Élections en C.-B. : deux chefs dont personne ne veut

Que ce soit les conservateurs ou le NPD qui soit élu, les turbulences politiques dans la province ne sont pas terminées.
  • Joel Bergman
  • ven. 2 oct. 2026
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David Eby (à gauche) et Lorne Doerkson (à droite).

Les Britanno-Colombiens se rendent aux urnes le 24 octobre. Alors que le NPD disposait d’une majorité dont le mandat ne devait prendre fin qu’en 2028, le premier ministre David Eby a décidé de la miser dans une élection surprise, espérant profiter de l’effondrement de l’opposition conservatrice.

Mais cette manœuvre cynique évidente pourrait bien s’être retournée contre lui. Selon un sondage, 65% des Britanno-Colombiens sont d’accord avec l’affirmation selon laquelle « David Eby fait passer sa volonté de rester au pouvoir avant les intérêts de la province ».

Nous nous retrouvons maintenant dans une situation où les conservateurs de la Colombie-Britannique pourraient prendre le pouvoir pour la première fois en près de 100 ans. Tous les sondages les plus récents donnent les conservateurs en avance sur le NPD.

Manœuvres antidémocratiques

Cette situation est le produit d’une profonde crise politique qui secoue la Colombie-Britannique. Alors que le capitalisme est en déclin, les conditions de vie se dégradent sur tous les plans. De la crise du logement à l’inflation qui gruge le pouvoir d’achat, en passant par la crise du système de santé, les Britanno-Colombiens sont de plus en plus insatisfaits des politiciens de l’establishment.

En réaction, les politiciens de l’establishment de la Colombie-Britannique ont eu recours à toutes sortes de manœuvres antidémocratiques pour conserver le pouvoir au sein de leurs partis respectifs.

D’abord, les libéraux de la Colombie-Britannique se sont effondrés, absorbés par un parti conservateur à la Trump. Ces anciens libéraux, qui avaient changé de parti comme on change de chemise, ont ensuite orchestré un coup de force contre non pas un, mais deux chefs qui bénéficiaient de l’appui des membres du parti. Nous avons maintenant comme chef l’ancien député libéral Lorne Doerkson, un obscur député d’arrière-ban choisi précisément parce qu’il ne défend rien de particulier.

Mais le NPD n’est pas en meilleure posture. Eby lui-même est le produit de manœuvres antidémocratiques semblables contre le fort courant anti-establishment qui prenait pied dans le parti à l’époque. Arrivé au pouvoir en 2017, le NPD sous l’ancien chef John Horgan s’était plié en quatre pour les entreprises pétrolières, gazières et minières, tout en trahissant les syndicalistes, les environnementalistes et les Autochtones.

Le mécontentement contre ces politiques s’est manifesté en 2022 avec la campagne à la direction d’Anjali Appadurai, après la démission de John Horgan. Elle a fait entrer plus de 14 000 nouveaux membres dans le parti, doublant ainsi pratiquement ses effectifs. Eby, le candidat soigneusement choisi par l’establishment, s’est appuyé sur la direction du parti, qui a bureaucratiquement disqualifié Appadurai. Il est ainsi devenu chef du parti sans opposition, devenant de ce fait même premier ministre de la province. 

Eby, à la tête du navire capitaliste en train de couler qu’est la Colombie-Britannique, a trahi les Autochtones au profit des sociétés minières, renfloué les coffres des promoteurs immobiliers et envoyé la grève des infirmières en arbitrage obligatoire. Sa popularité a, sans surprise, chuté à seulement 31% cet été, faisant de lui le deuxième premier ministre provincial le plus impopulaire au pays.

C’est donc avec soulagement qu’Eby a regardé les conservateurs s’enfoncer dans leur propre crise. Voyant là une occasion de se sauver, il s’est empressé de déclencher une élection.

Maintenant que les directions des deux partis traditionnels ont purgé leurs courants « radicaux » jugés inacceptables, les Britanno-Colombiens sont forcés de choisir entre deux hommes qui ne suscitent l’enthousiasme de personne.

Vive la démocratie!

La crise sous la surface

Une grave crise secoue la société britanno-colombienne. Le tiers des travailleurs, soit 775 000 personnes, ne gagnent pas un revenu viable. En Colombie-Britannique, 1,3 million de personnes n’ont pas de médecin de famille. Entre 2001 et 2024, les loyers à Vancouver ont explosé de 143%.

Il n’est donc pas surprenant que le coût de la vie (56%), les soins de santé (40%) et les logements abordables (34%) aient été désignés comme les principaux enjeux pour les électeurs de la Colombie-Britannique dans un sondage Ipsos réalisé à la mi-septembre. Mais aucun des deux partis ne propose quoi que ce soit qui puisse se rapprocher, même de loin, d’une solution à ces problèmes.

La crise du système se reflète dans la crise des finances publiques. Après avoir sabré les impôts des entreprises pendant des années à la demande de celles-ci, le gouvernement de la Colombie-Britannique n’est plus en mesure de financer les services dont les travailleurs ont besoin. Mais la classe ouvrière, qui fait déjà face à une crise majeure du coût de la vie, ne peut pas encaisser de nouvelles compressions, et tout parti qui promet des coupures perd immédiatement des appuis.

C’est pourquoi Eby a fait exploser la dette publique, avec le déficit par habitant le plus élevé au pays, à 13,8 milliards de dollars. Alors que les agences de crédit abaissent la cote de crédit de la province et que la hausse des rendements obligataires provoque une hausse du coût des emprunts, le parti qui prendra le pouvoir héritera d’un problème de dette colossal.

Doerkson et Eby affirment tous deux qu’ils ne couperont pas dans les services sociaux et qu’ils équilibreront plutôt le budget en « faisant croître l’économie ». Mais ce sont des promesses en l’air. L’ampleur de la crise de la dette signifie que même le NPD ne pourra plus éviter la crise et sera forcé d’effectuer des compressions profondes – malgré le fait qu’Eby critique Doerkson précisément sur ce point

Socialisme ou austérité

Que ce soit les conservateurs ou le NPD qui soit élu, les turbulences politiques dans la province ne sont pas terminées. Même si les deux partis ont étouffé le développement de leurs ailes radicales, cette polarisation dans la société ne peut être arrêtée, puisqu’elle est le produit inévitable d’un système en crise.

La cheffe du Parti vert, Emily Lowan, 25 ans, qui se décrit elle-même comme une « écosocialiste », constitue un exemple de cette polarisation vers la gauche. Lowan s’est présentée comme ouvertement anti-establishment, dénonçant les « oligarques », les « milliardaires » et le « 1% ». Grâce à cette approche, le membrariat du Parti vert a presque doublé pour dépasser 10 000, et le nombre de membres de moins de 30 ans a été multiplié par 10.

Sa première promesse électorale est de mettre en place des garderies universelles d’ici 2031, faisant de sa campagne la seule à proposer concrètement une mesure qui améliorerait de façon tangible les conditions de vie de la classe ouvrière.

La solution proposée par Lowan consiste en une liste ambitieuse de nouveaux impôts visant les riches et les entreprises. Elle a justifié cette position en déclarant : « Ce gouvernement doit choisir son camp : celui de l’austérité et des oligarques, ou celui de la classe ouvrière. »

Jusqu’à maintenant, Eby mise sur la démagogie anti-Trump et sur son association avec Mark Carney pour se maintenir au pouvoir. Par exemple, lorsqu’il a déclenché l’élection surprise, il se tenait derrière une pancarte « Build BC Strong » – une référence directe au slogan de Carney, « Build Canada Strong ». Dans son discours, Eby n’a pas mentionné une seule fois le chef de l’opposition, mais a mentionné Trump 19 fois.

Mais cela ne peut pas indéfiniment détourner la colère de classe. Par exemple, même si Lowan et le Parti vert ne recueillent qu’environ 12% des intentions de vote dans les sondages, le taux d’approbation personnel de Lowan est de -9%, ce qui est supérieur à celui de Doerkson (-10%) ou d’Eby (-27%). C’est d’autant plus frappant qu’une grande partie des électeurs (43%) ne savent même pas qui est Lowan.

Les communistes révolutionnaires sont d’accord avec Lowan : les riches et l’élite des grandes entreprises doivent payer. La question est de savoir comment. Nous pensons que nous devons être prêts à aller jusqu’au bout et à remettre en question leur droit même de posséder et de contrôler les richesses de notre société.

Le capitalisme est un échec. Si les capitalistes exigent que nous souffrions pour qu’ils puissent réaliser des profits, alors ils ont perdu leur droit de gouverner. La seule façon de sortir de ce pétrin est de mettre en œuvre une véritable politique socialiste qui retire les richesses des mains de ces parasites milliardaires et donne le pouvoir à la classe ouvrière. C’est pour cela que lutte le Parti communiste révolutionnaire.