
Égal à lui-même, les actions de Trump au Venezuela ont été spectaculaires. Après une campagne de bombardements sur des bateaux de pêche qui a duré des mois, il a envahi sans scrupules un pays souverain et kidnappé le chef d’État en exercice. Alors, qu’ont à dire les dirigeants politiques canadiens à ce sujet?
Soumission servile
La réponse du premier ministre Mark Carney, qui nous avait promis de « jouer du coude » avec Trump, a été tout sauf conflictuelle. Comme l’a dit un commentateur : « On aurait dit qu’il essayait de tenir un œuf de Fabergé en marchant sur de la glace. » Sa déclaration officielle est aussi vague que possible et, bien commodément, ne mentionne ni Trump ni les attaques des États-Unis contre le Venezuela.
One of the first actions taken by Canada’s new government in March 2025 was to impose additional sanctions on Nicolás Maduro’s brutally oppressive and criminal regime — unequivocally condemning his grave breaches of international peace and security, gross and systematic human…
— Mark Carney (@MarkJCarney) January 3, 2026
Au lieu de cela, Carney parle de tout ce que le Canada a fait pour s’opposer au président vénézuélien déchu Nicolás Maduro, et déclare : « Le gouvernement canadien accueille favorablement l’opportunité qui s’offre au peuple vénézuélien d’accéder à la liberté, à la démocratie, à la paix et à la prospérité. »
D’où que Carney tire l’idée que les actions de Trump ont à voir avec la démocratie, ce n’est certainement pas de celui-ci, qui n’a pas mentionné la démocratie une seule fois après avoir évincé Maduro. En fait, il a immédiatement menacé les présidents démocratiquement élus de la Colombie et du Mexique du même sort s’ils ne se pliaient pas à ses volontés. Il a beaucoup parlé de pétrole, cependant.
C’est comme si l’empereur venait d’admettre qu’il était heureux de se promener nu, tandis que Carney s’efforce toujours désespérément de lui faire des recommandations vestimentaires.
« Fidèle à son engagement de longue date envers l’état de droit, la souveraineté et les droits de la personne, le Canada appelle toutes les parties à respecter le droit international », déclare-t-il, sans même nommer la seule partie qui a enfreint le droit international dans cette affaire (c’est-à-dire les États-Unis).
Carney essaie clairement d’éviter de s’attirer les foudres de Trump à l’approche de l’examen prochain de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), tout en essayant de ne pas avoir l’air d’un paillasson pour Trump. Il ne réussit pas très bien en cela.
Et pourtant, Yves-François Blanchet, chef du Bloc Québécois, démontre pourquoi Carney a peut-être pris la bonne décision de ne pas reconnaître directement les actions de Trump. La critique mollassonne de Blanchet fait bien paraître Carney par comparaison.
Le Bloc Québécois reconnaît que le régime mis en place au Vénézuela par Nicolas Maduro défie les libertés fondamentales, l’intégrité et la démocratie, et est l’objet d’allégations de participation dans le trafic de stupéfiants. Il nous apparaît toutefois inquiétant que les…
— Yves-F. Blanchet 🎗⚜️ (@yfblanchet) January 3, 2026
Blanchet ne répète pas ouvertement le mensonge selon lequel Maduro était impliqué dans le trafic de drogue, mais il le mentionne sans le critiquer. Les actions de Trump « semblent » seulement troublantes. Les États-Unis n’agissent pas illégalement, mais « s’instituent » simplement en gendarme de principes que, encore une fois, Trump n’a jamais prétendu défendre. Et Trump n’a pas violé le droit international, il a seulement « risqué » d’en « faire fi ». Des civils n’ont pas été assassinés, mais simplement mis en « péril ». Le Bloc « invite » gracieusement les États-Unis à respecter la souveraineté des États. Et bien sûr, selon Blanchet, c’est le Venezuela qui pose « de la menaces [sic] », et non le pays qui bombarde des civils et mène des frappes de décapitation.
La déclaration de Blanchet est tellement servile, on dirait qu’elle devrait être prononcée avec un bégaiement terrifié. C’est pathétique.
Le chef conservateur Pierre Poilievre, quant à lui, joue pleinement les pom-pom girls pour Trump.
Congratulations to President Trump on successfully arresting narco-terrorist and socialist dictator Nicolas Maduro, who should live out his days in prison.
— Pierre Poilievre (@PierrePoilievre) January 3, 2026
The legitimate winner of the most recent Venezuelan elections, Edmundo González, should take office along with the…
Il félicite Trump, puis répète le mensonge ridicule selon lequel Maduro est impliqué dans le trafic de drogue. Le Venezuela n’est ni un producteur ni un carrefour pour la cocaïne ou le fentanyl. Même le ministère américain de la Justice vient de reculer sur l’affirmation selon laquelle le « Cartel de los Soles » est une organisation réelle, plutôt qu’un simple terme d’argot vénézuélien pour désigner la corruption officielle.
Poilievre poursuit en disant : « Le vainqueur légitime des élections vénézuéliennes les plus récentes, Edmundo González, devrait entrer en fonction aux côtés de l’héroïne courageuse et voix du peuple vénézuélien, María Corina Machado. »
L’ironie, c’est que Trump a snobé Machado et travaille plutôt avec la vice-présidente de Maduro, Delcy Rodríguez. « C’est une femme très sympathique, mais elle n’a pas le respect dans le pays », a déclaré Trump à propos de Machado. Et, encore une fois, personne dans l’administration Trump n’a dit quoi que ce soit à propos d’élections.
Poilievre n’est pas seulement un menteur et un hypocrite, il semble aussi totalement à côté de la plaque.
Affronter la nouvelle réalité
La réponse du chef intérimaire du NPD, Don Davies, avait au moins un peu de substance. Il a publié : « La déclaration de Trump selon laquelle les compagnies pétrolières américaines vont prendre le contrôle de la production pétrolière vénézuélienne révèle le vrai motif de cette attaque : la saisie des plus grandes réserves de pétrole au monde. Les apologistes de Trump peuvent tourner cela comme ils veulent – mais ceci est clairement illégal, hypocrite et dangereux. » C’est vrai.
UN Charter Article 2(4) is a core principle of international law. It prohibits all states from the threat/use of force against the territorial integrity or political independence of any other state, banning war & coercion except self-defense or UN Security Council authorization.
— Don Davies (@DonDavies) January 3, 2026
Mais le droit international est clairement une arnaque, qui n’est utilisée que contre les ennemis des États-Unis et est régulièrement violée par les États-Unis et leurs alliés. De la Corée au Vietnam, de la Yougoslavie à l’Irak, de l’Afghanistan à la Palestine, le droit international a été impuissant à empêcher l’impérialisme américain et ses alliés d’imposer leurs intérêts.
De plus, les Nations Unies ont initialement été créées par les États-Unis pour légitimer leur domination mondiale après la Seconde Guerre mondiale. L’ONU a sanctionné bon nombre de ces guerres et bombardements menés par les États-Unis. Même lorsque l’ONU ne les a pas sanctionnés, les États-Unis ont fait ce qu’ils voulaient.
La Stratégie de sécurité nationale récemment publiée par Trump se dispense simplement de l’ancien habillage hypocrite et exprime les choses en des termes brutalement honnêtes. Le document déclare que les États-Unis doivent se concentrer sur le renforcement de leur contrôle des Amériques (qu’ils appellent « leur » hémisphère). L’attaque contre le Venezuela met cette stratégie en action.
Et Trump ne risque pas de s’arrêter là. Il a déjà déclaré que mener une opération similaire contre le président Gustavo Petro en Colombie « me semble une bonne idée » et que « Cuba est prêt à tomber ». Il a également renouvelé ses menaces d’annexer le Groenland, et la Maison Blanche a répété qu’elle n’excluait pas le recours à la force militaire pour ce faire.
Loin d’être seulement les actions chaotiques d’un homme dérangé, il y a une logique à cela. Avec l’ascension spectaculaire de la Chine comme rivale économique redoutable, Trump cherche à se replier sur la sphère d’influence stratégique de l’impérialisme américain dans l’hémisphère occidental et à rétablir la domination américaine afin de contrer la Chine. Le fait que les livraisons de pétrole vénézuélien à destination de la Chine aient désormais été interrompues ne devrait donc pas surprendre.
Le soi-disant corollaire de Trump à la Doctrine Monroe représente un changement radical dans les relations mondiales. Le soi-disant ordre fondé sur des règles est mort. Nous faisons face à une situation plus proche de la période précédant la Première Guerre mondiale, lorsque plusieurs grandes puissances se disputaient le partage du monde.
Face à cette situation changeante, la classe dirigeante canadienne est désespérée. Le capitalisme canadien constitue un appendice du capitalisme américain et ne peut donc exister sans lui. Comme Lénine l’a expliqué, la politique est de « l’économie concentrée »; c’est pourquoi la réponse du gouvernement canadien a été si lâche et hypocrite. Il ne peut pas risquer de fâcher son plus grand et plus important partenaire commercial, surtout alors que les renégociations commerciales de l’ACEUM vont bientôt commencer.
À mesure que le capitalisme s’enfonce dans la crise, la violence, les guerres et les conquêtes impérialistes deviendront plus courantes, et aucun appel au droit international, aux Nations Unies ou à l’ordre international fondé sur des règles n’y mettra fin.
Les travailleurs du Canada et des États-Unis n’ont aucun intérêt à opprimer le Venezuela, à violer sa souveraineté nationale et à exploiter ses ressources naturelles. En fait, ces mêmes impérialistes qui attaquent l’Amérique latine réduisent les conditions de vie des travailleurs au Canada et aux États-Unis à peau de chagrin. Par conséquent, la seule force qui puisse vraiment lutter contre l’impérialisme est la classe ouvrière.
La seule façon de lutter contre cette nouvelle forme d’agression impérialiste américaine décomplexée est une lutte internationale et unie de la classe ouvrière en Amérique latine, aux États-Unis et au Canada contre l’impérialisme.
Mais l’impérialisme est simplement un produit du capitalisme à un certain stade de son développement. Trump a clairement indiqué qu’il s’agissait des intérêts du capitalisme américain. Nous devons donc lier cette lutte au combat pour abolir le système capitaliste dans son ensemble. C’est la seule façon de garantir un monde de paix et de prospérité.