
Lorsque Donald Trump est revenu en fanfare à la Maison-Blanche pour entamer son deuxième mandat présidentiel l’année dernière, ses conseillers et lui avaient des projets, de grands projets, pour remodeler le capitalisme américain.
Le 2 avril 2025, qu’il a appelé le « Jour de la Libération », Trump a annoncé sa « déclaration d’indépendance économique » « historique » vis-à-vis du marché mondial. Pour y parvenir, il comptait recourir à des droits de douane unilatéraux – qu’il qualifiait à tort de « réciproques » – à l’encontre de tous les autres pays. Trump a imposé des droits de douane généraux de 10% aux pays du monde entier à compter du 5 avril, ainsi que des tarifs plus élevés à l’encontre de certains pays, entrant en vigueur quatre jours plus tard.
Le lendemain de son annonce, la Bourse s’est effondrée.
Opposition capitaliste
Certaines sections de la classe dirigeante se sont insurgées contre cette vague de tarifs douaniers, mais leur opposition est restée inoffensive. Les experts en commerce se sont plaints que la formule utilisée pour calculer les tarifs était erronée, qu’elle reposait sur des données inexactes et qu’elle était trop imprécise. D’autres ont souligné que le coût des marchandises soumises à ces tarifs serait inévitablement répercuté sur les consommateurs à travers une hausse des prix. Le Congrès a tergiversé et a tenu des audiences.
Au départ, Trump est resté de marbre face à l’effondrement des marchés boursiers. Mais en l’espace de quelques jours, la panique s’est propagée au marché obligataire. Les investisseurs se sont alors débarrassés de leurs bons du Trésor américain, faisant grimper le taux d’intérêt de la dette publique. Les marchés de devises ont rapidement emboîté le pas, et les spéculateurs se sont précipités pour échanger leurs dollars américains contre des euros, des francs suisses et d’autres devises. Résumant la situation, le Financial Times a cité un gestionnaire de portefeuille de Wall Street : « Une bonne vieille fuite de capitaux. »
Craignant les conséquences d’une fuite de capitaux, Trump a fait marche arrière. Il a renoncé à une offensive généralisée et s’est plutôt mis à négocier des droits de douane spécifiques avec différents partenaires commerciaux. Cela a apaisé les marchés et a rapidement permis aux prix des actions d’atteindre de nouveaux sommets.
À mesure que les marchés se stabilisaient, les capitalistes opposés à la guerre commerciale mondiale engagée par Trump se sont tournés vers les tribunaux pour faire annuler ce qui restait de son régime tarifaire.
La principale contestation judiciaire portait sur le fondement juridique des droits de douane instaurés le « Jour de la Libération », au motif que la loi de 1977 sur les pouvoirs économiques d’urgence internationaux (International Emergency Economic Powers Act) ne permet pas au président d’imposer à lui seul des droits de douane. En août, un tribunal fédéral a donné raison à cet argument et, en février, après dix mois de batailles juridiques, la Cour suprême a annulé le projet de droits de douane. En réponse, Trump a imposé des droits de douane temporaires de 10% sur l’ensemble des importations, en vertu d’une autre loi, soit la loi sur le commerce de 1974.
Les importateurs ont désormais intenté une action en justice afin de récupérer les 166 milliards de dollars versés au gouvernement fédéral en droits de douane imposés par Trump, et désormais invalidés – une somme colossale qui ne sera probablement jamais reversée aux consommateurs qui sont ceux qui ont réellement payé ces tarifs.
Tour de passe-passe économique
Le principal objectif de Trump était de relancer l’industrie manufacturière américaine, qui n’est plus en mesure de rivaliser avec l’industrie chinoise. « Les emplois et les usines reviendront en force dans notre pays », a-t-il promis.
Plutôt qu’un « retour en force » de l’économie après le « Jour de la Libération », avec des emplois manufacturiers bien rémunérés, 113 000 emplois ont été supprimés dans le secteur manufacturier en 2025. Sept mille autres ont été supprimés au cours des deux premiers mois de cette année. Si l’on ajoute à cela les autres secteurs tels que la construction, l’exploitation minière et l’exploitation forestière, on dénombre près de 190 000 suppressions d’emplois d’ouvriers à col bleu depuis avril dernier.
Alors que les emplois dans le secteur manufacturier ne sont pas près de revenir, le coût des droits de douane pour la classe ouvrière ne cesse d’augmenter. Selon le Tax Policy Center : « Les droits de douane annoncés par l’administration Trump jusqu’au 4 décembre 2025 entraîneront une charge moyenne d’environ 1230 dollars par foyer fiscal (ou ménage) au cours de l’année civile 2026. » Cette charge sera proportionnellement plus élevée chez les ménages les plus pauvres.
Le 18 mars, le président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, a confirmé ce que beaucoup soupçonnaient : l’inflation qui ronge le niveau de vie des Américains « reflète en grande partie l’inflation dans le secteur des biens, qui a été stimulée par les effets des droits de douane […] Pendant de nombreuses années, [l’inflation des prix des biens] était négative. L’année avant l’entrée en vigueur des droits de douane, elle était nulle, et elle avoisine désormais les 2% ».
De fait, le département du Trésor américain a indiqué que les revenus douaniers du gouvernement fédéral étaient passés en une année de 79 milliards de dollars à 264 milliards de dollars en décembre 2025.
Trump a affirmé que le coût des baisses d’impôts et de l’augmentation des dépenses militaires serait couvert par ce tour de passe-passe économique, mais la réalité s’est avérée tout autre. L’augmentation du budget militaire proposée par Trump pour l’année prochaine, de 1000 milliards à 1500 milliards de dollars, représente près du double des revenus douaniers. Et le mois dernier, le Pentagone a demandé 200 milliards de dollars supplémentaires pour financer la guerre des États-Unis contre l’Iran.
Au bord du gouffre
Un an a passé depuis le « Jour de la Libération », et l’économie américaine se trouve au bord du gouffre.
Loin des objectifs qu’il s’était fixés – équilibrer le budget, créer des emplois et « mettre fin aux guerres perpétuelles » –, la dette nationale américaine a atteint le niveau record de 39 100 milliards de dollars tandis que 92 000 emplois ont été supprimés en février. À cela s’ajoute la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, qui a mis en évidence l’incapacité de l’armée américaine à remporter des victoires rapides et décisives.
Le prix payé par les travailleurs américains est en train de faire basculer l’opinion publique contre le régime Trump. La hausse des prix du pétrole a fait grimper le prix moyen de l’essence aux États-Unis d’un tiers en trois semaines, et l’on s’attend à ce que les prix atteignent cinq dollars le gallon dans les semaines à venir. À mesure que ces répercussions financières commencent à s’imposer pleinement dans l’esprit de millions de travailleurs américains, une tempête politique se prépare pour l’ensemble du régime capitaliste, et pas seulement pour l’administration Trump.
Le « Jour de la Libération » de Trump apparaît clairement comme une imposture et une escroquerie. Notre véritable jour de la libération viendra lorsque la majorité de la classe ouvrière se sera organisée autour d’un parti pour arracher le pouvoir des mains de ces monstres et aura entamé la transformation socialiste des États-Unis, puis du monde entier.