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FascismeLe jeudi 31 août dernier avait lieu une conférence-discussion sur le thème « Après Charlottesville : Qu’est-ce que le fascisme et comment le combattre? », où près de 70 personnes se sont déplacées pour discuter des moyens à prendre pour lutter contre les groupuscules fascistes et d’extrême droite. La présentation était assurée par Julien Arseneau, membre de la rédaction de La Riposte socialiste.

Julien a tout d’abord survolé les événements de Charlottesville des 11 et 12 août derniers, qui ont mené à l’assassinat de Heather Heyer par un suprémaciste blanc qui a foncé avec un véhicule dans une foule de contre-manifestants antifascistes. Que devons-nous retenir de cet événement tragique? Il s’agit certainement d’un avertissement pour le mouvement ouvrier, et il faut prendre la menace au sérieux. Notre premier devoir consiste à comprendre le problème pour mieux le combattre, tout comme un médecin se doit de bien comprendre la maladie de son patient pour offrir le meilleur traitement possible.

Une bonne partie de la présentation a porté sur l’histoire du développement du fascisme, notamment en Allemagne dans les années 1920 et 1930, dans le but d’en faire ressortir les principales caractéristiques. Après la prise du pouvoir en 1917 par les bolcheviks en Russie, plusieurs mouvements révolutionnaires vont éclater en Europe. En Allemagne, de 1918 à 1923, il y aura une période de lutte des classes intenses où la classe ouvrière aura plusieurs occasions de saisir le pouvoir et de renverser le capitalisme, sans succès. Après l’échec de ces mouvements révolutionnaires, la crise économique en Allemagne va pousser dans la misère une part importante de la petite bourgeoisie (boutiquiers, artisans, paysans, etc.) et plusieurs travailleurs vont être déclassés et tomber dans le lumpenprolétariat. Ce sont ces gens qui, sympathiques aux idées révolutionnaires au début des années 1920, mais déçus de l’échec des révolutions, vont se tourner vers le fascisme et vont faire sortir leur colère contre les communistes, syndicalistes, juifs, homosexuels, etc., qui étaient décrits par les fascistes comme étant les responsables de leur misère.

Devant la menace énorme que le mouvement ouvrier organisé représentait pour son pouvoir, ce qui avait été démontré par le mouvement de 1918-1923, la bourgeoisie fera tout en son pouvoir pour briser le mouvement ouvrier, et le moyen qu’elle trouvera sera de financer massivement les groupes fascistes. De petits groupuscules visant à terroriser le mouvement ouvrier et les groupes opprimés, le fascisme deviendra un mouvement de masse s’appuyant sur la petite bourgeoisie ruinée et enragée, et financé par la bourgeoisie.

C’est grâce à ce soutien de masse que Hitler pourra ensuite prendre le pouvoir d’État et l’utiliser pour éliminer toute opposition des communistes et des autres organisations ouvrières. Ayant pris tout le pouvoir dans ses mains, il pourra ensuite mettre en œuvre un nettoyage ethnique des « races inférieures », mais aussi d’autres groupes opprimés comme les homosexuels et les handicapés. Ces actions vont complètement atomiser la classe ouvrière, et permettre la poursuite de l’exploitation capitaliste.

Revenant sur les événements de Charlottesville, Julien a souligné le contraste entre le mouvement de masse fasciste des années 1930 et la situation aujourd’hui. Nous sommes, tout comme en Allemagne des années 1920-1930, dans une grave crise économique et où la relance économique est incertaine, partielle, voire inexistante et même pire dans certains secteurs de l’économie qu’avant 2008. Il est vrai aussi que nous avons vu la montée de plusieurs organisations d’extrême droite récemment, que l’on pense à La Meute, les Soldats d’Odin, les Proud Boys, l’Alt-Right, etc. Par contre, aucune de ces organisations n’a de base sociale de masse comme l’avaient les fascistes d’Allemagne et d’Italie, par exemple. La petite bourgeoisie est de plus en plus absorbée dans la classe ouvrière, la paysannerie a presque disparu, et la classe ouvrière est maintenant l’écrasante majorité de la société. La possibilité pour le fascisme de trouver une base de masse s’en trouve donc limitée.

Les organisations fascistes et d’extrême droite avaient pu relever la tête avec l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis l’automne passé, se sentant davantage en confiance pour diffuser leur message réactionnaire. Mais la faiblesse relative de ces groupes était évidente à Charlottesville. Alors que les militants fascistes planifiaient la manifestation depuis plusieurs mois et qu’ils avaient fait venir des gens d’un peu partout au pays pour montrer leur force, au final, ils étaient moins de mille personnes dans cette petite ville de Virginie et on comptait plus du double de contre-manifestants. Aussi, depuis Charlottesville, nous avons vu que pour chaque manifestation de l’extrême droite, il y a une contre-manifestation beaucoup plus grosse. Le rapport de force est clairement en notre faveur.

De plus, la bourgeoisie n’a pas intérêt en ce moment d’utiliser la terreur fasciste pour écraser le mouvement ouvrier. Elle réalise que les événements comme Charlottesville contribuent à la radicalisation à gauche dans la société, et préférerait de loin essayer de se contenter de la paisible démocratie bourgeoise. Il n’y a donc pas de raison de craindre une prise du pouvoir imminente par les groupes fascistes. Par contre, les actions des fascistes à Charlottesville sont une indication à la bourgeoisie qu’ils sont prêts à faire le sale boulot à l’avenir, si on le leur demande, et il faut prendre cette menace-là au sérieux.

Dans la dernière partie de sa présentation, Julien en est venu à répondre à la question principale, comment combattre le fascisme. La première étape est celle de comprendre ce qu’est le fascisme exactement, ce que Julien nous avait déjà présenté. Ensuite, il faut que le mouvement ouvrier dans son ensemble, à commencer par les syndicats, se mobilise partout pour empêcher les fascistes de prendre la rue et de terroriser la population. Il faut que les grands syndicats et le mouvement ouvrier organisent des contre-manifestations chaque fois que l’extrême droite relève la tête. Bien que nous puissions gagner certaines petites batailles contre les fascistes ici et là, la seule manière de les paralyser pour de bon est par un mouvement de masse mené par la classe ouvrière. Pour prouver ce point, Julien donnait l’exemple des travailleurs des docks de San Francisco qui avaient voté une journée de grève pour empêcher le rassemblement d’une organisation suprémaciste blanche prévue pour le 26 août dernier. Cette action des travailleurs a contribué à faire annuler le rassemblement. On a vu un mouvement similaire contre une marche antimarxiste qui a aussi été annulé le 27 août dernier. Une attaque contre un d’entre nous est une attaque contre tous, et le mouvement ouvrier doit mettre tout son poids dans la balance pour défaire les fascistes  pour de bon.

Environ une quinzaine de personnes ont contribué à la discussion qui a suivi la présentation, intervenant sur une variété de questions. Plusieurs personnes sont intervenues sur la question de la liberté d’expression pour les groupes d’extrême droite. Est-ce que l’on devrait laisser les fascistes manifester au nom de la liberté d’expression? La réponse donnée par le présentateur a été de souligner que la droite en général dispose déjà de toutes les plateformes pour s’exprimer. Or, la liberté d’expression est une question concrète. Il faut avoir les moyens financiers et le temps pour s’exprimer. Ce ne sont pas les travailleurs, les opprimés, ni les marxistes qui possèdent une tribune au Journal de Montréal ou à la radio, mais bien les chroniqueurs de droite qui alimentent le racisme et l’extrême droite. Les contre-manifestations sont souvent le seul moyen dont disposent les travailleurs pour exprimer leur opposition aux idées abjectes de l’extrême droite. Alors non, le droit abstrait à la « liberté d’expression » ne justifie pas de laisser des groupes aux idées racistes et violentes occuper les rues de nos villes, et nous continuerons de prendre la rue pour empêcher l’extrême droite de cracher son venin.

D’autres interventions ont porté sur le rôle de la police dans la lutte contre le fascisme, et dans la société capitaliste dans son ensemble. Les événements de Charlottesville ainsi que d’autres manifestations récentes de l’extrême droite ont clairement démontré que la police n’est pas l’amie du mouvement ouvrier, qu’elle n’a pas pour rôle de défendre les travailleurs et les opprimés. Plutôt, il s’agit d’un outil de la classe dirigeante pour la protection du statu quo capitaliste et de la propriété privée. Il suffit de regarder la complicité de la police lors des événements de Charlottesville, ou encore la protection policière accordée à la manifestation du groupe La Meute à Québec, pour constater que nous ne pouvons rien attendre de la police dans la lutte contre le fascisme et contre le capitalisme en général. Le mouvement ouvrier doit lutter par ses propres moyens, et compter sur ses propres forces.

Ultimement, est-il possible de complètement éradiquer le fascisme et l’extrême droite sous le capitalisme? La réponse donnée dans la présentation fut que le capitalisme va toujours essayer de nous monter les uns contre les autres en utilisant toutes sortes d’éléments pour nous diviser, que ce soit la couleur de peau, l’orientation sexuelle, le genre, la position dans la société, etc. Tant qu’il y aura le capitalisme et la nécessité de nous diviser pour mieux régner, il y aura des groupes d’extrême droite. Cependant, l’un des éléments les plus importants qui furent soulignés lors de la présentation est que la montée de l’extrême droite ne représente qu’un seul côté de la médaille. S’il y a certes des gens qui se tournent vers la droite, au même moment, des millions de personnes se tournent vers la gauche et, oui, vers les idées du socialisme, pour une solution à la crise du capitalisme. Plutôt qu’une montée de la droite, nous assistons à une polarisation croissante de la société. Nous aurons de nombreuses occasions pour renverser le capitalisme et transformer la société, mais pour ce faire, il faut s’organiser ici et maintenant.

Une personne dans la salle a soulevé le point qu’il fallait individuellement faire sa part pour lutter contre le fascisme. La réponse de Julien dans sa conclusion était que tous ceux qui prenaient conscience du problème du fascisme et du capitalisme devaient faire le choix individuel de rejoindre une organisation révolutionnaire. C’est seulement en renversant le capitalisme que l’on peut éliminer la base sur laquelle germent les groupes d’extrême droite. La lutte contre le fascisme est une lutte pour une société socialiste!

Nous avons tenu le même événement en anglais le 30 août dernier. Vous pouvez lire le rapport et écouter la conférence en cliquant ici.