La Fonderie Horne menace de fermer : comment sauver les emplois?

Glencore menace de fermer la Fonderie Horne plutôt que de réduire ses émissions toxiques, mettant en péril près de 1900 emplois et faisant pression pour obtenir des concessions publiques. La nationalisation sous contrôle ouvrier est la seule solution pour sauver les emplois et protéger la santé.
  • Olivier Turbide
  • ven. 27 févr. 2026
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La Fonderie Horne. Photo : Fonderie Horne / Facebook

Le 3 février dernier, la multinationale suisse Glencore a annoncé qu’elle suspendait ses investissements d’un milliard de dollars pour moderniser ses installations à la Fonderie Horne de Rouyn-Noranda, et que celle-ci risquait de fermer d’ici un an. La nouvelle est tombée comme une onde de choc pour les travailleurs de l’usine et la population de la ville en général : selon certaines sources, 1900 emplois seraient directement ou indirectement menacés par cette fermeture.

Prise d’otage

Glencore avait été sommée en 2023 par le gouvernement d’investir pour réduire ses émissions d’arsenic dans l’air, une substance hautement cancérigène. Avant 2023, le fait que la multinationale donnait le cancer aux habitants était déjà connu, et il avait même été révélé que la CAQ avait caché ces informations pour ne pas nuire à la multinationale. Tandis que la norme québécoise d’émission d’arsenic est de 3 nanogrammes d’arsenic par mètre cube d’air (ng/m3), la Fonderie était autorisée à atteindre 100 ng/m3!

Selon l’autorisation ministérielle de 2023, la compagnie devait investir et moderniser ses installations afin de progressivement atteindre 15 ng/m3 d’ici 2027, puis présenter un plan pour atteindre le 3 ng/m3.

Mais maintenant, plutôt que de se moderniser, la compagnie a suspendu ses investissements (dont 300 millions de dollars pour réduire les émissions), et menace de fermer si le gouvernement ne lui accorde pas un délai de 18 mois, et s’engage à ne pas lui demander de descendre sous les 15ng/m3 avant 2033! Autrement dit, Glencore a choisi de prendre la ville en otage.

Pire encore, selon des sources, Glencore souhaite inciter les gouvernements provincial et fédéral à débourser chacun 149 millions de dollars, soit presque l’entièreté du 300 millions de dollars évoqué plus haut. Un représentant de Glencore laissait clairement sous-entendre qu’elle veut de l’argent public : « Une autre option qui s’offre à nous, c’est qu’eux aussi [le gouvernement du Québec] participent à nos projets afin de diminuer le risque. » Pour réduire le « risque  », et avoir des garanties sur la « prévisibilité » de ses profits, elle demande donc aux contribuables de prendre… tous les risques. 

Le caractère scandaleux de la conduite de Glencore saute aux yeux, et révèle encore une fois la nature cruelle du système capitaliste, où des milliers de vies sont soumis aux calculs comptables froids d’une multinationale. Comme le témoigne une résidente : « On va devenir une ville fantôme, si ça ferme. » 

Nationalisation

L’atmosphère dans la population est tendue, et les opinions divergent sur la manière de sauver les emplois tout en protégeant la santé. Comment y arriver?

Caroline Senneville, la présidente de la CSN, a réagi à l’annonce en sommant le gouvernement de « s’asseoir avec Glencore » pour trouver une solution. Réaction similaire du côté du syndicat local, où Shawn Smith, son président, a affirmé qu’il « n’investirait pas 300 millions de dollars sans certaines garanties ». 

Plusieurs semblent donc penser que, pour sauver les emplois, le gouvernement n’aura pas le choix de céder au chantage d’une manière ou d’une autre. La Fonderie Horne est la seule fonderie de cuivre au Canada, un minéral critique essentiel dans une foule de produits. Bien que la CAQ écarte l’option d’étendre un chèque à Glencore pour le moment, on peut s’attendre à ce qu’elle finisse par plier, ou même que le fédéral intervienne. Mais est-ce réellement la seule option? Et pour commencer, cette option est-elle même efficace?

Bien des précédents récents démontrent qu’il n’y a aucune garantie que l’injection d’argent public ou d’autres concessions permettront de sauver des emplois. En Ontario, par exemple, l’entreprise Stellantis a reçu des centaines de millions de dollars de financement du fédéral au fil des ans, pour finalement déménager ses opérations aux États-Unis dans le contexte de la guerre commerciale. Au Québec, dans la dernière période, les cadeaux des gouvernements à des compagnies comme Bombardier ou Northvolt n’ont pas non plus empêché ces entreprises de procéder à des mises à pied massives dans le premier cas, et d’abandonner complètement ses projets dans le deuxième.

Cependant, si plusieurs, comme le PQ ou QS, ont demandé au gouvernement de « ne pas céder » au chantage de Glencore, la question principale demeure : quelle est l’alternative? Sans présenter une solution, il est compréhensible que plusieurs travailleurs inquiets voient ces déclarations comme des appels à la fermeture de l’usine. 

Glencore est une compagnie dont les revenus annuels se comptent dans les centaines de milliards de dollars. Si l’entreprise ne veut pas moderniser ses installations, au point où elle force les travailleurs à choisir entre avoir le cancer et mourir de faim, il n’y a aucune raison pour laquelle celle-ci devrait continuer à être en charge des opérations. 

L’usine doit donc être expropriée, et les travailleurs eux-mêmes pourraient la gérer, en mettant eux-mêmes en place un plan pour réduire les émissions dangereuses d’arsenic. Reprendre possession de l’usine, en faire une propriété publique, constituerait encore aujourd’hui la seule manière de sortir du faux dilemme entre sauver les emplois d’un côté, et diminuer la pollution de l’autre. Les directions syndicales doivent bâtir un mouvement autour de la revendication de nationalisation. On ne contrôle pas ce qu’on ne possède pas.

La Fonderie Horne est un pilier central de l’économie de la ville, et il est presque certain qu’un mouvement en faveur de la nationalisation de la fonderie recevrait un large appui dans la population. S’il le faut, les travailleurs doivent occuper l’usine afin d’en exiger la nationalisation. Seule la lutte paie!

Contre le capitalisme

Avec la guerre commerciale et l’incertitude économique grandissante, cette menace de fermeture ne sera certainement pas la dernière. Pour gagner contre le chantage des grandes entreprises et lutter contre les autres fermetures qui surviendront dans la prochaine période, le mouvement ouvrier doit défendre l’idée que chaque usine fermée devrait être occupée et nationalisée.

Or, un tel mouvement de la part des travailleurs entrerait en conflit, nécessairement, avec tout l’ordre capitaliste : les autres grandes entreprises sur le marché, ainsi que toute la classe dirigeante, feront tout en leur possible pour l’étouffer. 

Mais c’est précisément pour cette raison que le cas de la Fonderie Horne pointe, plus généralement, vers la nécessité de sortir entièrement de la perspective capitaliste. Il nous faut rebâtir un mouvement ouvrier armé de la perspective de renverser ce système.

Un tel mouvement, en redonnant aux travailleurs le contrôle sur l’économie, mettrait en place les bases d’une toute nouvelle société, une société socialiste. Dans une telle société, le rapport de force serait inversé : pour la première fois, à la place des parasites de Glencore, ce seraient les travailleurs qui exerceraient le pouvoir. C’est pour cette perspective que se bat le PCR.