
Plus de 20% des immeubles d’habitation appartiennent maintenant à seulement 25 propriétaires financiers. Des sociétés de capital-investissement, des sociétés d’investissement immobilier cotées (SIIC), des gestionnaires d’actifs – ces associations de capitalistes réunissent leur richesse pour acheter des quartiers entiers.
Ces propriétaires financiers n’ont de comptes à rendre qu’à leurs investisseurs, et non à leurs locataires. Leur objectif est d’augmenter leurs profits en augmentant les loyers. Et il n’y a pas de meilleur endroit pour augmenter les loyers que dans les quartiers les plus pauvres. Par exemple, 71% des appartements à louer du quartier Parkdale, à Toronto, appartiennent à des géants de la finance tels que Hazelview Properties, MetCap Living et Starlight Investments.
Afin d’obtenir le plus grand retour sur leur investissement, les propriétaires financiers doivent trouver des moyens de contourner les limites aux augmentations de loyer. Une hausse de loyer supérieure aux normes peut ainsi se justifier avec des « réparations » superficielles. Cependant, les plus grandes hausses de loyer sont seulement possibles lorsque les logements à loyers contrôlés changent de locataires. CAPREIT, la plus grande SIIC du Canada a ouvertement déclaré que l’augmentation de ses profits provenait d’une « augmentation record des revenus de loyers sur le chiffre d’affaires […] de 24% ». En moyenne, les locataires de Toronto et de Vancouver font face à des loyers 20% plus élevés lorsqu’ils déménagent.
Les propriétaires financiers augmentent ce chiffre d’affaires en trouvant des excuses pour évincer des locataires de longue date et à faible revenu. Les propriétaires se servent des rénovictions : ils prétendent avoir besoin de vider des logements pour faire des rénovations, puis augmentent les prix des loyers pour les locataires suivants. Parfois, lorsque les rénovations sont minimes, il s’agit d’une ruse flagrante. Parfois, il s’agit de démolir des logements abordables et de les remplacer par des logements de luxe. En 2018, 500 locataires ont été évincés de Heron Gate, une communauté majoritairement immigrante à Ottawa. Leurs logements ont été démolis pour faire place au nouveau développement d’un méga-propriétaire.
Dans tous les cas, les « rénovictions » sont systématiques. Lorsque les banques prêtent à une entreprise pour financer l’achat d’un bâtiment, elles ne se basent pas sur la valeur actuelle de la propriété, mais sur la perspective que les rendements futurs soient de deux à trois fois plus élevés. Ensuite, lorsque les locataires contestent leur éviction au tribunal du logement, ils se retrouvent confrontés à une armée d’avocats au service de la compagnie.
Ces propriétaires sont complètement parasitaires. Bien sûr, ils n’utilisent pas leur richesse pour construire de nouveaux logements à louer. Ils ne font qu’acheter les logements abordables déjà construits et les rendent inabordables. À lui seul, CAPREIT retire chaque année 14 000 appartements du parc de logements abordables canadien en procédant à des achats-reventes. L’offre réduite de logements abordables fait alors grimper le niveau général des loyers.
C’est la conclusion logique d’un système qui construit et gère le logement pour le profit et non pour offrir des foyers aux travailleurs.
Tant qu’une petite bande de parasites cupides continuera de contrôler l’offre de logements, la crise du logement ne pourra être résolue. Les capitalistes peuvent nous extorquer des sommes colossales, car ils savent que l’on ne peut pas vivre sans toit au-dessus de nos têtes. Leur mentalité a été dévoilée par les remarques émises en 2019 par le PDG de la plus grande agence immobilière du Canada, Starlight Investments : « On pense qu’il y a définitivement une pénurie de logements, voire presque un état de crise au Canada […] et la bonne nouvelle pour les investisseurs, c’est qu’il n’y a pas de solution facile en perspective. »
En effet, il n’y a pas de solution qui respecte leur droit à soutirer toujours plus d’argent de leurs locataires pour enrichir les actionnaires.
Sous le socialisme, chaque SIIC serait expropriée et transformée en propriété publique. De cette façon, le loyer pourrait être réduit à l’équivalent d’un tiers du revenu du locataire. Les gestionnaires capitalistes pourraient être remplacés par des comités élus par les locataires, qui pourraient gérer démocratiquement leur propre bloc appartement. Les richesses massives de ces SIIC pourraient être utilisées pour rénover et mettre fin aux conditions misérables qui règnent dans de nombreux blocs.
C’est seulement avec des mesures socialistes qu’on peut vaincre ces propriétaires financiers et garantir des logements de qualité abordables pour tout le monde.