« Hondurasgate » : les laquais de l’impérialisme démasqués par des fuites

Ces fuites jettent une lumière sur l’étendue de l’ingérence de l’impérialime américain dans les affaires des pays d’Amérique latine pour installer des régimes obéissants.
  • Sylvia Léo
  • sam. 13 juin 2026
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À la fin avril, la chaîne de télévision espagnole Canal Red a diffusé des enregistrements sonores de conversations entre des responsables du gouvernement hondurien. Ceux-ci révèlent un réseau de corruption et de coercition impliquant Trump, Javier Milei et Benyamin Netanyahou, de même qu’un complot pour établir un bastion de l’impérialisme américain au Honduras.

Qu’y a-t-il dans ces enregistrements?

Les principaux personnages dans ces enregistrements sont l’ancien président hondurien Juan Orlando Hernández, l’actuel président Nasry Asfura et la vice-présidente María Antonieta Mejía.

On peut y constater combien Asfura et Mejía consacrent de temps et de ressources pour tenter de faire expulser Marlon Ochoa, ancien trésorier du parti Liberté et refondation (Libre, le parti réformiste de gauche qui a gouverné de 2022 jusqu’aux élections de l’an dernier) de son poste au Conseil national électoral. Ochoa a exprimé ouvertement ses soupçons de fraude électorale..

Les enregistrements révèlent notamment des promesses de trois millions de lempiras honduriens pour poursuivre Ochoa en justice, et même le désir de certains membres du Conseil national électoral de le tuer :

« Dites-moi comment on est censés avancer sans éjecter ce salaud de Marlon de son poste. […] La prison ou la mort. C’est comme ça que je vais le dire : la prison ou la mort. Je l’exige – le sang, ou le renvoi. »

Les enregistrements révèlent aussi des pots-de-vin pour acheter des votes au Congrès afin d’accélérer des procès – surtout celui d’Ochoa – et d’expulser des membres de l’opposition de leurs sièges au Congrès national et de leurs postes dans la fonction publique.

Le gouvernement tente de se débarrasser de tout vestige du Libre, tandis que les vieux politiciens corrompus et discrédités préparent leur retour.

Juan Orlando Hernández (JOH) a gouverné le Honduras en imposant une répression brutale entre 2014 et 2022. Il a été extradé aux États-Unis, où il a été condamné à 45 ans de prison pour trafic de drogue. En novembre 2025, deux jours avant l’ouverture des bureaux de vote, le président Trump l’a gracié. 

Maintenant, JOH vise un retour à la présidence et prépare le terrain pour une campagne électorale. Un échange entre un membre du parti de JOH et Jorge Cálix, le chef du Parti libéral, révèle que JOH paie Cálix pour rassembler des votes en leur faveur.

Les fuites suggèrent aussi que JOH a été libéré par Trump afin qu’il transforme le gouvernement hondurien en bastion de la « doctrine Donroe » et qu’il offre des territoires, des contrats et des ressources minières aux États-Unis. JOH a été enregistré déclarant au président Asfura :

« J’avais envoyé un message disant que nous allions gagner et qu’ils devaient m’appuyer en ce moment. La présidence doit revenir entre de bonnes mains, et c’est ce qu’il [Trump] veut. S’ils s’opposent à lui, je vais l’en informer immédiatement et tout le gouvernement va s’effondrer. »

Il existe aussi un enregistrement dans lequel JOH admet que Netanyahou est en grande partie responsable de sa libération :

« Le premier ministre israélien nous appuiera. Nous lui sommes très reconnaissants. Ils ont joué un rôle clé. En fait, ils ont été déterminants dans ma libération et dans les négociations. »

Netanyahou est donc directement impliqué dans la politique intérieure de plusieurs pays d’Amérique latine et y soutient des gouvernements et des politiciens réactionnaires favorables au sionisme.

Le « corollaire Trump »

Le document de Stratégie de sécurité nationale des États-Unis affirme :

« Nous voulons un hémisphère qui demeure libre de toute incursion étrangère hostile ou de toute appropriation d’actifs clés, et qui soutienne les chaînes d’approvisionnement essentielles. Nous voulons aussi garantir notre accès continu à des lieux stratégiques clés. Autrement dit, nous allons faire valoir et faire respecter un “corollaire Trump” à la doctrine Monroe. »

Les États-Unis veulent regagner le contrôle de l’Amérique latine et en tenir la Chine à l’écart. Pour ce faire, ils ont besoin de gouvernements locaux tout à fait au service de l’impérialisme américain.

Les enregistrements divulgués révèlent qu’Asfura a visité Mar-a-Lago, où il a bavardé avec des investisseurs à propos de la construction d’une base militaire américaine à Roatán, une île au large du Honduras. Ils ont aussi parlé de la construction d’un chemin de fer interocéanique par General Electric. Dans un appel à JOH, Asfura dit :

« Quant à Palmerola [la base militaire américaine au Honduras], nous déplacerons Palmerola, précisément là-bas, à Roatán, où se trouve Próspera. Une base, oui, c’est déjà négocié. Le projet interocéanique aussi. Nous allons confier le projet à General Electric. Le plan est d’obtenir tous les métaux et le reste directement de l’Argentine et des États-Unis, en évitant le Canada et la Chine — ces avertissements ont été reçus. Les Chinois faisaient une offre, mais nous ne céderons pas. Nous mettrons fin à cela. » [Nos italiques.]

Voilà! Une nouvelle forteresse militaire américaine dans les Caraïbes, des droits d’extraction minière et des contrats d’infrastructures pour les entreprises américaines, pendant que les offres chinoises sont rejetées.

Manipulation

Qu’en est-il des gouvernements qui refusent de collaborer?

Le Mexique, la Colombie et le Brésil ont tous des gouvernements qui ne sont pas directement sous le contrôle de l’impérialisme américain. Ils ont dénoncé le génocide à Gaza, les attaques contre le Venezuela et l’Iran, ainsi que le faux prétexte du trafic de drogue pour intensifier la militarisation de la région.

Les enregistrements du « Hondurasgate » révèlent que JOH planifiait de créer une équipe de communication chargée de cibler les gouvernements du Mexique et de la Colombie. JOH est enregistré disant à Asfura :

« Nous créerons une cellule, Monsieur le Président. Depuis ici, depuis les États-Unis – une cellule d’information – pour qu’ils ne puissent pas nous retracer au Honduras. Ce sera un site Web d’actualités latino-américain. J’ai eu un appel avec le président Javier Milei et ça s’est bien passé. Très, très, très bien. Et je pense qu’en ce moment, nous pouvons faire de grandes choses pour toute la région. Des dossiers sont en préparation contre le Mexique, contre la Colombie et, surtout, contre le Honduras — dans ce cas-ci, contre la famille Zelaya. »

Dans un autre enregistrement, JOH, parlant cette fois à Mejía, affirme :

« Et j’ai besoin de ces liquidités parce que nous allons établir un bureau ici. Avec le soutien de certaines personnes dans la République, afin que nous puissions attaquer et éliminer le cancer de la gauche au Honduras et dans toute l’Amérique latine. Je disais au président Asfura que nous avions réussi à parler avec Javier Milei, et qu’il allait lui aussi contribuer à hauteur de 350 000 dollars. Un autre grand ami à nous, du Mexique, contribue aussi, seulement pour le volet mexicain. Nous sommes pratiquement prêts et nous attendons seulement d’ouvrir l’assaut à pleine puissance. »

Il n’est pas surprenant que Milei soit l’un des investisseurs de cette start-up réactionnaire. L’économie argentine est dans une spirale descendante, avec une inflation galopante et un mécontentement croissant. L’une des tactiques de Milei consiste donc à blâmer le « socialisme » :

« Nous ne lâcherons pas le pouvoir. Tout ce qu’il faudra faire, nous le ferons. Et si les choses tournent au vinaigre, ce sera la faute des communistes. Voilà le récit : ils l’ont provoqué, ils ont déclenché la violence. Nous ne faisons que répondre. »

Un coup porté à la « démocratie »

La publication des dossiers Epstein a révélé à des millions de personnes que le sort des économies et des nations ne se décide pas dans les urnes, mais dans des rencontres privées, dans des appels téléphoniques et des textos entre les riches et les puissants. Le « Hondurasgate » en est une preuve supplémentaire.

La classe dirigeante conspire et manœuvre pour arriver à ses fins, sans se soucier des formalités de la démocratie ou de la souveraineté nationale lorsque les intérêts fondamentaux de l’impérialisme américain et de ses multinationales sont en jeu.

Ces parasites s’organisent et conspirent pour défendre leurs intérêts de classe; les travailleurs et les paysans doivent défendre les leurs sans compromis.