
Un rapport du gouvernement fédéral intitulé « L’antisémitisme sur les campus et l’expérience étudiante » (ACEE) a récemment fait la une des journaux. Ce document sensationaliste dépeint les campus canadiens comme en proie à un antisémitisme virulent. Il affirme notamment que 95,7% des étudiants juifs interrogés ont déclaré avoir été témoins ou victimes d’antisémitisme en 2025.
La méthodologie et la terminologie de ce rapport révèlent que ses véritables intentions ont très peu à voir avec la lutte contre la discrimination. Il s’agit en réalité d’une tentative éhontée de justifier la répression à l’encontre de ceux qui protestent contre Israël.
Le premier indice de l’objectif réel de ce rapport réside dans son utilisation de la définition de l’antisémitisme de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA), adoptée par le gouvernement canadien en 2019. Cette définition présente les critiques de l’État d’Israël comme une forme de préjugé contre les Juifs.
L’antisémitisme est un véritable problème, mais cette définition entrave la lutte contre ce fléau en présentant la haine (justifiée) de l’impérialisme israélien comme une haine des Juifs. Par conséquent, ce rapport n’a que très peu à voir avec la sécurité des Juifs sur les campus, mais beaucoup plus avec la protection du sionisme sur les campus.
Et en effet, parmi les exemples cités d’« antisémitisme », on trouve des cas tels que des étudiants se plaignant d’avoir subi une « pression » pour « participer à des manifestations pro-palestiniennes », le cas d’un professeur ayant proposé des lectures sur la libération palestinienne « pour un cours complètement sans rapport avec le conflit », ou encore celui d’un professeur de médecine ayant déclaré que « si nous soutenons Israël et ne dénonçons pas le génocide, nous ne serions pas de bons médecins ». Quelle horreur!
Le rapport contient certes des exemples qui, s’ils sont avérés, constituent de graves cas d’antisémitisme. Cela dit, même ceux-ci doivent être pris avec un gros grain de sel. Lorsqu’on examine la méthodologie de cette soi-disant étude, il apparaît clairement que les données qu’elle contient sont au mieux peu fiables, et probablement en grande partie inventées de toutes pièces.
Plutôt que de mener une enquête auprès de la population juive dans son ensemble, le rapport a trouvé ses répondants par l’intermédiaire de Chabad et de Hillel, des organisations sionistes militantes de droite qui défendent les actions de l’État israélien. C’est comme mener une enquête auprès de suprémacistes blancs et conclure que oui, la race blanche est bel et bien en danger! Parallèlement, des groupes juifs antisionistes comme Independent Jewish Voices affirment avoir été exclus de l’étude.
En réalité, l’auteur principal du rapport a lui-même occupé le poste de directeur exécutif du chapitre québécois du Congrès juif canadien, prédécesseur du CIJA, le principal groupe de pression sioniste du Canada.
Ce ne serait pas la première fois que des sionistes sont pris en flagrant délit de fabrication de preuves d’un prétendu antisémitisme. En 2023, la section Hillel de l’Université de la Colombie-Britannique (UBC) a été prise la main dans le sac après avoir placardé le campus de faux autocollants « J’aime le Hamas ». À Winnipeg, il s’est avéré que des propriétaires de cafés, victimes de vandalisme prétendument antisémite, avaient mis en scène toute cette affaire. Le B’nai Brith, autre grand lobby sioniste, publie chaque année un « audit de l’antisémitisme » sensationnaliste, avec une méthodologie encore plus laxiste.
Pourtant, personne au sein de l’establishment politique et médiatique n’a remis en cause l’exactitude de ce rapport, et ses conclusions ont fait la une des journaux comme s’il s’agissait de faits avérés. La classe dirigeante canadienne, qui considère Israël comme un allié important au Moyen-Orient, trouve dans cette étude un outil de propagande utile. Elle sert à attiser un sentiment d’insécurité et de victimisation chez les Juifs, afin de les pousser à se rallier aux organisations communautaires sionistes et à les éloigner de l’activisme pro-palestinien, tout en justifiant de nouvelles mesures répressives à l’encontre de quiconque dénonce le régime israélien génocidaire.
Les administrations universitaires ont déjà pris des mesures répressives contre les critiques visant les actions d’Israël. Des étudiants participant à des actions militantes en faveur de la Palestine ont été menacés d’arrestation, d’amendes, de suspension et d’expulsion. Des syndicats étudiants qui se sont élevés contre le génocide à Gaza ont été menacés de dissolution et de retrait de leur charte. En fait, une enquête menée par The Breach a révélé que 30 universités canadiennes se sont entendues entre elles et avec la police pour surveiller et réprimer les étudiants se mobilisant contre le génocide.
Le rapport sur l’ACEE va même jusqu’à insinuer que les universités qui permettent « que des étudiants fassent la “grève” et empêchent d’autres personnes d’assister à leurs cours » manquent à leur devoir de « protéger les étudiants juifs sur les campus ». Là encore, l’objectif, on le voit clairement, est de présenter comme antisémites les partisans de l’idée d’une grève étudiante pour la Palestine (que le PCR s’est efforcé de populariser l’année dernière et qui a débouché sur une grève rassemblant 85 000 étudiants au Québec en novembre 2025).
Nous ne nions pas ici la menace d’un antisémitisme croissant. Mais alors que le rapport tente ouvertement de présenter cette menace comme émanant de la gauche et du mouvement pro-palestinien, le danger de l’antisémitisme vient plutôt de la droite. Des néonazis notoires de type Nick Fuentes ont gagné en audience ces derniers temps. La dernière fusillade de masse dans une synagogue en Amérique du Nord, à Pittsburgh en 2018, a été perpétrée par un suprémaciste blanc d’extrême droite.
Mais le gouvernement canadien n’est pas intéressé par la lutte contre le véritable antisémitisme. En réalité, il s’est récemment associé à des antisémites en finançant et en formant des unités militaires néonazies en Ukraine. L’hypocrisie ne saurait être plus flagrante, alors que des députés de ce même gouvernement ont réservé une ovation au Parlement à Yaroslav Hunka, un véritable vétéran nazi de la Seconde Guerre mondiale, en 2023.
La classe dirigeante voit dans l’antisémitisme un outil dont elle ne veut pas se départir. Le mythe d’une cabale d’élites juives puissantes tirant les ficelles lui permet de détourner les sentiments anticapitalistes loin de la classe dirigeante et de son système pour les orienter vers des idées réactionnaires. C’est pourquoi elle ne combattra pas réellement l’antisémitisme. Tout au long de son histoire, le sionisme a marché main dans la main avec l’antisémitisme, et bon nombre de ses premiers défenseurs, tels que Lord Balfour, ont en réalité soutenu le sionisme pour des raisons explicitement antisémites. Ces deux monstres doivent être terrassés.