États-Unis : victoires « socialistes » aux primaires et campagne de peur rouge

D’une manière ou d’une autre, un nouveau parti de masse ouvrier et indépendant viendra au monde. Mais la question est la suivante : sera-t-il armé des idées, du programme, des méthodes et du leadership nécessaire pour renverser le capitalisme?
  • Andrew Wagner, des Revolutionary Communists of America
  • lun. 17 août 2026
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« La menace communiste refait aujourd’hui surface dans notre pays », a déclaré Trump lors du 250e anniversaire de la Révolution américaine. « Vous pouvez être fidèle à Karl Marx, ou bien vous pouvez être fidèle à l’Amérique. Vous pouvez être un communiste, ou bien vous pouvez être un patriote. Vous ne pouvez pas être les deux à la fois. »

Décidé à faire des élections de mi-mandat un référendum sur le « communisme », le président a consacré à ce sujet non moins du tiers de son discours du 4 juillet. Vingt-trois minutes de feux d’artifice ont immédiatement suivi sa tirade, qu’il a conclue en y allant de sa phrase d’accroche fétiche : « L’Amérique ne sera jamais un pays communiste. »

Les DSA progressent

D’après Reuters, dans les deux semaines qui ont suivi la victoire de trois candidats socialistes démocrates à New York lors des primaires démocrates pour le Congrès, Trump s’en serait pris à 81 reprises au communisme.

Forts de leurs deux représentants au Congrès élus à Philadelphie et à Denver ainsi que de leurs nombreux candidats ayant réalisé des percées lors des élections municipales partout au pays, les Socialistes démocrates d’Amérique (DSA) ont le vent en poupe. Ce mois-ci, prétendant au titre de la plus grande organisation socialiste de l’histoire des États-Unis, la formation politique a annoncé avoir passé la barre des 120 000 membres.

De récents sondages confirment l’engouement grandissant pour le socialisme et le communisme aux États-Unis. Un sondage paru le 2 juillet et commandé par le think tank de droite Cato Institute montre que la proportion d’Américains ayant une opinion favorable du socialisme s’élève à 37%. Pour ce qui est du communisme, le nombre atteint 21%. En outre, un sondage du Wall Street Journal paru le 8 juillet montre que 51% des Américains estiment que le capitalisme ne fonctionne pas bien, voire pas du tout. Cette proportion était de 37% en 2015.

L’écume aux lèvres

Partout, les candidats du Parti républicain emboîtent le pas à Trump. Mike Johnson, président de la Chambre des représentants, a farouchement pris à partie « ces cinglés de mini-Mamdani qui surgissent à la grandeur du pays ». De son côté, la porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, a sonné l’alarme à propos de la « véritable révolution communiste […] en train de prendre d’assaut Capitol Hill ».

La presse capitaliste n’est pas en reste. Elle a déversé un déluge d’articles calomnieux contre le communisme et les millions de jeunes travailleurs qui y adhèrent ouvertement.

Les motivations derrière ce déferlement de panique rouge sont claires :  s’ils ne réussissent pas à attirer l’attention ailleurs que sur leur propre bilan désastreux, Trump, le Parti républicain et leurs partisans courent vers une défaite en novembre. Voilà 16 mois que le taux d’approbation de Trump est en chute libre. Sa cote de popularité stagne actuellement au point le plus bas de toute sa carrière politique, et tout indique qu’elle continuera de baisser. Ces figures de l’establishment jouent sur la peur du communisme pour rallier leur base électorale vacillante, une tentative désespérée de sauver leurs carrières politiques – et leur système.

Indépendance de classe

Les libéraux font écho aux absurdités anticommunistes de Trump. En toute élégance, James Carville, stratège démocrate et porte-parole de l’establishment du parti, a qualifié les socialistes démocrates de « foutus idiots ».

Quelques jours avant ce débordement, Carville est apparu à l’antenne de Fox News pour attaquer la toute nouvelle candidate au Congrès des DSA à New York, Darializa Avila Chevalier : « Je ne crois pas que les démocrates du Congrès devraient l’accueillir en tant que membre du Parti démocrate. Elle se décrit comme socialiste démocrate. » Il sous-entend par là que Chevalier et les autres socialistes démocrates devraient former leur propre parti, distinct des démocrates.

En 2026, d’autres socialistes démocrates seront probablement élus au Congrès et à d’autres paliers de gouvernement dans le pays. Mais même dans le meilleur des cas, ils resteront en minorité. Même en supposant qu’ils soient portés par les meilleures intentions, ces candidats se trouveront au cœur de ce milieu hostile et étranger qu’est l’État bourgeois. De toutes parts, ils feront face aux pressions immenses de la classe dirigeante. Et il n’y aura pas l’ombre d’un parti ouvrier pour les soutenir ou leur demander des comptes.

Une fois au Congrès, que feront les socialistes démocrates fraîchement élus? Leur réponse au poids écrasant de la dette fédérale sera-t-elle de la rembourser avec des impôts prélevés à la classe ouvrière? Continueront-ils de financer les forces de la répression, comme l’a fait Zohran Mamdani à New York?

Le bilan des socialistes démocrates déjà élus n’est pas bien prometteur. Alexandria Ocasio-Cortez a voté avec les démocrates pour priver de leur droit de grève les syndicats des cheminots en 2022; elle a aussi refusé de s’opposer à l’octroi de 500 millions de dollars à l’armée israélienne en 2025. Mamdani a discrètement abandonné ses promesses de campagne populaires, telles que la gratuité du transport par autobus. Il a aussi « équilibré » le budget en reportant les versements au fonds de retraite de la ville. Voilà où mène le fait d’accepter les limites imposées par la politique bourgeoise plutôt que de chercher à les dénoncer, les briser et les surmonter.

Que ferait un authentique parti ouvrier?

Pour déterminer si une tactique fait avancer ou non la cause de la classe ouvrière, il faut se poser les questions suivantes : « Aide-t-elle les travailleurs à comprendre que leur classe est le principal agent de changement? Accroît-elle leur unité de classe? Développe-t-elle leur organisation et leur cohésion? Augmente-t-elle le niveau de leur conscience et de leur confiance? »

Faire campagne au sein du Parti démocrate produit l’effet inverse. Cette tactique embrouille la ligne de classe et enchaîne la classe ouvrière aux institutions capitalistes. Elle entretient l’illusion que la collaboration avec les exploiteurs pourrait d’une manière ou d’une autre faire naître une forme de capitalisme plus douce et plus gentille. Elle rattache le socialisme aux démocrates détestés, ce qui engendrera justement de la déception vis-à-vis du « socialisme » une fois que les promesses électorales seront rompues.

En tant que communistes, nous approchons les élections différemment, en gardant le cap sur notre objectif ultime : la création d’un gouvernement des travailleurs qui retire à la classe capitaliste son pouvoir économique et politique en nationalisant les grands monopoles, en instaurant une économie planifiée démocratiquement, en mettant fin à l’impérialisme et en appliquant un programme socialiste où l’emploi, le logement, les soins de santé et l’éducation seront garantis pour tous.

Nous comprenons qu’un gouvernement des travailleurs ne peut pas naître de l’État bourgeois. Une révolution est nécessaire – et possible –, comme l’ont récemment montré les mouvements de masse contre ICE, le soulèvement après la mort de George Floyd et les innombrables grèves générales et révolutions qui ont secoué la planète dans les dernières années. Pour mener une révolution socialiste à la victoire, il n’y a qu’un moyen : créer un parti communiste de masse dont la classe ouvrière pourra se servir afin de s’organiser pour exercer le pouvoir politique et économique.

Tout en luttant bec et ongles pour arracher n’importe quelle mesure qui engendrera de véritables améliorations pour la classe ouvrière, les politiciens socialistes authentiques se serviraient de leurs campagnes et de leurs positions d’élus pour s’adresser à la classe ouvrière. Ils mettraient de l’avant les idées marxistes et parleraient ouvertement de lutte de classe au parlement et dans les médias. Ils prendraient part aux manifestations et aux grèves. À l’heure où la confiance s’écroule envers toutes les institutions de la classe dirigeante, ils ne chercheraient pas à rétablir la crédibilité de celles-ci, mais bien à les dénoncer pour ce qu’elles sont : des instruments au service des sombres desseins de la classe capitaliste. Ils emploieraient leur autorité obtenue en faisant campagne et en gagnant des élections non seulement pour lutter pour des réformes, mais pour organiser les grèves et toutes les autres luttes nécessaires en vue de les arracher.

Plutôt que de simplement chercher à mousser leurs carrières, ces politiciens communistes – qui ne toucheraient pas plus que le salaire moyen d’un travailleur – lieraient toutes leurs actions à la nécessité de construire un parti révolutionnaire. Ils seraient le visage électoral du parti et travailleraient à son service, pour faire avancer la lutte contre le capitalisme dans son ensemble.

La jeunesse se tourne vers le communisme

Le sondage de l’Institut Cato paru en 2026 regorgeait de constats affolés à propos du soutien de la génération Z au socialisme et au communisme :

La génération Z se distingue par le fait qu’elle compte davantage de gens qui préfèrent le socialisme (53%) au capitalisme (45%). Plus du tiers des Américains de moins de 30 ans (38%) affirment avoir une opinion favorable du communisme. Cela signifie qu’il y a presque autant d’Américains de la génération Z qui ont une opinion favorable du communisme (38%) que du capitalisme (45%). De plus, la génération Z est le seul groupe d’âge qui compte davantage d’opinions favorables (38%) que défavorables (36%) du communisme.

À titre de comparaison, le sondage de 2025 du même institut indiquait que 34% des Américains de la génération Z avaient une opinion favorable du communisme. Cela signifie que le taux d’approbation du communisme parmi la génération Z a grimpé de quatre points en une seule année. De plus, les résultats de 2026 indiquent que ceux qui préfèrent le socialisme sont plus nombreux que ceux qui préfèrent le capitalisme dans la génération Z – le seul groupe d’âge où c’est le cas.

La génération Z a grandi en ne connaissant rien d’autre que la crise, le déclin, le désordre et la polarisation de classe. Elle tire les conclusions qui s’imposent, même en l’absence d’un parti socialiste ou communiste de masse qui pourrait l’influencer.

Imaginez seulement ce qui pourrait être accompli si un tel parti existait : rattacher et coordonner les luttes contre ICE, contre le génocide en Palestine, contre les interventions impérialistes à Cuba et au Venezuela; construire des syndicats à travers des industries entières; et bien plus encore!

Si 1% seulement des 60 millions d’Américains qui ont une opinion favorable du communisme étaient organisés et éduqués dans les idées et les méthodes marxistes, cela signifierait qu’une force de 600 000 combattants de classe pourrait atteindre de plus larges couches de la classe ouvrière. Telle est la tâche que nous, les Revolutionary Communists of America (RCA), nous sommes fixée.

Le communisme vaincra

Marx et Engels ouvraient le Manifeste du Parti communiste avec ces mots : « Un spectre hante l’Europe : le spectre du communisme. […] Quelle est l’opposition qui n’a pas été accusée de communisme par ses adversaires au pouvoir? »

Que l’aile libérale de la classe dirigeante sente le besoin de serrer les rangs avec l’aile MAGA et « anti-establishment » pour s’en prendre au socialisme et au communisme, voilà qui en dit long sur la situation désastreuse à laquelle font face nos ennemis de classe.

Dans les années qui ont suivi l’écroulement de l’Union soviétique, la classe dirigeante pensait que le communisme était à jamais mort et enterré. Mais comme le souligne le Manifeste du Parti communiste : « Avant tout, la bourgeoisie produit ses propres fossoyeurs. »

Le système bipartite, que les capitalistes ont perfectionné afin de diviser pour mieux régner sur la classe ouvrière américaine, n’en a plus pour longtemps. Tout comme le capitalisme, il n’a pas toujours existé et n’existera pas pour toujours.

En 1859, la crise politique qui a ouvert la voie à la Guerre de Sécession a donné lieu à une élection au cours de laquelle se sont affrontés quatre partis; en 1912, la turbulente période de lutte des classes aux États-Unis a également provoqué une course électorale qui a vu s’opposer quatre partis – à l’issue de laquelle le Parti socialiste, dirigé par Eugene Debs, a gagné 6% des voix et est arrivé en première position dans bien des circonscriptions ouvrières clés.

Comme dans les années 1850 et 1910, aujourd’hui, la lutte des classes atteint une intensité dramatique aux États-Unis. À ceux qui soutiennent que le système bipartite serait coulé dans le béton, nous rétorquons que les forces de l’histoire sont plus puissantes que n’importe quel appareil bureaucratique.

La crise du capitalisme chamboule le paysage politique américain, comme en témoigne la rupture ouverte de Marjorie Taylor-Greene et Tucker Carlson avec le Parti républicain. De l’autre côté du spectre politique, 81% des électeurs démocrates pensent que « le système a besoin de changements majeurs », voire d’être tout à fait « mis à terre ».

Tôt ou tard, la lutte des classes qui émerge aux États-Unis clarifiera les lignes de classe. D’une manière ou d’une autre, un nouveau parti de masse ouvrier et indépendant viendra au monde. Mais la question est la suivante : sera-t-il armé des idées, du programme, des méthodes et du leadership nécessaire pour renverser le capitalisme? Les RCA se préparent à amener audacieusement ces idées dans le mouvement, afin de s’assurer que la troisième révolution américaine se solde par une victoire.