
Au matin du samedi 28 février, des missiles américains et israéliens frappaient la capitale de l’Iran. Des nuages de fumée ont été aperçus s’élevant de Téhéran, Qom et d’autres villes iraniennes, annonçant le début de la guerre.
Pendant des mois, une interminable mascarade de négociations visait à créer l’illusion qu’un accord serait bientôt signé.
Aux dires de Badr Albusaidi – ministre des Affaires étrangères d’Oman, qui jouait le rôle d’intermédiaire dans les négociations –, l’Iran avançait un ensemble de propositions très raisonnable, et qui aurait probablement été accepté par la partie américaine – en supposant, bien sûr, que celle-ci s’intéressait réellement à la paix.
Les Américains ont répondu par une pluie de missiles.
Comme l’a exprimé un canal Telegram iranien : « Une fois de plus, les États-Unis ont attaqué alors que l’Iran suivait la voie diplomatique. Une fois de plus, la diplomatie ne fonctionne pas avec l’État terroriste américain. »
Un scénario qui se répète
Trump se plaint que les négociations auraient échoué parce que les Iraniens n’étaient pas prêts à négocier « de bonne foi ». Si quelqu’un négociait de mauvaise foi, c’était bien les Américains, qui ont délibérément fait usage de faux pourparlers en vue de dissimuler leur résolution à attaquer l’Iran et renverser son gouvernement.
C’est le même jeu de cache-cache diplomatique qu’ont joué les États-Unis l’été dernier avant le déclenchement de la guerre des Douze jours. Mais il y a désormais d’importantes différences.
La première fois, les Iraniens ont été pris par surprise par une attaque traîtresse, menée sans préavis au beau milieu d’une ronde de négociations qui allait apparemment bon train.
Cette fois, la partie iranienne n’avait plus confiance dans les Américains, particulièrement en Trump, pour négocier de bonne foi. Ils ont averti en avance qu’ils répondraient à toute attaque par une riposte massive.
Nous voyons là une deuxième importante différence.
Malgré toute sa rhétorique belliqueuse, Trump préfère toujours essayer de conclure un accord (ce qui est moins coûteux) plutôt que de mener une guerre (ce qui est dispendieux sur plus d’un plan).
Après environ une semaine en juin dernier, les Américains et les Israéliens ont constaté qu’ils avaient échoué dans leur objectif central de renverser le régime. Ils ont réévalué le rapport de forces et conclu qu’ils n’étaient pas en position de prolonger la guerre.
En dépit de bombardements sévères dans la phase initiale du conflit, l’Iran a survécu et est passé à l’offensive. Il possédait un gros stock de missiles accumulés depuis longtemps, alors que les réserves américaines et israéliennes étaient insuffisantes pour poursuivre une guerre prolongée.
Trump a par conséquent décidé de cesser les hostilités. Quelle est la position aujourd’hui?
Les États-Unis ont concentré une colossale force militaire dans la région. Mais leur puissance apparente dissimule une faiblesse sous-jacente.
Récemment, le président américain a demandé aux forces armées américaines et à la CIA d’évaluer les risques et la possibilité de succès d’une attaque sur l’Iran. Aucun des chefs militaires rassemblés n’a pu lui fournir une garantie de succès, pas plus que l’assurance d’une guerre rapide, comme cela s’est passé l’an dernier. Ils ont averti que les forces américaines pourraient essuyer de très sérieuses pertes.
Ces rapports auraient dû lui donner matière à réflexion, mais Trump n’est pas un homme porté à la réflexion.
Dans une déclaration parue au moment de l’attaque américaine sur l’Iran, Trump a énuméré une litanie de crimes prétendument commis par les vilains Iraniens. Dans le cerveau enfiévré du président américain, l’Iran est à l’origine de tous les problèmes au Moyen-Orient, et constitue une menace pour la sécurité (voire l’existence même) des États-Unis.
En réalité, le régime qui a été responsable du plus de guerres, de bouleversements, de morts et de destructions à l’échelle mondiale dans les dernières décennies est plutôt celui des États-Unis. En disant cela, nous ne voulons d’aucune façon minimiser l’importance des crimes commis par le régime des mollahs. Mais ces derniers font pâle figure à côté de l’abominable bilan de l’impérialisme américain.
Et si nous sommes à la recherche du principal coupable derrière la plupart des perturbations, des guerres et des actions terroristes au Moyen-Orient, ce serait à n’en point douter Israël, que Washington subventionne et arme jusqu’aux dents.
Les politiques agressives et expansionnistes d’Israël comprennent non seulement la guerre génocidaire à Gaza et la monstrueuse oppression des Palestiniens de Cisjordanie, mais aussi ses attaques constantes contre ses voisins, notamment le Liban, la Syrie, le Yémen, l’Irak – et l’Iran.
Cette guerre est en continuité directe des politiques belliqueuses de Netanyahou, qui s’efforce désespérément de maintenir son contrôle sur une population de plus en plus mécontente. C’est sans aucun doute la pression de Netanyahou qui a incliné Trump à déclarer la guerre à l’Iran.
En réalité, l’Iran ne présente absolument pas la moindre menace aux États-Unis. C’est à Washington et Jérusalem, pas à Téhéran, que la cause de la guerre actuelle doit être trouvée.
Quels sont les objectifs de guerre des États-Unis?
Trump semble présumer qu’une force militaire écrasante peut amener le résultat voulu en un court laps de temps. Mais son objectif central n’est pas clair. Il a avancé divers objectifs à divers moments.
Pendant les récentes manifestations de masse contre le régime, il a menacé d’employer les moyens militaires si le régime recourait à la répression. Mais lorsque c’est arrivé, il n’a rien fait. Aujourd’hui, toute la question est silencieusement abandonnée. Clairement, le sort des manifestants ne figurait pas très haut dans la liste de priorités du président. Il leur dit désormais qu’ils devraient rester chez eux pour éviter d’être tués par les bombes américaines, qui sont prétendument censées leur prêter assistance!
Un autre objectif mentionné est l’élimination des missiles à longue portée iraniens. Mais considérant l’agressivité israélienne, accepter de se désarmer serait un suicide pour les Iraniens. Cela ne peut être considéré comme un objectif réaliste. Cela vaut aussi pour la demande à l’Iran de cesser de soutenir ses alliés dans la région, pile au moment où leur assistance devient un facteur important, ainsi que celle que l’Iran abandonne entièrement son programme nucléaire. Cela reviendrait à nier les droits les plus élémentaires de l’Iran en tant qu’État souverain.
À la fin, il ne reste plus qu’un seul objectif clair – celui désormais reconnu ouvertement par Donald Trump – un changement de régime en Iran. C’était la réelle intention depuis le début. La frappe initiale d’Israël contre l’Iran dans la guerre des Douze jours était une tentative de détruire le gouvernement. Mais celui-ci avait survécu, et son offensive de missiles avait placé Israël dans une posture très dangereuse. C’est pour cette raison que Trump avait appelé à une trêve. Il semble maintenant que l’histoire soit en train de se répéter. Mais les conditions sont complètement différentes, et les répercussions le seront probablement tout autant.
Il est clair que les Américains et les Israéliens ont ciblé les dirigeants clés du gouvernement iranien. Le guide suprême Ali Khamenei a été tué.
Pendant ce temps, les victimes civiles en Iran s’empilent. Une frappe israélienne a touché une école primaire de jeunes filles à Minab, tuant plus de 150 élèves. Tandis que le décompte des victimes grossit, l’indignation et la colère de la population augmentent. Mais cela ne signifie pas nécessairement que l’attaque américaine mènera à un changement de régime. Même si une large partie de la population déteste le régime, leur haine contre l’impérialisme américain et Israël est bien plus grande.
Et maintenant?
Immédiatement après le début des frappes, l’Iran a répliqué, envoyant un salve de roquettes contre Israël. Il a également été rapporté que les missiles iraniens avaient été tirés sur des bases militaires américaines. Les milices alignées sur l’Iran dans la région ont déclaré leur intention de frapper Israël et les bases américaines.
Maintenant, comme c’est le cas pour toute guerre, on peut difficilement prédire comment les choses évolueront. Trump souhaite un changement de régime en Iran. Mais, comme ses généraux l’ont mis en garde, une telle issue est loin d’être certaine. Les réserves d’armes américaines ont été sévèrement réduites, en particulier en raison du conflit en Ukraine. Maintenant, selon certaines estimations, les États-Unis ne peuvent soutenir une guerre avec l’Iran que pour cinq à dix jours. Par conséquent, Trump table sur une guerre brève.
Mais les Iraniens ont averti que cette fois, ce seront eux qui décideront quand finira la guerre. Et ils ne se presseront pas pour en hâter le dénouement. L’étirement du conflit et la pénurie de missiles tant du côté des États-Unis que d’Israël mettraient ce dernier à rude épreuve. Tôt ou tard, Trump sera forcé d’en venir à une indigne et humiliante retraite.
Cela serait désastreux pour lui, surtout à l’approche des élections de mi-mandat. Sa politique économique n’a pas engendré les résultats escomptés et il existe un mécontentement croissant au sein de sa base MAGA. C’est précisément cette raison qui l’a poussé à entrer dans la présente aventure au Moyen-Orient – quelque chose qu’il avait promis ne jamais faire. Il a misé sur une guerre simple et rapide avec l’Iran, se soldant par une victoire, idéalement avec l’effondrement du régime et l’installation d’un gouvernement pro-américain. Mais ce pari pourrait mener à la ruine. Une guerre désastreuse au Moyen-Orient signifierait le début d’une lente descente vers une défaite humiliante, son départ du pouvoir, sa réputation ruinée – la perte de tout ce qui compte à ses yeux.
Le dénouement
Alors quels sont les scénarios possibles? Le premier est celui que Trump espère voir advenir : une courte guerre couronnée de succès, menant à l’écroulement du régime, une insurrection populaire et l’émergence d’un régime pro-américain en Iran.
Bien qu’un tel résultat ne puisse être entièrement écarté, dans les conditions actuelles, il semble on-ne-peut-plus improbable. Et même si les Américains réussissent à renverser le régime, cela mènerait très probablement à un état de chaos. Toutes les contradictions latentes de la société iranienne remonteraient à la surface dans un cauchemar de violence et de conflits sectaires. C’est ce que nous avons vu dans tous les pays où les Américains se sont essayés à un changement de régime, comme l’Irak, la Syrie et la Libye. Cela provoquerait en retour un terrible désordre, des guerres et des crises pour tout le Moyen-Orient, créant pour les masses un scénario cauchemardesque qui pourrait durer des décennies.
Le deuxième scénario est que les États-Unis et Israël n’emportent pas une victoire rapide. Ils se trouveraient alors dans de sérieuses difficultés.
Pour faire perdurer la guerre, tout ce qu’a à faire le régime iranien consiste à tenir en un morceau et attendre, tout en frappant les points névralgiques qui endommageront sérieusement les États-Unis. Par exemple, la fermeture du détroit d’Ormuz aura des effets catastrophiques sur l’économie mondiale. Ultimement, les États-Unis auraient à s’avouer vaincus et devraient tenter d’atteindre un compromis de quelque sorte que ce soit.
Notre attitude envers la guerre
L’attitude des communistes envers la guerre est toujours une question concrète. Elle n’est pas déterminée par des considérations morales ou sentimentales, mais purement, dans chaque cas précis, par les intérêts généraux de la révolution prolétarienne mondiale.
Notre attitude n’est jamais déterminée par des questions aussi formelles que la question de savoir qui a attaqué le premier. Très souvent, un pays engagé dans une guerre défensive doit passer le premier à l’offensive.
Mais soyons clairs à propos d’une chose. Les États-Unis d’Amérique sont la force la plus monstrueuse, réactionnaire et contre-révolutionnaire sur la planète. Et c’est notre devoir, comme internationalistes, de mener une lutte implacable contre ce monstre contre-révolutionnaire et son acolyte israélien par tous les moyens à notre disposition.
Et s’il a jamais existé un exemple d’un acte d’agression injustifié envers quelque pays que ce soit, ce doit être assurément le cas ici.
L’Internationale communiste révolutionnaire doit rendre sa position absolument claire et sans ambiguïté :
Nous défendons inconditionnellement l’Iran contre les actions agressives de l’impérialisme américain et ses laquais israéliens.
Cela ne signifie aucunement que nous soutenons le régime de Téhéran. Mais la tâche d’en finir avec ce régime appartient au peuple iranien, et au peuple iranien seulement. Sous aucune circonstance ne peut-il se tourner vers l’impérialisme américain pour résoudre ce problème à sa place.
Par-dessus tout, nous nous opposons aux guerres impérialistes réactionnaires et prônons l’unité de la classe ouvrière de tous les peuples contre le véritable ennemi. Et le véritable ennemi est l’impérialisme prédateur et le système capitaliste qui se tient derrière lui.