouvernements occidentaux de sauver le
système en renflouant massivement les banques. Notre tâche,
a-t-il dit, n’est pas de sauver le capitalisme, mais de le renverser.
Chavez a déclaré que cet appel s’adressait aux partis, aux
organisations et aux courants de gauche du monde entier. Cela a
ouvert un intense débat, au Venezuela comme dans de nombreux partis et
organisations de la gauche latino-américaine – et au-delà. Cela a
évidemment suscité des divisions, qui cependant existaient déjà. Ces
divisions ont toujours existé, dans le mouvement : elles se ramènent à
la division entre ceux qui veulent se limiter à introduire des réformes
superficielles, dans le but « d’améliorer » le capitalisme, et ceux qui,
tout en luttant pour de vraies réformes, veulent en finir avec le
capitalisme.
Au Salvador, par exemple, le Président Funes, qui, formellement, est
membre du FMLN, s’est opposé à la Ve Internationale et a déclaré qu’il
n’avait rien à voir avec le socialisme. Cependant, le FMLN s’est
publiquement déclaré en faveur de la Ve Internationale. Au Mexique, des
sections du PRD et d’autres organisations de masse ont accueilli cette
idée favorablement. En Europe, elle sera sans doute discutée dans les
Partis Communistes ou ex-Communistes – et dans la gauche en général. Tôt
ou tard, toutes les tendances devront prendre position sur cette
question.
Quelle doit être l’attitude des marxistes ?
Quelle position les marxistes doivent-ils adopter ? Comme
marxistes, nous sommes inconditionnellement favorables à la création
d’une organisation internationale de masse de la classe ouvrière. Il
n’existe aucune authentique Internationale de masse, à ce jour. La IVe
Internationale a été détruite par les erreurs de ses dirigeants, après
l’assassinat de Trotsky. Dans les faits, elle n’est vivante que dans les
idées, les méthodes et le programme de la TMI. Dans tous les pays où
elle est active, la TMI défend les idées du marxisme dans les
organisations de masse des travailleurs. C’est dans ces organisations
que la création de la Ve Internationale doit être urgemment débattue.
Il est trop tôt pour dire si l’appel à constituer une Ve
Internationale mènera effectivement à la formation d’une authentique
Internationale. Cela dépend de nombreux facteurs. Ceci dit, le fait que
cette initiative vienne du président du Venezuela, Hugo Chavez, signifie
qu’elle aura un puissant écho en Amérique latine, pour commencer. De
nombreux travailleurs se poseront des questions sur le programme de
cette Internationale – mais aussi sur l’histoire des précédentes
Internationales, sur les raisons de leur ascension et de leur chute.
C’est un débat auquel les marxistes ont le devoir de participer
activement. La TMI, qui est déjà largement reconnue pour ses analyses
marxistes et son travail de solidarité à l’égard de la révolution
vénézuélienne, se devait de prendre une position claire. Et c’est ce que
nous avons fait. Début mars, lors d’une réunion de notre Comité
Exécutif International, qui a réuni plus de 40 camarades représentant
une trentaine de pays en Asie, en Europe et en Amérique (y compris les
Etats-Unis et le Canada), la TMI s’est prononcée à l’unanimité pour sa
participation dans la construction de la Ve Internationale.
Nous déclarons notre soutien total à la constitution d’une
Internationale révolutionnaire, et nous ferons des propositions claires
sur le programme et les idées que, selon nous, cette nouvelle
Internationale devrait défendre. Nous ne chercherons pas à imposer nos
vues à qui que ce soit. L’Internationale et ses parties constituantes
travailleront sa position politique sur toute une période, à travers un
débat démocratique et sur la base d’une expérience commune.
Pour une lutte mondiale contre le capitalisme et l’impérialisme !
Pour la révolution socialiste internationale !
Pour un programme marxiste !
Vive la Ve Internationale !
Travailleurs de tous les pays, unissez-vous !
[1] Trotsky
avait prévu que l’URSS serait entraînée de force dans la Deuxième
Guerre mondiale. Mais il pensait qu’en conséquence de cette guerre, la
bureaucratie stalinienne serait soit renversée par un mouvement de masse
des travailleurs russes, qui auraient restauré la démocratie soviétique
– soit balayée par la contre-révolution bourgeoise, ouvrant la voie à
une restauration du capitalisme en Russie. Or, le cours réel des
événements a abouti à un scénario différent : le stalinisme est sorti
très renforcé de la Deuxième Guerre mondiale. La perspective de Trotsky
se réalisa près d’un demi-siècle plus tard, lorsque la bureaucratie
soviétique elle-même engagea la restauration du capitalisme. |