
Cent-vingt-et-un livreurs d’Amazon non syndiqués sont entrés en grève à Saskatoon le 8 mai.
S’ils font des livraisons pour Amazon, la compagnie fait elle-même affaire avec l’entreprise Dragonfly, qui répartit ensuite le travail aux livreurs, qu’elle considère comme des « travailleurs autonomes ». Ce type d’organisation est typique de « l’économie des petits boulots » (gig economy), et permet à des entreprises comme Dragonfly de ne pas offrir à leurs travailleurs les mêmes droits et avantages sociaux que ceux dont ils bénéficieraient s’ils étaient considérés comme des employés de l’entreprise aux yeux de la loi.
Comme l’a dit un livreur, « Lorsque nous levons la voix, ils nous disent “Vous ne travaillez pas pour nous” ».
Et les livreurs ont beaucoup de raisons de lever la voix. Depuis l’automne, Dragonfly s’est mise à réduire le montant qu’elle paye aux livreurs par colis, tout en augmentant leur charge de travail. Les livreurs utilisent leur propre voiture et payent eux-mêmes pour l’essence, l’assurance, l’entretien et les réparations, ce qui leur rapporte souvent moins que le salaire minimum une fois les dépenses prises en compte. En cas de blessure, de bris ou de conditions routières difficiles, Dragonfly n’offre aucun soutien à ses travailleurs.
La croissance de l’économie des petits boulots, avec des compagnies comme Uber et d’autres applications de livraison, a été une façon détournée d’attaquer les conditions de travail de la classe ouvrière. Elle a mené à l’émergence d’une couche vulnérable et hyper-exploitée de la classe ouvrière. Cette grève est significative parce qu’il s’agit probablement d’une des premières, voire de la première grève chez cette couche de travailleurs au Canada. Elle démontre que même les travailleurs les plus vulnérables peuvent être poussés à l’action en riposte aux assauts du patronat.
Les livreurs ont désormais pris contact avec le syndicat TUAC, le même syndicat qui a récemment négocié une convention collective pour les chauffeurs Uber à Victoria. Le mouvement syndical doit saisir cette occasion pour syndiquer ces travailleurs vulnérables et étendre la lutte à l’ensemble des travailleurs de la « gig economy ».