Le Canada devrait-il devenir communiste?

Qu’est-ce que « devenir communiste » signifierait vraiment pour le Canada?
  • Marco La Grotta
  • lun. 31 août 2026
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Il n’y a pas si longtemps, la réaction à l’idée d’une révolution communiste au Canada aurait été l’indignation, l’incrédulité ou l’hilarité chez presque tout le monde. Le socialisme, disait-on, n’avait pas plus sa place au Canada que des bas dans des sandales.

Ce temps est révolu. Un sondage de juillet 2026 réalisé par Abacus Data révèle que 26% des jeunes de 18 à 29 ans ont une opinion favorable du communisme – soit quatre points de moins seulement que ceux qui pensent du bien du capitalisme (30%). À propos du « socialisme » et du « socialisme démocratique », les statistiques sont encore plus élevées, totalisant respectivement 39% et 43% d’appuis.

Même en prenant la population dans son ensemble, le nombre de personnes qui perçoivent favorablement le socialisme (29%) est presque aussi élevé que celui des appuis au capitalisme (33%) – tandis que le communisme recueille la préférence du nombre tout de même impressionnant de 12% des Canadiens de 18 ans et plus, ce qui représente quelque quatre millions de personnes. Dans le même sondage, 41% des sondés ont avancé que le système économique au Canada requiert des « changements majeurs » ou devrait être « complètement transformé ». Ces statistiques auraient été inimaginables il y a quelques décennies.

En somme, bien que le communisme et le socialisme soient encore loin de bénéficier d’un soutien universel, l’idée d’une refonte collective et radicale de la société obtient le soutien d’une importante minorité pour la première fois depuis des générations – en particulier au sein de la jeunesse.

Mais qu’est-ce que « devenir communiste » signifierait vraiment pour le Canada? Un tel système fonctionnerait-il vraiment? D’ailleurs, est-il même nécessaire d’en venir à un changement aussi drastique?

L’impasse du capitalisme

Marx avançait qu’aucun système économique ne peut être remplacé par un autre avant d’avoir épuisé son potentiel à améliorer les conditions de vie. En ce sens, il y a longtemps que le capitalisme a atteint sa date de péremption.

Le Canada est un pays pourvu de ressources abondantes, d’une industrie développée et d’une population hautement éduquée. Et pourtant, une famille canadienne sur quatre est considérée comme « en situation d’insécurité alimentaire » – ce qui signifie qu’elle craint de manquer de nourriture pendant la semaine ou qu’elle passe des journées entières sans se nourrir. Près de six millions de Canadiens sont sans médecin de famille, notamment en raison de la pénurie de main-d’œuvre qui touche cette catégorie de métier. Ces statistiques permettent d’expliquer pourquoi l’espérance de vie a dans l’ensemble stagné au Canada; dans les dernières années, elle a même chuté, le premier recul du genre depuis des décennies.

Le capitalisme n’échoue pas seulement à fournir le strict nécessaire : de plus en plus, il n’est même pas en mesure d’offrir du travail. Aujourd’hui, au Canada, près de 1,5 million de personnes à la recherche d’un poste sont sans emploi, soit plus de 6% de la population active. Chez les jeunes, cette statistique tourne plutôt autour de 15% et, dans des villes comme Toronto et Windsor, elle monte aussi haut que 20%. Les jeunes au Canada sont confrontés à des taux de chômage dignes d’une récession – alors même que l’économie est techniquement en croissance.

Les problèmes auxquels fait face le Canada ne sont pas seulement imputables à tel ou tel gouvernement. En dernière analyse, ils découlent de l’incapacité des capitalistes du pays à développer les forces productives – comme la machinerie, la technologie et la technique – au même niveau qu’elles atteignaient autrefois. Marx expliquait il y a longtemps qu’un système qui échoue à accroître son potentiel productif peinera aussi à remplir les besoins essentiels, et qu’il est de ce fait condamné.

Au Canada, la croissance de la productivité est en baisse constante depuis le milieu du XXe siècle. Dans les années 60, chose remarquable, le taux de croissance atteignait 3,6% par année. Mais il est ensuite tombé à 2,1% dans les années 70, à 1,4% dans les années 80, à 1,07% entre 2000 et 2019, puis à un maigre 0,47% entre 2020 et 2025.

Entre 2014 et 2025, le PIB par habitant n’a augmenté que de 0,5% par année, le pire taux de croissance sur une décennie depuis la Grande Dépression. Le taux d’investissement par travailleur s’est aussi écroulé pendant la même période – un autre record que seules les années 30 ont égalé.

Dans les dernières années, à quelques reprises, le Canada a enregistré des taux de croissance négatifs, tant en ce qui a trait au PIB par habitant qu’à la productivité – ce qui signifie que le travailleur moyen produit de moins en moins avec les outils dont il dispose. En somme, le capitalisme ne fait plus qu’entraver le développement des forces productives : en bien des aspects, il commence à les faire régresser.

Mais ce n’est pas tout le monde qui est contraint de souffrir du déclin prolongé du capitalisme canadien.

Entre 1999 et 2018, le nombre de milliardaires au Canada a plus que quadruplé, passant de 23 à 100. Leur richesse totale, elle, s’est multipliée par cinq. Ce taux de croissance est plus rapide que ce que l’on voit aux États-Unis. En 2019, un rapport du directeur parlementaire du budget révélait que les 100 familles canadiennes les plus riches possédaient davantage que les 40% les plus pauvres de la société canadienne, c’est-à-dire environ 6 millions de foyers. David Thomson, l’un des hommes les plus riches au Canada, pourrait donner 2000 dollars à tous les hommes, les femmes et les enfants du pays et conserver quand même 11 milliards de dollars dans son portefeuille.

Marx prédisait que l’accumulation de richesse à un pôle de la société mènerait à une accumulation de misère à l’autre pôle. Au Canada comme dans d’autres pays, la prédiction de Marx s’est remarquablement confirmée – bien qu’il serait lui-même outré par les sommets obscènes d’inégalités de richesse atteints au XXIe siècle.

Autrefois, cet écart de richesse se voyait justifier par le fait que le capitalisme était dans une phase de croissance : de nouvelles usines étaient bâties sans cesse, des produits de consommation de meilleure qualité et à plus faible coût étaient commercialisés, et la vie de la plupart des gens s’améliorait en général, ne serait-ce qu’à petits pas.

Mais ce n’est plus vrai aujourd’hui. Les capitalistes actuels sont à la tête d’une économie chancelante au sein de laquelle le niveau de vie acquis par le passé ne cesse de s’éroder. En même temps, ils s’engraissent grâce aux profits obtenus par des moyens improductifs et accumulent des fortunes face auxquelles même Picsou rougirait d’envie.

L’échec total du capitalisme au Canada permet d’expliquer la méfiance croissante envers le système et la raison pour laquelle tant de gens envisagent le socialisme et le communisme comme des alternatives viables. Les gens arrivent à la conclusion suivante : si le « libre-marché » a si pathétiquement échoué, une réorganisation de la société sur des bases collectives produira sans doute de meilleurs résultats.

Ils n’ont pas tort.

Le communisme est-il antidémocratique?

Ses partisans avancent que le capitalisme constituerait un rempart pour la démocratie, les libertés publiques et la libre-pensée, là où le communisme priverait la société de tous ces avantages. Mais en vérité, la démocratie capitaliste a toujours été une démocratie pour les patrons.

Sous le capitalisme, la démocratie signifie que, pour paraphraser Lénine, les gens se voient périodiquement offrir le choix de décider quel parti de l’establishment fera semblant de les représenter au parlement. Les décisions les plus importantes pour la société ne se prennent pas dans les urnes, mais bien dans les cabinets de bureaucrates ou encore dans les salles de réunion de conseils d’administration – bien loin des regards indiscrets de la population.

Au Canada, les limites imposées à la démocratie vont encore plus loin. Le Sénat et la bureaucratie d’État – notamment les juges, les généraux et les commissaires de police – ne sont pas élus par la population. Même les États-Unis disposent d’un sénat élu et du droit d’élire certains responsables des États, aussi restreint soit-il.

En outre, si les gens votent « du mauvais bord », les capitalistes ont le pouvoir de renverser ou de saboter la volonté de la majorité. En 2015, les Albertains ont élu un gouvernement néo-démocrate qui, afin de financer les services publics, avait promis d’augmenter modestement les redevances des compagnies pétrolières. Les barons du pétrole ont répondu par une furieuse campagne de peur, menaçant de fermer leurs installations et de retirer leurs investissements de la province. Ils ont forcé le gouvernement à faire marche arrière. L’histoire du Canada regorge d’exemples du même genre.

Dans le milieu du travail, la démocratie n’existe sous aucune forme. Chaque compagnie fonctionne plutôt comme une tyrannie privée, les travailleurs n’ayant à choisir qu’entre deux options : ou bien se soumettre, ou bien être renvoyés.

Par le passé, afin de rétablir l’équilibre des forces, les travailleurs se sont battus pour que leurs syndicats soient reconnus et que leur droit de grève soit protégé par la loi. Mais même ces conquêtes se sont vues restreindre ces derniers temps. Dans les dernières années, les gouvernements se sont habitués à faire totalement fi de ces droits, en forçant le retour au travail des grévistes à coups d’obscures ordonnances. Dans chaque conflit de travail sérieux où leurs salaires et leurs conditions sont en jeu, les travailleurs peuvent constater que leurs « droits » n’ont pas la moindre valeur.

En 2024, au mépris de leur droit de grève, les travailleurs des postes ont été visés par une ordonnance de retour au travail. Image : STTP/CUPW.

Dans les faits, la démocratie capitaliste n’a rien d’une démocratie – tout au moins pour la classe ouvrière. Dans la plupart des cas, la politique n’est pas exercée par les masses, mais imposée sur elles par des hommes et des femmes en complet-cravate.

Si le programme communiste était appliqué, la démocratie authentique – c’est-à-dire la démocratie pour les millions de travailleurs, et non pour les millionnaires – s’épanouirait comme jamais auparavant dans l’histoire du Canada.

Dans l’esprit de certaines personnes, le « communisme » évoque peut-être des images de gouvernements totalitaires, de camps de prisonniers et de pelotons d’exécution. Mais en vérité, les idées authentiques de Marx et de Lénine ont aussi peu à voir avec les régimes de Staline et de Mao que Jésus-Christ avec l’Inquisition espagnole.

Le communisme signifie que c’est la classe ouvrière, et non une bureaucratie totalitaire, qui exerce le pouvoir. L’idée d’une minorité qui gouverne contre l’avis de la majorité a plus en commun avec le capitalisme qu’avec les œuvres de Marx. D’ailleurs, une société socialiste ne pourrait venir au monde qu’à travers une révolution portée par la grande majorité de la société.

Ce sont les travailleurs eux-mêmes, démocratiquement rassemblés au sein de leurs propres organisations, qui constituent la force vive de toute révolution communiste. Dans la révolution russe de 1917, ces organisations ont pris la forme des « soviets » – « conseils » ou « comités » en russe –, à travers lesquels les travailleurs organisaient leurs milieux de travail, élisaient leurs propres représentants parmi leurs rangs et envoyaient des délégués aux « soviets » supérieurs, aux échelons régional ou national. La révolution a abouti à la prise du pouvoir par les soviets, c’est-à-dire par les travailleurs organisés. Le Parti bolchevik de Lénine, plus tard renommé Parti communiste de l’Union soviétique, a alors été élu à la tête des soviets par une importante majorité.

Au Canada, les communistes défendent une stratégie similaire. Le triomphe de la révolution canadienne impliquerait l’arrivée au pouvoir des « soviets canadiens » (qui seraient sans aucun doute désignés autrement). Les communistes ne représenteraient qu’un courant parmi d’autres en leur sein.

Si les communistes y étaient élus à la majorité, il va de soi que les autres partis auraient le droit d’y participer librement – sous cette seule réserve qu’ils respectent la volonté démocratique de la majorité et rejettent la violence contre le gouvernement des travailleurs. Les communistes dirigent en gagnant l’appui des travailleurs grâce à leurs idées, non pas en créant un État à parti unique.

Sous un gouvernement communiste, toutes les positions d’importance au sein de l’État seraient occupées par des responsables élus et révocables. Le contrôle ouvrier serait appliqué dans toutes les grandes usines, tous les sites de production énergétique et tous les points de vente du pays. Cela permettrait aux travailleurs de mettre eux-mêmes en place des conditions de travail adéquates. Saisir les entreprises des capitalistes empêcherait ceux-ci de saboter l’économie et permettrait à un gouvernement ouvrier de remplir son mandat sans craindre d’être perturbé ou de devoir reculer.

La participation des travailleurs à la gestion de la société remplirait aussi une fonction économique importante. Trotsky disait que l’économie planifiée a besoin de démocratie ouvrière comme le corps humain a besoin d’oxygène. La démocratie ouvrière n’existait pas dans l’URSS de Staline, et son absence est devenue l’une des raisons de l’écroulement de cette dernière.

La généralisation du contrôle ouvrier servirait de « mécanisme de rétroaction » pour les planificateurs centraux. Des améliorations à la production et à la qualité des produits ainsi que d’autres mesures nécessaires à l’augmentation de la productivité seraient ainsi suggérées. Les travailleurs ne seraient pas sanctionnés pour avoir soulevé les défauts et le manque d’efficacité de leurs opérations sur le plancher, comme c’est trop souvent le cas sous le capitalisme. Au contraire, ils auraient le pouvoir de mettre en pratique des solutions aux problèmes soulevés.

En somme, un gouvernement communiste équivaudrait au fait de donner aux travailleurs, pour la première fois dans l’histoire canadienne, les clés de la machine d’État et des industries. Une fois que le potentiel créatif des masses aura été libéré, les possibilités seront infinies en ce qui a trait au fonctionnement et à l’amélioration de la société.

Capitalisme de monopole

En dernière analyse, le pouvoir politique découle du pouvoir économique. Comme le veut l’adage, on ne contrôle pas ce qu’on ne possède pas. Ainsi, un gouvernement des travailleurs dirigé par des communistes démantèlerait l’économie capitaliste et la remplacerait par un système au sein duquel les plus grandes entreprises seraient publiques, contrôlées démocratiquement et gérées selon un plan rationnel – c’est-à-dire une économie planifiée.

En surface, l’idée d’une planification à grande échelle au Canada peut sembler farfelue – et par conséquent irréalisable. Pourtant, que sont les grandes entreprises comme RBC, Loblaw et Bombardier, sinon des économies planifiées?

En fait, aucune grande entreprise n’est gérée à l’interne selon des principes de « libre-marché ». C’est plutôt grâce à un haut degré d’organisation, des prévisions précises et des méthodes de travail rigoureusement définies que fonctionnent ces compagnies. La planification, c’est adapter ces méthodes en vue de les appliquer sous contrôle démocratique à toute l’économie.

De plus, aujourd’hui, ce sont ces compagnies gigantesques – qui, pour certaines, ressemblent à des monopoles – qui dominent le paysage économique canadien.

En 2024, des données gouvernementales montraient que les « grandes » entreprises (celles où sont employés plus de 500 travailleurs) emploient environ 36% de l’effectif total du secteur privé – bien qu’elles ne constituent que 0,3% des entreprises au Canada. Les 10 plus grandes entreprises représentent 10% des emplois du secteur privé, soit un million de personnes. À elles seules, les cinq plus grandes chaînes d’épiceries emploient quelque 600 000 personnes.

Le tableau est encore plus saisissant lorsque l’on examine d’autres indicateurs. Les grandes compagnies représentent environ 50% du PIB canadien et produisent plus de 60% des marchandises exportées. Voilà qui devrait mettre en pièces le mythe selon lequel les petites et moyennes entreprises formeraient la « colonne vertébrale » de l’économie canadienne. En fait, ce sont les grandes entreprises – et en particulier les plus grands monopoles – qui dominent le marché canadien. Ce serait une tâche assez facile que de bâtir une économie planifiée sur ces fondations.

Mais même ces statistiques ne brossent pas un tableau complet de la situation. Dans son ouvrage L’impérialisme, stade suprême du capitalisme, Lénine soulignait que le capitalisme ouvre la voie au socialisme en concentrant les leviers de l’économie entre les mains d’un nombre sans cesse plus restreint de propriétaires. Ce faisant, il « simplifie » l’économie et rend possible la planification à l’échelle nationale et même à l’international. Au Canada, ce processus est allé plus loin que dans la plupart des pays. 

Par exemple, les quatre plus grandes banques du Canada contrôlent à elles seules environ 75% de l’ensemble des dépôts détenus au pays. Aux États-Unis, ce chiffre n’avoisine que les 50%.

D’autres secteurs économiques s’inscrivent dans un modèle similaire : pour le transport aérien intérieur, deux entreprises (Air Canada et WestJet) contrôlent 80% du marché; pour l’alimentation et les produits de première nécessité, cinq entreprises en contrôlent 80%; pour les télécommunications, trois entreprises (Bell, Rogers et Telus) en contrôlent 90%; pour le transport ferroviaire de marchandises, deux entreprises (le CN et CPKC) contrôlent 100% du marché; pour l’ammoniac (un engrais), quatre entreprises contrôlent 95% du marché; pour l’urée (un autre engrais), quatre entreprises contrôlent 100% du marché; pour la transformation de la viande de porc, quatre entreprises (Maple Leaf étant la plus grande) contrôlent 70% du marché; pour la transformation de la viande de bœuf, deux compagnies (JBS et Cargill) contrôlent 99% du marché. À quelques exceptions près, les autres secteurs de l’économie sont organisés de façon semblable.

En outre, le rythme de la concentration industrielle, loin de ralentir, s’est plutôt accéléré dans les dernières décennies. Depuis 1998, la concentration a augmenté de 40% dans la moitié des industries canadiennes; dans un tiers d’entre elles, elle a progressé de 50% et plus. L’idée voulant que le Canada ne soit que « trois entreprises dans un trench-coat » est peut-être exagérée – mais elle se rapproche chaque jour davantage de la vérité.

Plus encore : les grandes compagnies canadiennes ne font pas que planifier leurs propres opérations – régulièrement, elles « planifient » entre elles, une pratique mieux connue sous le nom de collusion.

L’idée voulant que le Canada ne soit que « trois entreprises dans un trench-coat » est peut-être exagérée – mais elle se rapproche chaque jour davantage de la vérité. Image : Révolution communiste.

Entre 2001 et 2015, les grandes chaînes d’épiceries du Canada ont conspiré pour augmenter le prix du pain – une manœuvre qui leur a permis d’amasser 5 milliards de dollars sur le dos des consommateurs avant que le pot aux roses ne soit découvert. Dans un rapport paru en 2025, le Bureau de la concurrence a soulevé des préoccupations à propos d’un plan élaboré par Air Canada et WestJet afin de se partager le marché. Il était notamment question pour chaque compagnie de suspendre ses vols dans le « territoire » de l’autre afin d’éviter toute concurrence et faire monter les prix. Dans ce cas précis, aucune mesure concrète n’a jamais été prise pour sanctionner les entreprises en question.

L’idée de planifier l’économie canadienne, par conséquent, n’a rien d’un doux rêve marxiste. En vérité, la « planification » touche déjà pratiquement toute l’économie canadienne, tant au sein des entreprises que dans leurs rapports les unes avec les autres.

Toutefois, les plans des capitalistes ne visent pas à satisfaire les besoins de la population, mais bien à escroquer les consommateurs, à ruiner la concurrence et à maximiser les avoirs des actionnaires – peu importe que les moyens pour y parvenir soient tout à fait odieux. Dans les faits, il s’agit d’une économie semi-planifiée au service des riches.

Dans les années 30, Trotsky expliquait qu’à l’échelle mondiale, les conditions n’étaient pas seulement « mûres » pour le socialisme, mais qu’elles avaient même commencé à « pourrir ». Il avertissait alors que « la civilisation humaine tout entière [était] menacée d’être emportée dans une catastrophe » si les forces productives restaient trop longtemps entre les mains des capitalistes.

Les mots de Trotsky s’appliquent à la perfection au Canada d’aujourd’hui. En plus de 100 ans, l’économie canadienne s’est tellement concentrée qu’elle pourrait être planifiée assez aisément. Toutefois, entre les mains des capitalistes, les forces productives du Canada se sont transformées en instruments de spoliation systématique et ont été laissées à l’abandon.

Seul le communisme peut secourir et donner un second souffle à ce que le capitalisme a bâti pendant des décennies – et qu’il menace aujourd’hui de détruire.

Une économie planifiée

Sous un gouvernement des travailleurs, les fondations d’une économie planifiée seraient établies par l’expropriation des quelque 100 plus grandes entreprises au pays – notamment les six plus grandes banques, les cinq plus grandes chaînes d’épiceries et les géants du pétrole et du gaz. Les répercussions sur la vie des gens seraient quasi immédiates.

Sous le capitalisme, les entreprises n’investissent que si elles prévoient réaliser des profits. D’ailleurs, lorsqu’elles le font, c’est sans se soucier le moins du monde de savoir si cet investissement profitera ou non à la société dans son ensemble. L’économie planifiée ne se bute pas à de telles limites.

Dans les dernières décennies, le taux d’utilisation de la capacité industrielle au Canada a dégringolé de 85% à 78% aujourd’hui. Autrement dit, 22% des usines, des raffineries et des autres installations industrielles au Canada sont actuellement à l’arrêt. Pourquoi? Parce que leurs propriétaires ne voient que peu ou pas de profits à réaliser s’ils font fonctionner leurs entreprises à plein régime dans l’environnement économique actuel.

Débarrassée de l’impératif du profit, une économie planifiée pourrait immédiatement accélérer la production pour la faire passer aussi près que possible de 100% (en tenant compte des temps d’arrêt nécessaires aux réparations). Les produits qui ne se font pas immédiatement acheter sur les marchés étrangers pourraient être redirigés à faible coût et même gratuitement sur le marché canadien afin de répondre aux besoins urgents. Ce pourrait être le cas, par exemple, de l’acier dont les infrastructures canadiennes ont tant besoin. Les usines qui produisent des marchandises inutiles ou invendables pourraient être réorientées afin de répondre aux besoins de la population. Par exemple, les usines de matériel militaire pourraient être reconfigurées pour fabriquer des voitures et d’autres produits de consommation – l’inverse de ce qu’a fait le Canada pendant la Seconde Guerre mondiale.

En ce qui concerne la finance, une économie planifiée « simplifierait » encore davantage les opérations, en fusionnant les grandes banques et les autres grandes institutions financières en une seule banque d’État. Cela aurait également des retombées positives immédiates.

L’autorité de réglementation bancaire au Canada vient de reprocher aux grandes banques d’être assises sur une montagne de 60 milliards de dollars de liquidités excédentaires – une somme qui, selon elle, pourrait être prêtée aux petites entreprises. La nouvelle banque d’État pourrait immédiatement investir cet argent là où il est nécessaire, que ce soit dans les petites entreprises ou encore dans des projets importants pour l’économie dans son ensemble.

De plus, avec l’argent épargné grâce à de plus grandes économies d’échelle et à l’élimination des profits (estimés à plus de 70 milliards de dollars pour les six plus grandes banques en 2025), une banque d’État pourrait considérablement réduire les taux d’intérêt des prêts accordés aux petites entreprises et éliminer la plupart des intérêts sur les prêts hypothécaires des familles ouvrières.

Néanmoins, une banque d’État jouerait un rôle encore plus important : celui d’une boussole pour la planification de l’économie.

Lénine faisait remarquer que, loin de devenir inutile sous le socialisme, la finance prendrait au contraire une importance encore plus grande que celle qu’elle a présentement sous le capitalisme. Cela étant dit, elle ne servirait plus à spéculer et à faire de l’argent facile : elle deviendrait plutôt un outil de premier plan pour estimer les ressources du pays et les affecter là où elles sont nécessaires.

Au Canada, les six plus grandes banques sont responsables de plus de 90% de tous les prêts accordés par les institutions financières canadiennes. Elles sont également responsables d’environ 60% des prêts accordés aux entreprises par des prêteurs canadiens et étrangers. Cette dernière statistique est encore plus élevée si l’on examine seulement les prêts accordés aux plus grandes entreprises au Canada.

Au Canada, les six plus grandes banques sont responsables de plus de 90% de tous les prêts accordés par les institutions financières canadiennes. Image: G. Edward Johnson/Wikimedia Commons.

Les grandes banques jouissent ainsi d’une vue d’ensemble sur toute l’économie canadienne. Et ce n’est pas tout : cette position leur permet de dresser un compte rendu étoffé des opérations, des performances et des plans d’avenir de pratiquement chaque entreprise d’importance dans le pays.

La nouvelle banque d’État s’appuierait sur ces informations afin d’aider les planificateurs économiques à distribuer les ressources du pays et à maximiser l’efficacité de tous les secteurs. Bay Street, le centre financier du Canada, deviendrait le quartier général des planificateurs économiques du pays. Les registres des banques deviendraient les guides d’application de l’économie planifiée.

L’économie planifiée permettrait aussi de soulager la population sur une autre question fondamentale : les prix à l’épicerie.

Sous un gouvernement des travailleurs, les cinq plus grandes chaînes d’épiceries verraient leurs infrastructures leur être confisquées. Celles-ci seraient rapidement intégrées au sein d’une seule chaîne d’épiceries ne visant qu’à remplir un seul et unique but : nourrir la population au plus faible coût.

Mais les choses ne s’arrêteraient pas là. Les monopoles de la transformation alimentaire seraient également expropriés – un secteur où les marges bénéficiaires sont plus élevées et les conditions de travail plus insupportables que chez les épiciers –, tout comme les géants de l’agroalimentaire.

La nouvelle chaîne d’épiceries d’État pourrait immédiatement faire ruisseler sur les consommateurs les économies réalisées grâce à ses plus grandes économies d’échelle et l’élimination des profits – imaginons un modèle semblable à celui de la marque « Sans nom », mais à bien plus large échelle. Au lieu de fixer le prix du pain, on pourrait réduire immédiatement son prix à la caisse. En outre, la chaîne d’épiceries d’État augmenterait immédiatement les salaires des travailleurs de son réseau, de sorte que ceux-ci puissent se permettre de faire l’épicerie sans craindre de se ruiner.

Ce ne sont là que quelques-unes des mesures qu’une économie planifiée pourrait presque instantanément mettre en place – et il y en a bien d’autres, sans aucun doute.

La question du logement

L’économie planifiée prendrait également des mesures radicales pour résoudre la crise du logement qui sévit au Canada depuis des décennies – un problème que le marché s’est montré particulièrement incapable de régler.

Entre 2018 et 2023, le Canada a consacré en moyenne 8,3% de son PIB à l’investissement résidentiel – soit le taux le plus élevé parmi tous les pays du monde, et même supérieur à celui des États-Unis au moment de la crise des subprimes. Le secteur immobilier canadien dans son ensemble représente environ 13% du PIB, ce qui en fait le plus important secteur du pays. Toutefois, si l’on tient compte également du financement hypothécaire et d’autres secteurs connexes, selon certaines estimations, ce chiffre pourrait atteindre jusqu’à 28% du PIB.

En d’autres termes, chaque année, près d’un quart de la production totale du Canada est absorbé par le secteur immobilier – un niveau de consommation qui a peu d’équivalent ailleurs dans le monde, voire aucun.

On pourrait en conclure que le Canada excelle dans la construction de maisons. En réalité, c’est tout le contraire.

Au cours de sa récente campagne électorale, Mark Carney s’est engagé à doubler le rythme de construction résidentielle pour atteindre 500 000 nouveaux logements par année. Cependant, plus d’un an plus tard – et malgré une multitude de nouveaux crédits d’impôt et d’autres cadeaux destinés à encourager les promoteurs immobiliers à construire –, on prévoit en fait que le rythme de construction résidentielle au Canada diminuera au cours des prochaines années.

Comment est-ce possible? Le recul de la construction résidentielle n’a rien à voir avec une trop faible demande de la part de la population. Il suffit pour s’en convaincre de discuter avec n’importe quel travailleur à la recherche d’un appartement ou d’une maison abordable dans les grands centres. Le vrai coupable, c’est le secteur privé de la construction résidentielle au Canada, qui est extrêmement inefficace.

Construire une maison au Canada implique de se frayer un chemin à travers un labyrinthe complexe où des promoteurs, des entrepreneurs, des sous-traitants et bien d’autres acteurs prennent chacun leur cote – chacun d’entre eux ayant pour objectif de faire payer le prix le plus élevé possible à celui qui les a engagés.

De plus, en raison de leur petite taille, la plupart des entreprises du secteur de la construction sont très peu efficaces par rapport à celles d’autres secteurs. Entre 2001 et 2023, la productivité du travail dans l’ensemble du secteur commercial a augmenté de 12,5%. Dans le secteur de la construction résidentielle, elle a chuté de 37,3%. La plupart des entreprises utilisent encore les mêmes méthodes de construction de maisons que celles qui étaient en usage au Canada il y a plusieurs décennies. Elles n’ont ni les motivations ni la capacité d’adopter des pratiques plus modernes et plus efficaces.

La construction d’une maison est encore plus coûteuse en raison de divers intervenants improductifs qui prélèvent leur part des profits à un moment ou à un autre du processus – parfois appelés « process parasites » (« parasites du processus »). Pas moins d’un cinquième de l’investissement résidentiel total au Canada est constitué de frais de transfert de propriété, qui comprennent notamment les frais juridiques et les frais de courtage – représentant des milliards de dollars par année. L’achat du terrain nécessaire à la construction peut représenter jusqu’à 25% du coût de construction d’une maison individuelle.

Dès le premier jour, l’économie planifiée remettrait en ordre le marché immobilier – en commençant par le parc immobilier existant.

Entre 20 et 30% des logements locatifs existant au Canada – soit 340 000 logements – appartiennent à de grands investisseurs institutionnels, dont plusieurs sont connus pour faire grimper les loyers et lésiner sur les réparations nécessaires. Ces logements seraient immédiatement expropriés et l’argent qui partait autrefois dans les profits servirait à réduire les loyers des personnes qui y vivent.

Mais ce ne serait qu’un début. Il faudrait également construire un nombre record de nouvelles habitations pour répondre aux besoins de la société.

Pour y parvenir, un gouvernement des travailleurs exproprierait également tous les grands promoteurs et toutes les grandes entreprises de construction, y compris des sociétés comme EllisDon et The Daniels Corporation. Elle les regrouperait au sein d’une seule et même agence générale de construction résidentielle. Cette nouvelle agence aurait la tâche de construire des logements selon les techniques les plus avancées, comme la construction modulaire, qui est déjà utilisée avec beaucoup de succès dans des pays comme le Japon. L’intégration de la production industrielle et de l’immobilier serait à l’ordre du jour, car ce serait désormais chose possible sous une économie planifiée.

Cette nouvelle agence aurait la tâche de construire des logements selon les techniques les plus avancées, comme la construction modulaire, qui est déjà utilisée avec beaucoup de succès dans des pays comme le Japon. Image : Toyota.

Le nouveau gouvernement permettrait aux petites entreprises et aux entrepreneurs de poursuivre leurs activités comme auparavant, à condition qu’ils versent des salaires décents et respectent un contrôle élémentaire de la qualité. Toutefois, la nouvelle agence d’État chargée de la construction résidentielle offrirait des salaires supérieurs à la moyenne afin d’attirer les travailleurs qualifiés dans ses rangs. Les terrains privés détenus par de grands investisseurs seraient confisqués afin de réduire les coûts de construction.

L’efficacité d’un tel modèle est loin d’être théorique. À Singapour, 80% de la population vit dans des logements construits par l’État et 90% des terrains appartiennent à l’État. Le secteur privé n’y joue qu’un rôle limité.

Quel est le résultat? À Singapour, le rapport prix-revenu d’un logement construit par l’État est de 4,5 – ce qui signifie qu’il faut quatre ans et six mois de revenu pour acheter un logement de ce type. Au Canada, l’indicateur comparable dépasse sept, tandis qu’à Vancouver, il s’élève à 12. Le logement moyen à Vancouver est donc environ trois fois plus cher qu’un logement construit par l’État à Singapour. De plus, les taux d’accession à la propriété sont plus élevés à Singapour qu’au Canada.

Ce sont là des résultats obtenus par un pays capitaliste. On ne peut qu’imaginer ce qu’une économie planifiée serait capable de réaliser.

Bien sûr, de nombreuses personnes au Canada considèrent leur maison comme leur plan de retraite. Cette situation les inquiète quant à l’impact que de nouvelles constructions pourraient avoir sur la valeur de leur propriété. Pour remédier à cela, un gouvernement communiste augmenterait immédiatement les rentes de tous les retraités, les ramenant aux niveaux élevés qui existaient autrefois. Ainsi, les gens n’auraient plus à compter sur un marché immobilier imprévisible pour leur retraite.

En peu de temps, une économie planifiée serait en mesure de construire plus de 500 000 logements par année – des logements de haute qualité à un prix abordable. Très vite, les discussions sur la crise du logement ne seraient plus qu’un sombre souvenir du passé.

Le pétrole, le gaz et la crise climatique

Il n’y a pas de problème que le capitalisme soit moins à même de résoudre que celui des changements climatiques.

La course effrénée au profit menée par les magnats canadiens du pétrole et du gaz ne laisse aucune place aux considérations environnementales. Le Canada a échoué à rencontrer ses propres objectifs en matière d’émissions de CO₂ un nombre incalculable de fois, tout comme de nombreux autres pays.

Les conséquences ont été catastrophiques. Les pertes assurées causées par des phénomènes météorologiques extrêmes au Canada ont atteint 2,4 milliards de dollars en 2025. Bon nombre d’entre eux, comme les feux de forêt, sont attribués à la hausse des températures atmosphériques provoquée par l’activité humaine. Ces dernières années, des municipalités comme Jasper en Alberta et Lytton en Colombie-Britannique ont été entièrement détruites par les flammes. Chaque été, des centaines de milliers de Canadiens attendent de savoir s’ils devront évacuer leur domicile, que ce soit à cause d’incendies, d’inondations ou d’une autre de ces catastrophes naturelles qui ne semblaient jamais se produire auparavant.

La ville de Lytton, en Colombie-Britannique, a été détruite par les flammes en 2021. Image: Edith Loring-Kuhanga/Twitter.

La nécessité de passer à des sources d’énergie plus renouvelables n’a jamais été aussi évidente – du moins, si nous voulons vivre sur une planète qui ne menace pas constamment de nous anéantir. 

Cependant, plutôt que de s’engager dans cette voie, les élites canadiennes ont alimenté la dépendance apparemment sans fin du pays à l’extraction du pétrole et du gaz – excellente pour les profits, mais désastreuse à presque tous les autres égards. 

Les coûts ne sont pas seulement environnementaux. De plus en plus, on demande aux contribuables de porter le fardeau des nouvelles infrastructures pétrolières et gazières du pays. L’oléoduc récemment annoncé qui devra relier l’Alberta à la côte de la Colombie-Britannique sera construit presque entièrement par une entreprise possédée par le gouvernement, au coût d’au moins 35 milliards de dollars pour les contribuables. De plus, personne ne peut affirmer avec certitude que le prix du pétrole restera élevé pendant des décennies. C’est même peu probable alors que les pays d’Asie s’orientent rapidement vers les énergies renouvelables. Cette situation fait de ces projets un pari très risqué.

Les seuls à tirer profit de ces mesures en apparence illogiques sont une poignée de sociétés pétrolières et gazières ainsi que les six grandes banques qui les financent. « La planète part en fumée et ce sont les contribuables qui doivent en payer le prix? Tant pis pour eux. » Dans toute sa pathétique splendeur, voilà le froid calcul du capitalisme.

Dans un État ouvrier, les besoins de la population et de l’environnement où elle vit seraient prioritaires.

Tout d’abord, les grandes installations pétrolières et gazières seraient expropriées, y compris celles appartenant à CNRL, Cenovus, Suncor et Imperial Oil. Le Canada rejoindrait ainsi les rangs de nombreux autres pays (la Norvège, la Chine, l’Arabie saoudite) où le pétrole et le gaz sont pratiquement considérés comme un monopole d’État.

Les responsables de la planification d’État au Canada ne mettraient pas immédiatement fin aux activités pétrolières et gazières, comme on le suggère dans certains milieux à gauche. Ils réaffecteraient plutôt les profits de ce secteur – plusieurs dizaines de milliards de dollars par année – à des projets d’énergie renouvelable mis en œuvre partout au pays. Avec le temps, à mesure que le réseau énergétique canadien réduirait sa dépendance aux combustibles fossiles et que le prix du pétrole baisserait sur les marchés étrangers, les responsables de la planification d’État mettraient progressivement les installations hors service ou les réaménageraient à d’autres fins. 

Les grandes sociétés pétrolières accuseront sans doute les communistes de vouloir priver de leurs emplois les travailleurs du secteur du pétrole et du gaz. En réalité, personne n’a détruit plus d’emplois dans ce secteur que les PDG des sociétés pétrolières et gazières eux-mêmes. Depuis le milieu des années 2010, environ 35 000 emplois ont été supprimés dans l’industrie. C’est même davantage que dans le secteur automobile de l’Ontario. Au cours de la dernière décennie, les entreprises ont réduit d’environ 40% le travail nécessaire à la production d’un baril de pétrole. La plus grande menace qui pèse sur les travailleurs des secteurs du pétrole et du gaz n’est pas l’énergie renouvelable, mais bien le statu quo imposé par le capitalisme.

En réalité, une économie planifiée offrirait de nombreux avantages aux travailleurs de ce secteur. Sous le capitalisme, aucun travailleur n’a la garantie de retrouver un nouvel emploi après avoir été licencié – sans même imaginer un emploi offrant des conditions et un salaire équivalents. Le sort de ces travailleurs licenciés est laissé à la merci du marché. En revanche, une économie planifiée permettrait non seulement de réaffecter avec une relative aisance n’importe quel travailleur excédentaire à un autre poste, mais aussi de lui offrir au besoin une formation rémunérée afin de le préparer à son nouveau rôle. Les travailleurs n’auraient plus jamais à craindre de perdre leur emploi sans en avoir déjà un autre en vue.

Mais un gouvernement des travailleurs irait encore plus loin. Les décisions relatives à l’embauche, au licenciement et aux mutations ne seraient pas laissées à la seule discrétion des planificateurs centraux. Chaque établissement serait également placé sous le contrôle des travailleurs. Sous un tel système, les travailleurs éliraient des représentants habilités à prendre des décisions concernant leur lieu de travail. Il en irait de même pour le reste de l’économie. Ainsi, aucun travailleur ne pourrait être affecté à un nouveau poste sans l’aval des travailleurs eux-mêmes – un droit qui ne serait jamais accordé sous le capitalisme.

Prises dans leur ensemble, ces mesures permettraient de « verdir » rapidement le bouquet énergétique du Canada, tout en bénéficiant du soutien des travailleurs concernés et en maintenant la production. Le Canada pourrait enfin tirer pleinement parti de ses remarquables atouts géographiques (un territoire immense, des millions de cours d’eau, etc.) afin de déployer des énergies renouvelables à une échelle colossale.

Chômage et travail

Le capitalisme ne gaspille pas que les ressources; il gaspille aussi les gens.

Aujourd’hui, au Canada, des centaines de milliers de personnes sont au chômage, des millions d’autres sont sous-employées, et la plupart de celles qui occupent un emploi à temps plein reçoivent une rémunération dérisoire par rapport à l’effort qu’elles fournissent. La situation est d’autant plus absurde au regard des pénuries de main-d’œuvre qui touchent une profession après l’autre, en particulier dans le domaine médical et dans les métiers spécialisés. Bref, il ne manque ni de travail ni de gens prêts à travailler.

Ce taux de chômage élevé est d’autant plus surprenant que le pays se classe régulièrement comme le plus éduqué dans le monde – du moins si l’on se base sur le nombre de personnes ayant obtenu un diplôme d’études postsecondaires.

Cela étant dit, le Canada se classe également parmi les derniers pays de l’OCDE en matière de financement public destiné à des domaines tels que la formation professionnelle et l’aide à l’emploi. Les dépenses canadiennes en la matière atteignent moins de 50% de la moyenne de l’OCDE. Les entreprises canadiennes dépensent encore moins que leurs homologues à l’international en matière de formation professionnelle – seulement 240 dollars par travailleur en moyenne, contre 750 dollars dans l’ensemble de l’OCDE. Les universités canadiennes fournissent de l’or aux capitalistes, et ceux-ci le transforment en plomb.

La situation difficile à laquelle se voit confronter toute personne à la recherche d’un emploi au Canada semble défier toute logique. Elle est pourtant tout à fait logique du point de vue du capitalisme.

Tout propriétaire d’entreprise cherche avant tout à accroître la part de marché de sa propre entreprise, et ce, au moindre coût possible. De plus, ce qui se passe à l’extérieur de son entreprise ne constitue pour lui qu’une préoccupation secondaire – et relève donc de la responsabilité de quelqu’un d’autre. En conséquence, la formation de chaque nouvelle génération de travailleurs se fait mollement et de manière décousue, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du milieu de travail.

En outre, un certain niveau de chômage général est souvent bénéfique pour la plupart des capitalistes, puisque cela exerce une pression à la baisse sur les salaires. Il n’existe aucun incitatif à mettre complètement fin au chômage, et le plein emploi n’est jamais atteint que pour des raisons fortuites – c’est-à-dire en temps de guerre.

Dans un État ouvrier, les périodes prolongées de chômage seraient une chose du passé. Le capitalisme a avantage à conserver ce que Marx appelait une « armée de réserve » de travailleurs, c’est-à-dire les chômeurs. L’économie planifiée, au contraire, n’a aucun intérêt à maintenir le chômage. L’Union soviétique avait beau être affligée de nombreux problèmes, elle ne connaissait pas de chômage de masse.

La planification économique permettrait à de nombreux chômeurs de se voir immédiatement offrir un emploi. Les tâches pourraient être partagées là où c’est nécessaire, et les heures de travail seraient considérablement réduites sans que le salaire n’en souffre. Le financement de l’éducation supérieure et de la formation professionnelle serait de beaucoup augmenté, en particulier en ce qui concerne les métiers pour lesquels le pays fait face à une pénurie de main-d’œuvre.


D’ailleurs, on mettrait fin à l’interdiction faite aux travailleurs formés à l’étranger d’exercer leur métier au Canada. Les professionnels de la santé ne devraient pas être au volant d’un taxi tandis que six millions de Canadiens sont sans médecin de famille. Une fois au pouvoir, les communistes augmenteraient drastiquement le financement afin de former les travailleurs étrangers et les mettre au niveau des normes canadiennes.

En plus du chômage, des centaines de milliers de Canadiens travaillent dans des emplois qui semblent dénués de sens et qui sont d’une utilité minimale pour la société.

Prenons les agents immobiliers. Le pays en compte 160 000, soit un agent immobilier pour chaque tranche de 260 Canadiens – un résultat de la dépendance excessive du Canada au marché immobilier. Le Canada compte plus d’agents immobiliers que de médecins.

Pourtant, en tout respect pour ces gens travaillants, l’utilité des agents immobiliers est douteuse même sous le capitalisme. Il y a environ cinq fois moins d’agents immobiliers en Grande-Bretagne qu’au Canada, alors que le nombre de transactions est le même dans les deux pays. Dans une économie planifiée, ces personnes pourraient effectuer des tâches plus utiles et pleines de sens, grâce auxquelles leurs talents pourraient être mis en valeur – ou bien ils pourraient apprendre sans frais une nouvelle profession. Il en irait de même pour les nombreux professionnels du milieu juridique ainsi que pour les gens qui travaillent dans le domaine de la publicité, pour ne citer que quelques exemples.

Combinées à la réorientation des profits capitalistes vers des fins plus utiles, la hausse massive du taux d’emploi et l’augmentation de l’efficacité sous le capitalisme permettraient très vite une importante augmentation des salaires réels des travailleurs ainsi qu’une réduction de la durée de la semaine de travail. Le salaire médian canadien – actuellement de 46 000 dollars – pourrait rapidement devenir le nouveau salaire minimum, et la semaine de travail de quatre jours pourrait être mise en place en peu de temps. À mesure que s’accroîtrait la prospérité de la société, la qualité de vie des travailleurs pourrait grandement s’améliorer sur bien d’autres aspects.

En somme, dans une économie planifiée, les travailleurs gagneraient bien plus qu’un travail gratifiant et bien payé. À terme, ils seraient progressivement libérés du travail lui-même, ce qui leur permettrait de se consacrer à ce qui donne sa saveur au fait d’être humain. Tel est le but ultime du communisme.

Le communisme étouffera-t-il l’innovation?

La critique la plus courante formulée à l’encontre de l’économie planifiée consiste à dire qu’elle étoufferait l’innovation et anéantirait l’investissement productif, tout en entraînant une pauvreté généralisée. En réalité, en ce qui a trait à ces deux questions, le capitalisme est lui-même devenu le plus grand obstacle.

Dans un article paru dernièrement, l’économiste D.T. Cochrane s’est penché sur l’utilisation des profits engendrés par les entreprises canadiennes au fil des ans. Entre 1985 et 2014, il a constaté que 38% des profits étaient empochés par les actionnaires, tandis que 36% étaient réinvestis – le reste étant consacré à des dépenses auxiliaires comme les impôts ou les intérêts. Ainsi, même dans le passé récent du Canada, la part des bénéfices des entreprises accaparés par leurs propriétaires dépassait celle qui était réinvestie dans la production.

Mais la situation s’est empirée. Entre 2015 et 2019, l’écart s’est radicalement creusé : 50% des profits étaient désormais accordés aux actionnaires, contre 20% consacrés aux investissements. Entre 2020 et 2022, la part consacrée à l’investissement a encore diminué, pour n’atteindre que 10% – alors que 50% étaient versés aux actionnaires.

Autrement dit, ces dernières années, ce n’est qu’une petite partie des profits réalisés par les capitalistes qui a été consacrée à des investissements productifs. La majorité est désormais versée sous forme de dividendes, et elle se transforme ainsi souvent en yachts, en manoirs et en d’autres produits de luxe qui n’ont aucune utilité pour la société.

Le potentiel économique gâché est énorme. Cochrane estime que les entreprises canadiennes engrangent aujourd’hui quelque 400 milliards de dollars de profits par an. Si la part consacrée à l’investissement productif était égale à celle versée aux actionnaires (50%), cela signifierait que 160 milliards de dollars pourraient être investis dans des projets utiles. À titre de comparaison, 160 milliards de dollars, c’est plus que ce que le gouvernement fédéral dépense pour l’armée et la santé réunies. Dans une économie planifiée, rien n’empêcherait de porter le montant consacré à l’investissement à un niveau encore plus élevé.

Dans un autre article, Cochrane s’est penché sur l’utilisation des fonds empruntés par les entreprises canadiennes ou levés grâce à l’émission d’actions – c’est-à-dire les « fonds non opérationnels ». Il a constaté qu’à partir de 2020, les entreprises ont consacré 8% de ces fonds à l’investissement productif, 16% à la recherche et au développement – et 76% aux fusions et acquisitions.

En somme, les trois quarts des fonds ont servi à aider une entreprise à en absorber une autre. Seulement un quart était affecté à des activités qui peuvent réellement être considérées comme utiles. Encore une fois, rien n’empêcherait une économie planifiée d’augmenter considérablement la part des fonds consacrés à l’investissement et à la recherche.

Le potentiel d’innovation d’une économie planifiée peut également être illustré par les expériences passées du Canada en matière de propriété publique.

De 1914 jusqu’aux années 1980, le Canada disposait d’une entreprise pharmaceutique publique : Connaught Labs. Tant pour les Canadiens que pour le reste du monde, elle produisait de l’insuline à bas prix et des vaccins permettant de sauver la vie, entre autres accomplissements.

De 1914 jusqu’aux années 1980, Connaught Labs produisait de l’insuline à bas prix et des vaccins permettant de sauver la vie. Image: Sanofi Pasteur Canada Archives.

Mais le plus impressionnant était sa contribution à la recherche médicale. En 1968, alors qu’elle ne représentait que 2,5% de l’ensemble des ventes du secteur pharmaceutique au Canada, elle ne totalisait pas moins de 20% de l’ensemble des investissements en recherche et développement de l’ensemble du secteur, soit huit fois plus que les entreprises privées. Si c’était toute l’industrie pharmaceutique qui était nationalisée plutôt qu’un simple petit segment du marché, les accomplissements possibles seraient immenses.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les politiciens canadiens ont dû implanter des formes de planification économique afin de soutenir l’effort de guerre dans le camp des Alliés. À l’époque, le gouvernement fédéral a créé 28 nouvelles sociétés d’État, employant quelque 229 000 personnes fabriquant pour la plupart du matériel militaire de pointe. Cela comprenait des entreprises telles que Victory Aircraft, qui produisait des avions de chasse de conception britannique – et ce, à un très haut degré de qualité.

De plus, même en dehors du secteur public, l’État a imposé de strictes directives de production aux entreprises privées utiles à l’effort de guerre tout en s’impliquant partiellement dans leur gestion. Les résultats de toutes ces mesures ont été pour le moins impressionnants, et ce, dans le cadre d’une forme de capitalisme d’État.

En somme, pendant les heures les plus sombres du capitalisme canadien, ses dirigeants ont choisi d’écarter les capitalistes et de recourir au contrôle étatique pour sauver leur peau. Cela suffit à démontrer la supériorité de la planification économique, quoique celle-ci se soit imposée de manière indirecte à l’époque.

Les détracteurs de la planification étatique affirment aussi qu’elle priverait la société de ses esprits les plus brillants, c’est-à-dire des capitalistes. Mais en examinant les gens les plus riches au Canada, ce n’est pas l’intelligence qui saute aux yeux. Bien au contraire.

Parmi les dix personnes les plus riches du Canada, cinq appartiennent à la famille Thomson, propriétaires de la Thomson Reuters Corporation et du Globe & Mail. Chacun d’entre eux a acquis sa fortune grâce à sa famille. L’homme le plus riche du Canada, Changpeng Zhao, a amassé ses milliards en fondant la plateforme d’échange de cryptomonnaies Binance, un casino déguisé devenu l’outil de prédilection des criminels et des groupes terroristes pour faire circuler leur argent sale. En 2023, Zhao a été inculpé par le département de la Justice des États-Unis pour n’avoir pas empêché le blanchiment d’argent sur sa plateforme. Il a été condamné à quatre mois de prison, puis gracié par Donald Trump.

En réalité, bon nombre des milliardaires canadiens n’ont jamais inventé ni construit quoi que ce soit d’utile – sans parler de quoi que ce soit d’assez époustouflant pour justifier leur fortune exorbitante. En réalité, on trouve parmi eux de nombreux « enfants de », des charlatans et plus d’un criminel condamné. Si le communisme consiste à priver la société de ce genre d’individus, alors la société a effectivement beaucoup à y gagner.

Loin de priver la société de ses esprits brillants, une économie planifiée augmentera considérablement leur nombre. Elle y parviendra en rendant l’éducation gratuite à tous les niveaux, en empêchant les entreprises d’exercer leur influence sur la recherche universitaire et en augmentant le financement de tous les types de projets scientifiques – et pas seulement ceux qui promettent une rentabilité rapide.

En réalité, le profit n’a jamais été la seule source de motivation pour les découvertes, en science comme dans d’autres domaines. Frederick Banting, le scientifique ontarien qui a découvert l’insuline, estimait qu’il était immoral de breveter son médicament pour en tirer profit. En 1923, il a vendu son brevet à l’Université de Toronto pour la modique somme d’un dollar. Norman Bethune, considéré comme l’un des plus grands esprits médicaux du Canada, était communiste. Il est mort en soignant des soldats de l’armée de Mao pendant la révolution chinoise.

Dans un État ouvrier, les barrières à l’innovation et aux découvertes seront enfin levées, ce qui engendrera des avancées industrielles et scientifiques inimaginables.

Un monde communiste

Dans le Manifeste du Parti communiste, Marx décrit le rôle révolutionnaire qu’a joué le capitalisme au début de son histoire. Au Canada, ce processus a mené au développement de l’industrie moderne, à l’exploitation des richesses naturelles et à la formation d’une classe ouvrière nombreuse et éduquée.

Image : Révolution communiste.

Ce processus s’est bien sûr accompagné de l’exploitation brutale des travailleurs, de l’expropriation violente et du nettoyage ethnique des peuples autochtones ainsi que de l’exacerbation des antagonismes nationaux. Malgré tout, ses accomplissements n’en restent pas moins progressistes en général.

Cependant, ce processus est en train de s’inverser – tout comme le prédisait Marx. Le marché n’est plus un stimulant pour les forces productives du Canada, mais un fardeau qui les contraint. Au lieu de développer l’industrie, il la détruit. Au lieu d’améliorer le niveau de vie, il rend la vie de plus en plus insupportable. Au lieu d’élargir les limites des découvertes et de l’inventivité humaine, il enserre les esprits dans un étau paralysant, qui étouffe toute possibilité de faire avancer la connaissance.

En somme, le capitalisme a fait son temps en matière de progrès humain. Un choix s’impose  : ou bien renverser le capitalisme et le remplacer par une forme supérieure d’organisation sociale, ou bien voir ses conditions de vie régresser dans les convulsions d’un système à l’agonie.

L’organisation collective de la société constitue la prochaine étape logique dans sa marche vers l’avant. La concentration de l’industrie a atteint un tel degré que la planification est non seulement possible, mais nécessaire pour réaliser tout son potentiel. De la construction de millions de logements à la lutte contre la crise climatique qui nous menace sans cesse, les défis auxquels l’humanité est confrontée sont devenus trop colossaux pour être relevés par les rapaces avides d’argent qui occupent les sommets du pouvoir économique. La classe ouvrière canadienne, hautement qualifiée et éduquée, se révélerait 100 fois plus apte à gérer la société que les bouffons et les voleurs qui en tiennent actuellement les rênes – si seulement on lui en laissait la chance. Sous le communisme, elle en aura l’occasion.

Le communisme canadien inaugurera un âge d’or qui fera pâlir en comparaison toutes les réalisations passées de l’histoire de notre pays. L’industrie prospérera sous la planification démocratique, et de nouvelles industries et technologies verront le jour grâce aux progrès de la science et de la recherche. Les biens essentiels – qui seront de plus en plus abondants grâce à une économie hautement productive – seront garantis à tous ceux qui travaillent. Mais surtout, ceux qui travaillent pourront enfin récolter les fruits de leur labeur, notamment grâce à une réduction de la journée de travail. C’est ce qui leur donnera du temps libre pour profiter de tout ce que la nouvelle société aura à offrir.

Bien sûr, le nouveau Canada serait rapidement confronté à des défis provenant de l’extérieur de ses frontières. En particulier, les capitalistes américains ne seraient pas très enjoués de se retrouver soudainement aux prises avec un pays communiste comme voisin. De plus, comme le montre la guerre commerciale actuelle entre les États-Unis et le Canada, le capitalisme américain dispose de toutes sortes de moyens pour frapper le Canada et lui dicter sa loi – y compris des mesures jusqu’à présent jamais vues, comme la fermeture des infrastructures transfrontalières.

Cependant, ce ne serait pas long avant que l’exemple des travailleurs du Canada ne se répercute sur les travailleurs américains – à condition que ces derniers n’aient pas d’abord pris les devants, ce qui semble être le scénario le plus probable. La révolution russe a exercé son influence sur presque tous les pays dans le monde. Elle a déclenché son lot de révolutions, que l’on pense à l’Allemagne en 1918 ou à la Hongrie en 1919. Elle a même inspiré la grève générale de Winnipeg! Une révolution socialiste au Canada ou aux États-Unis aurait un impact encore plus grand, en particulier à l’ère de la mondialisation et des réseaux sociaux.

La fusion des économies canadienne et américaine sous une planification socialiste offrirait un monde de possibilités et ferait de l’Amérique du Nord une forteresse quasiment imprenable. Le Mexique ne tarderait pas à s’y joindre. L’Amérique centrale et l’Amérique du Sud lui emboîteraient ensuite le pas. Les nombreuses régions du monde longtemps exploitées par l’impérialisme américain et canadien – le Moyen-Orient, l’Afrique et au-delà – retrouveraient leur liberté économique et seraient invitées à se joindre, sur un pied d’égalité, à la fédération communiste des Amériques, une proposition que peu de pays refuseraient.

En fin de compte, le triomphe du communisme en Amérique du Nord – ce bastion du capitalisme le plus réactionnaire au monde – serait le prélude à son triomphe partout ailleurs. En l’espace d’une génération, le monde se trouverait face à une réalité complètement nouvelle : des technologies pour réduire le temps de travail, une surabondance de biens et la libération des chaînes de toute forme de travail indésirable. « De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins » : cette maxime de Marx trouverait enfin un véritable fondement matériel.

Somme toute, le Canada aurait tout intérêt à « devenir communiste ». Mais libérer ce pays de l’esclavage capitaliste ne serait que le prélude à la libération du monde entier.


Une solution communiste à la question nationale québécoise

par Julien Arseneau.

L’article central de cette édition du journal étaye ce dont aura l’air une société socialiste à l’échelle de l’État canadien. Qu’en est-il du Québec et de la question nationale? Il s’agit d’une question centrale qui demeure non résolue. Les communistes y ont également une réponse.

Autodétermination

Sous le capitalisme, le Québec n’a pas réellement le droit à l’autodétermination. La Loi sur la clarté en est l’exemple le plus évident. Elle permet au gouvernement fédéral de décider ce qui constitue une « majorité claire » pour toute séparation. Et Mark Carney a clairement expliqué ce que ça signifie au printemps dernier : « ce n’est pas 50% plus un ». Le Canada est fondamentalement antidémocratique.

Dans le cas d’un référendum gagnant au Québec, le résultat aurait ensuite à être entériné par un amendement à la constitution, par la Chambre des communes, le Sénat et l’assemblée législative d’au moins sept provinces représentant ensemble la moitié de la population canadienne. Aussi bien dire que ça n’arrivera jamais par les moyens légaux.

La classe dirigeante canadienne lutte bec et ongles contre toute velléité d’indépendance. Elle entretient volontairement l’incompréhension des aspirations nationales québécoises, et l’anglo-chauvinisme à ses heures. La raison fondamentale est simple : elle n’a aucun intérêt à perdre 20% de son PIB et 22% de sa population – encore moins en temps de crise existentielle pour le capitalisme canadien. 

Mais même si l’indépendance formelle se réalisait, le Québec est pris entre le marteau et l’enclume du Canada et des États-Unis. Le destin des petites nations est d’être de la petite monnaie entre les mains des impérialistes. 

C’est ce que PSPP a tacitement admis quand il a dit qu’il n’y aurait pas de référendum tant que Trump sera au pouvoir. De même, le Parti québécois annonce déjà aligner sa politique sur les exigences américaines, par exemple sur les dépenses militaires, qu’il compte augmenter à 5% du PIB québécois. PSPP parle même de « loyauté » envers les États-Unis. Est-ce cela, la « libération »?

Révolution

Contrairement aux nationalistes bourgeois et petits-bourgeois qui aspirent simplement à se retirer de la fédération canadienne, les communistes veulent la renverser

Chez nombre de travailleurs et de jeunes québécois, les aspirations nationales reflètent un sentiment progressiste – le désir de ne pas être opprimé, le désir d’être « maîtres chez nous ». Et c’est justement ce qui verra le jour avec une révolution socialiste au Québec et au Canada. 

L’abolition de la Loi sur la clarté, du Sénat et des autres reliques coloniales permettrait enfin de poser les bases d’une solution démocratique durable à la question nationale. Les Québécois seraient alors libres de choisir s’ils veulent un État séparé ou une union volontaire, sans contrainte ou pression.

La question nationale est avant tout une question de pain et de beurre. Sur la base de la misère et du déclin, les tensions nationales se ravivent. Mais sur la base d’une hausse marquée du niveau de vie, celles-ci perdent en importance. Les communistes visent à créer les conditions où aucun peuple n’est opprimé ou désavantagé, où tout privilège national disparaîtra.

La libération des énormes richesses qui dorment dans les comptes en banques des milliardaires permettrait de financer massivement le système d’éducation, l’apprentissage du français, la culture et l’art. C’est ce que la droite nationaliste au Québec, qui mousse ces enjeux pour se faire du capital politique, ne voudra jamais accomplir. 

Le Parti communiste révolutionnaire est présent partout au Québec et au Canada. Sur ce terrain, nous luttons contre tout préjugé anglo-chauvin au Canada anglais. De même, au Québec, nous démasquons à chaque tournant le nationalisme bourgeois qui, sous couvert de défendre la « nation », défend en réalité les intérêts du « Québec Inc. » contre ceux des travailleurs. 

C’est sur cette base que nous voulons mobiliser les jeunes et les travailleurs, en vue de construire une union volontaire d’un Québec socialiste avec un Canada socialiste, comme partie intégrante d’une fédération socialiste des Amériques. C’est en cela que consistera une véritable libération nationale.