Brésil : la mobilisation de masse bat Bolsonaro

Ce résultat n’a été rendu possible que grâce à l’énorme mobilisation de masse entre les deux tours du scrutin, menée et poussée par la jeunesse.
  • Jorge Martín
  • ven. 6 nov. 2026
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Dans un revirement sans précédent, Lula a remporté le deuxième tour de l’élection présidentielle brésilienne. Un tel revirement ne s’était jamais produit auparavant.

Au premier tour, Lula avait recueilli 53,8 millions de votes (45%). Il en a désormais obtenu plus de 64 millions (51%), soit une hausse de plus de 10 millions de votes. De son côté, Bolsonaro est passé de 56 millions au premier tour (47%) à 59,8 millions aujourd’hui (48%).

Cela signifie non seulement que Lula a bénéficié de la majeure partie de la hausse du taux de participation et de la diminution du nombre de bulletins nuls, mais aussi qu’il a sans doute recueilli les voix d’une partie de ceux qui avaient voté pour des candidats de droite au premier tour.

Ce résultat n’a été rendu possible que grâce à l’énorme mobilisation de masse entre les deux tours du scrutin, menée et poussée par la jeunesse. La victoire de Bolsonaro au premier tour a provoqué un tollé, ce qui a transformé toute la dynamique de la situation. Deux millions de personnes à Rio de Janeiro, un million à São Paulo et des centaines de milliers à travers le pays ont participé à des marches, des manifestations de masse et des rassemblements qui se sont révélés plus radicaux que ce que prévoyait la direction du Parti des travailleurs (PT). L’ampleur de la mobilisation a dépassé ce qu’elle souhaitait.

C’est ce qui a fait la différence. Bon nombre de ceux qui, au premier tour, n’avaient pas pu se résoudre à voter pour Lula – dont le colistier est un représentant de premier ordre de la classe dirigeante et qui n’a mis en œuvre aucune réforme considérable en faveur de la classe ouvrière pendant son mandat – se sont désormais rendus en masse aux urnes pour empêcher l’élection de Bolsonaro.

Désormais, Lula devra composer, d’une part, avec un corps législatif où la droite dispose d’une solide majorité et, d’autre part, avec les masses mobilisées qui attendent de lui qu’il tienne ses promesses. Une équation impossible.

Ces dernières semaines ont montré que c’est dans la rue, par la lutte, que l’on peut vaincre la droite. C’est là que réside la voie à suivre.

Comme l’ont souligné les camarades de la section brésilienne de l’ICR :

« L’une des caractéristiques des manifestations qui ont suivi le premier tour des élections a été l’affinité manifestée par de larges segments de la population pour les symboles communistes – et pour ceux qui osent les arborer. Des emblèmes représentant la faucille et le marteau fabriqués à la main, des chandails artisanaux à thématique communiste et des slogans radicaux griffonnés sur des pancartes apparaissent partout lors de ces manifestations. Alors que la bourgeoisie et les réformistes ont réussi à maintenir les manifestations “dans l’ordre” et axées sur la politique électorale, des éléments manifestement révoltés et radicaux prennent de l’ampleur parmi les manifestants. »

La présence de Jones Manoel – député communiste et chef du groupe parlementaire de la gauche radicale – lors des manifestations de masse est le symbole le plus visible de cette aspiration à des politiques plus radicales et à la fin de la collaboration de classe.

La section brésilienne de l’ICR a participé activement à la mobilisation de masse en mettant de l’avant trois slogans clairs :

  • Vaincre le bolsonarisme
  • Vote critique pour Lula
  • Construire la solution communiste

Maintenant que les élections sont terminées, cette dernière tâche devient de plus en plus urgente.

Les élections brésiliennes démentent également l’idée d’une « trumpification de l’Amérique latine », dont les médias bourgeois internationaux ont fait leurs choux gras ces derniers mois. Certes, des démagogues de droite pro-Trump ont remporté les élections dans la plupart des pays d’Amérique latine. Mais cela ne révèle pas un soutien généralisé à leurs politiques ni à celles de Trump. Cela reflète plutôt les limites de la gauche « progressiste » au pouvoir au cours de la période précédente, en raison de ses politiques tièdes et timides.

Ainsi, même dans les pays où des démagogues réactionnaires de droite ont récemment remporté des victoires (comme au Chili et en Colombie), on assiste à un mouvement de protestation de plus en plus vaste dans les rues – notamment une grève générale en Colombie le 14 octobre.