Le 11 août dernier a eu lieu une assemblée publique de la Commission de la sécurité publique de la Ville de Montréal. Les citoyens de Montréal-Nord ont enfin pu confronter le Service de police de la ville de Montréal (SPVM) au sujet des actes racistes du poste 39.
Après une présentation du SPVM peu convaincante, des dizaines de citoyens ont eu la chance de « poser une question » pendant trois heures. Nous avons alors assisté à une véritable libération de la parole. Les citoyens ont surtout saisi l’opportunité pour critiquer le SPVM et son héritage de violence et d’oppression.
« À quand l’éradication complète du racisme systémique au sein du SPVM? Nous sommes tous et toutes fatigués! » a lancé Jennifer Sydney, une mère du quartier, sous les applaudissements.
Le nombre de personnes voulant participer était tel qu’une salle de retransmission a dû être organisée, et certaines personnes ont dû quitter.
En termes de résultats concrets, l’exercice n’a servi à rien, comme on pouvait s’y attendre. Le chef du SPVM, Fady Dagher, a patiné et a partagé qu’il était d’accord avec la frustration vécue par la population. Un simple exercice de relations publiques.
Dans un moment fort, M. Dagher a été accusé d’ignorer les dénonciations venant de la communauté, puisqu’il avait attendu une dénonciation interne au corps policier avant de faire quelque chose pour le poste 39. Il a affirmé que, dans ce cas-ci, aucune dénonciation citoyenne n’était venue avant celle des policiers.
Pourtant, quelques minutes plus tard, Anastasia Marcelin, militante des droits des femmes afro-descendantes, s’est exprimée au micro, émotive : « Je dénonce les pratiques du poste de police 39 depuis 2008 sur les réseaux sociaux. Et, depuis 2017, directement en présentiel à la mairie de Montréal. Ce que nous dénonçons aujourd’hui ne date pas d’hier. »
« Ce que je n’ai pas entendu, c’est des excuses », a affirmé Dardia Garcelle Joseph, de la clinique juridique de Saint-Michel. Mme Marcellin a réitéré la demande. M. Dagher a fini par présenter ses excuses aux victimes de l’incident du poste 39, provoquant immédiatement le mécontentement dans la salle. C’est à toute la communauté qu’il fallait s’excuser, pour des années et des années d’injustice!
De toute façon, les excuses ne suffisent plus. On pouvait sentir dans cette assemblée qu’une large partie de la communauté n’attend plus rien de la police. La confiance est définitivement brisée. Ce sentiment a une portée révolutionnaire.
Dans une société de classe comme le capitalisme, la police est l’ennemie des communautés. Les organes de l’État (prisons, juges, armée…) servent à maintenir le statu quo – un statu quo profondément inégalitaire et injuste. La police, qui réprime directement la population, attire par le fait même les individus les plus rétrogrades dans ses rangs.
L’État ne peut pas être réformé; il est intrinsèquement oppressif, et existera tant que la société de classe existera. La communauté de Montréal-Nord a vraisemblablement une compréhension intuitive de cette réalité.
Quelques citations marquantes
« Je tenais à nommer le fait qu’on ne veut pas de vous dans notre quartier. Vous n’êtes pas la bienvenue. Et le fait que vous osez utiliser ces événements pour augmenter votre présence dans notre quartier est tellement un manque de respect. […] On veut pas de vous. On veut moins de présence policière, moins de surveillance à Montréal-Nord, c’est ça notre demande, et on veut que votre budget diminue. »
– Naomi, jeune citoyenne de Montréal-Nord
« Comment le SPVM peut en même temps prétendre qu’il a un rôle de prévention… et en même temps être dans un rôle de coercition? Me semble qu’il y a un conflit d’intérêt assez grave, et j’en perds mes cheveux. »
– Stella Adjokê, artiste
« C’est grâce à SPVM que je suis militante aujourd’hui; merci pour cet héritage. Il est pourri. »
– Anastasia Marcellin, après avoir expliqué les traumatismes vécues par sa famille au main de la police.
« On connaît très bien le système, on connaît très bien la police. C’est du néocolonialisme, la Couronne canadienne est la même qui a fait l’esclavage et tout ce qu’elle a fait à travers le monde. Alors pourquoi on leur demande toujours à eux? […] Quand est-ce que nous les citoyens nous allons nous mettre ensemble pour avoir un poids politique, et pouvoir correspondre avec eux? […] Quand allons-nous nous organiser à la grandeur du défi qui est devant nous? »
– Patrice Dauphin, forum jeunesse de Saint-Michel