
La guerre contre l’Iran n’est pas simplement un conflit militaire régional. Elle est rapidement devenue une crise économique et politique mondiale dont les conséquences se font sentir bien au-delà du champ de bataille.
La fermeture du détroit d’Ormuz a provoqué des pénuries, intensifié l’inflation mondiale et accru le risque d’une récession à l’échelle planétaire. Les dommages causés à des infrastructures énergétiques critiques ont perturbé l’approvisionnement en ressources essentielles comme le gaz et l’engrais. Sont ainsi menacées non seulement la ressource naturelle qui nourrit l’économie, mais aussi celle qui nourrit les travailleurs.
La guerre a démasqué la profonde instabilité du capitalisme mondial et a accentué les contradictions existantes au sein d’économies déjà accablées par la dette, l’austérité et la baisse du niveau de vie.
Répercussions immédiates en Asie
Jusqu’à présent, l’Asie est la région la plus durement touchée. Elle absorbe la grande majorité du pétrole brut et du gaz naturel transitant par le détroit d’Ormuz, ce qui la rend extrêmement vulnérable. Le Pakistan et l’Indonésie ne disposeraient que d’environ 20 jours de réserves, tandis que celles du Vietnam sont estimées à moins de trois semaines.
En avril, le gouvernement pakistanais a augmenté le prix du carburant de plus de 70% en un seul mois. Au Bangladesh, les gens ordinaires sont contraints d’attendre plus de 15 heures pour faire le plein de leur véhicule. En Inde, le prix des bonbonnes de gaz à usage domestique a bondi de 344%, forçant la population à faire la file pendant des heures pour obtenir suffisamment de combustible pour cuisiner. Des dizaines de millions de travailleurs parmi les plus pauvres ont été réduits à utiliser des sources d’énergie moins sécuritaires, comme le charbon ou le kérosène, pour la cuisson, à consommer des aliments crus ou à sauter complètement des repas.
Le rationnement du carburant a été instauré au Bangladesh et au Sri Lanka, alors que le Népal et l’Inde ont commencé à rationner le gaz de cuisson. Partout dans la région, les gouvernements ont imposé des semaines de travail réduites, des consignes de télétravail et d’autres restrictions d’urgence pour les employés du secteur public. Tout cela a gravement perturbé l’activité économique, miné la production et affecté la circulation des denrées alimentaires, des matières industrielles et des services essentiels.
Les économies agricoles comme l’Inde, qui dépendent fortement des engrais, font face à une crise massive qui fera grimper le prix des denrées alimentaires de base dont dépendent des centaines de millions de personnes pauvres. L’ONU estime qu’en Inde seulement, 2,5 millions de personnes pourraient basculer dans la pauvreté, et jusqu’à 8 millions dans l’ensemble de l’Asie du Sud.
Crise au cœur de l’Empire
Même les pays impérialistes occidentaux sont loin d’être à l’abri.
En Europe, on estime que la crise de l’énergie coûte à l’Union européenne environ 500 millions d’euros (820 millions de dollars canadiens) par jour. Le commissaire européen à l’Énergie, Dan Jørgensen, a prévenu que la guerre en Iran n’a pas produit « une hausse mineure des prix à court terme », mais une crise « probablement aussi grave que les crises de 1973 et de 2022 prises ensemble ». Il convient de rappeler que la crise énergétique de 2022 en Europe a causé 68 000 décès selon The Economist, car un grand nombre de ménages de la classe ouvrière n’avaient plus les moyens de se chauffer – et l’on s’attend à ce que les prix actuels de l’énergie demeurent élevés au moins jusqu’à l’hiver prochain.
Les factures d’énergie devraient augmenter de plus de 1900 euros (2800 dollars canadiens) par an – soit 12% des dépenses moyennes des ménages –, les autorités mettant en garde contre des coûts additionnels « dévastateurs ». Parallèlement, cette nouvelle crise énergétique accélère le processus de désindustrialisation amorcé en Europe lorsqu’elle s’est coupée du pétrole russe, décimant le secteur manufacturier et tous les emplois qui en dépendent.
Au Canada, le prix de l’essence a bondi de plus de 30%. Le prix des engrais a grimpé au moment même où les agriculteurs ensemencent leurs terres, ce qui se traduira par des rendements moindres, une pression accrue sur les producteurs et une insécurité alimentaire accrue pour l’ensemble de la population.
Les bases d’une explosion sociale sont jetées
Cette hausse draconienne du coût de la vie survient après une période prolongée où les salaires n’ont pas suivi l’inflation. Dans les pays du monde entier, le décor est planté pour une explosion sociale massive.
Du Népal aux Philippines en passant par l’Indonésie, l’année qui vient de s’écouler a déjà été le théâtre des « révolutions Gen Z » portées par l’inégalité, le chômage, la corruption et l’effondrement du niveau de vie. La guerre contre l’Iran n’a fait qu’aggraver ces conditions.
Terrifiés par la perspective d’une révolte généralisée, les gouvernements s’empressent de réprimer les mouvements sociaux. En Inde, les grèves contre des conditions de travail brutales ont donné lieu à des centaines d’arrestations.
Des manifestations ont éclaté au Pakistan, au Sri Lanka et en Égypte à cause des tarifs d’électricité, du prix des carburants, de l’austérité et des réformes imposées par le FMI. En Irlande, des manifestations d’agriculteurs et de transporteurs routiers contre la hausse du prix du carburant ont rapidement dégénéré en blocages à l’échelle nationale.
Ce qui a commencé comme une résistance aux pénuries de carburant et à l’augmentation du coût de la vie se transforme rapidement en mouvements plus vastes, alors que l’incapacité du capitalisme à résoudre la crise alimente une hostilité généralisée envers la classe dirigeante et le système dans son ensemble.
Même une petite étincelle peut allumer un incendie gigantesque, et les conditions propices à de telles étincelles se multiplient partout sur la planète.
Le capitalisme n’offre aucune autre issue que la barbarie : un interminable enchainement de guerres, l’aggravation de la pauvreté et la répression. Les travailleurs n’ont pas choisi cette guerre, et ils ne devraient pas avoir à en payer le prix.
Les mois à venir devraient voir s’intensifier les attaques contre la classe ouvrière, et avec elles, la lutte des classes. La tâche consiste maintenant à s’organiser consciemment pour mettre fin au système qui reproduit sans cesse la crise, la guerre et la misère.