
À Delta, en Colombie-Britannique, 800 travailleurs d’un entrepôt Amazon se battent pour défendre leur syndicat. Bien qu’il y ait eu d’autres tentatives de syndicalisation chez Amazon, les travailleurs de Delta pourraient être les premiers à contraindre Amazon à conclure une convention collective. Bien sûr, cette entreprise évaluée à 2500 milliards de dollars met tout en œuvre pour les en empêcher. Sa dernière manœuvre en date consiste en une campagne pour faire annuler la certification syndicale.
L’agressivité d’Amazon à l’encontre des syndicats est bien connue. Les travailleurs du centre de distribution de Staten Island sont les premiers de l’entreprise à s’être syndiqués, lorsqu’ils ont formé l’Amazon Labour Union en 2022. Mais jusqu’à ce jour, l’entreprise continue de les ignorer et ils n’ont toujours pas de convention collective.
De l’autre côté de la frontière, en 2025, Amazon a fermé ses sept entrepôts au Québec à la suite d’une campagne de syndicalisation avec la CSN. Mille huit cents emplois ont ainsi été perdus.
La lutte des travailleurs de l’entrepôt de Delta a débuté en 2024. Dès février, Amazon a déployé une « équipe d’intervention rapide » formée de cadres venus de toute l’Amérique du Nord pour intimider les travailleurs en Colombie-Britannique.
Amazon a soumis les travailleurs à un déluge de communications et de réunions antisyndicales. Le centre de distribution a lancé une campagne de recrutement effrénée dans le but de diluer le soutien au syndicat dans un océan de nouveaux employés. La compagnie a essayé d’amadouer les travailleurs en assouplissant temporairement les quotas de productivité et en leur payant la pizza à l’occasion. Le vote de syndicalisation a eu lieu en mai 2024, mais Amazon a multiplié les recours juridiques. Toutes ces tactiques se sont retournées contre l’entreprise en juillet 2025, lorsque la Commission des relations du travail de Colombie-Britannique (BCLRB) a conclu qu’Amazon avait eu recours à des activités antisyndicales illégales et a automatiquement reconnu le syndicat.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Amazon a fait traîner les négociations pendant un an, refusant de céder même sur les revendications les plus élémentaires. Par exemple, l’entreprise ne voulait absolument pas que la convention collective fixe les salaires! Le 4 août 2026, la BCLRB a ordonné un arbitrage exécutoire afin d’imposer une première convention collective. À peine quelques jours plus tard, un groupe de « travailleurs » non identifiés a commencé à réclamer la désaccréditation du syndicat. Amazon a alors demandé à la BCLRB de suspendre les négociations jusqu’à ce que cette question soit résolue.
Dans le cadre de cette manœuvre flagrante, Amazon a mis en ligne un site Web regorgeant d’arguments antisyndicaux pour tenter d’influencer les travailleurs. Dans une vidéo, un gérant explique l’objectif en ces termes : « préserver la flexibilité et le modèle opérationnel qui nous ont si bien servis ». Il ne fait aucun doute qu’Amazon souhaite maintenir les quotas de travail brutaux, les heures supplémentaires et les pratiques de travail dangereuses qui « nous » ont si bien servis – en taisant le fait qu’ici, ce « nous » désigne les patrons.
L’exploitation sans entraves de ses 1,2 million d’employés en Amérique du Nord est au cœur des profits incroyables engrangés par ses actionnaires. C’est pourquoi l’entreprise est prête à aller jusqu’au bout pour empêcher la syndicalisation. Cela signifie que les travailleurs doivent être prêts à aller tout aussi loin pour défendre leurs intérêts.
La lutte contre un tel patron ne se fait pas devant les tribunaux, mais bien par des méthodes de lutte de classes. Ces 800 travailleurs ont le pouvoir de paralyser l’entrepôt en faisant la grève. Ils peuvent frapper Bezos là où ça fait vraiment mal : à son portefeuille.
Mais la lutte ne peut pas se limiter à un seul entrepôt. En représailles, Amazon pourrait tout simplement fermer boutique, comme il l’a fait au Québec. Si Bezos tente de fermer des entrepôts, les travailleurs doivent les occuper, et UNIFOR – dont ce syndicat fait partie – devrait mettre toutes ses forces dans la construction d’un mouvement exigeant l’expropriation sans compensation d’Amazon. Si un employeur est autorisé à fermer boutique lorsque les travailleurs se syndiquent, c’est l’ensemble du mouvement syndical qui est menacé.
Si Bezos est prêt à licencier des milliers de travailleurs pour défendre son droit d’exploiter brutalement ses travailleurs, son droit de diriger doit lui être retiré. En nationalisant Amazon et en le mettant sous contrôle ouvrier, nous pourrions garantir de bons emplois à tous les travailleurs d’Amazon et utiliser ses infrastructures pour planifier l’économie en fonction des besoins plutôt que du profit. Des politiciens comme Zohran Mamdani et Avi Lewis ont déjà popularisé les revendications en faveur des épiceries publiques : voilà une occasion en or d’exproprier les infrastructures d’Amazon et de commencer dès maintenant à bâtir un vaste réseau d’épiceries publiques! Telle est la solution socialiste.