
Le gouvernement libéral a déposé un nouveau projet de loi sur l’eau potable chez les Premières Nations : la Loi C-37. Pliant sous la pression des entreprises minières et des compagnies de pétrole et de gaz, la loi se rétracte de la déclaration selon laquelle les Premières Nations ont le droit à l’eau potable. C’est un autre retournement hypocrite des libéraux de Carney.
Ce projet de loi est une nouvelle version de la Loi C-61, proposée par Justin Trudeau en 2023. Elle avait été élaborée dans le cadre du règlement d’un recours collectif intenté par des Premières Nations qui accusaient le gouvernement d’avoir échoué à répondre aux avis d’ébullition de l’eau prolongés dans leurs communautés. La loi n’avait pas été adoptée à l’époque.
Le texte original de la loi déclarait : « Il est reconnu et confirmé que l’accès à l’eau potable sûre et propre conformément à la présente loi est un droit de la personne pour chaque individu sur les terres des Premières Nations. » Par contraste, la Loi C-37 transforme la reconnaissance d’un droit en un but à atteindre. Elle vise seulement à « œuvrer à la réalisation progressive du droit humain à l’eau potable ».
Ce recul n’est pas passé inaperçu chez les chefs autochtones. Comme l’a énoncé Linda Debassige, grande cheffe de la Nation Anishinabek : « Pour moi [c’]est fou. C’est une réalisation progressive pour plusieurs de nos nations depuis des décennies. »
Parmi plusieurs peuples autochtones, la Loi C-61 faisait l’objet de grands espoirs. Le manque en eau potable demeure un enjeu brûlant pour les Premières Nations. Officiellement, 38 communautés à travers le pays vivent avec des avis d’ébullition d’eau prolongés. Certains de ces avis sont en vigueur depuis plus de 20 ans. Ce nombre ne prend pas en compte des dizaines de réserves qui souffrent « seulement » de coupures temporaires – même si ces coupures se reproduisent si régulièrement que ces communautés, en pratique, n’ont pas d’eau potable depuis des années.
Ces avis affectent chaque aspect de la vie dans ces communautés. Un article du Investigative Journalism Bureau le souligne bien :
« Bien sûr, boire est la première chose qui vient à l’esprit. Mais qu’en est-il de l’extinction des incendies? Comment apprendre la propreté à vos enfants quand vous ne possédez qu’une toilette extérieure et qu’il fait moins 40 dehors? Comment faire pour éliminer les poux quand vous n’avez pas d’eau pour y mélanger votre shampoing spécial? »
Cela fait des années que les libéraux promettent de résoudre ce problème. Depuis qu’il a été élu, Mark Carney n’a cessé de promettre la « réconciliation ». Mais voilà que, comme toujours, les libéraux reculent.
Quand la Loi C-61 était débattue en 2023, les gouvernements provinciaux de l’Alberta et de l’Ontario arguaient qu’elle « nuirait à la compétitivité et retarderait le développement des projets ». C’est le cœur du problème. La classe dirigeante du Canada est en guerre contre tout ce qui bloque son droit illimité au profit. Avec les relations commerciales changeantes et les perturbations dans les chaînes d’approvisionnement mondiales de pétrole, la classe dirigeante accélère la mise en œuvre des projets pétroliers, gaziers et miniers, peu importe les conséquences.
En d’autres mots, Mark Carney, Danielle Smith et Doug Ford croient tous que les entreprises devraient avoir la permission de polluer notre eau. Les conséquences de cette pollution affecteront plus que tout les Autochtones ordinaires.
Il suffit pour s’en convaincre de jeter un œil à l’expérience de Grassy Narrows, une nation pour qui l’eau est toujours contaminée depuis qu’une usine de pâtes et papiers, dans les années 60 et 70, a jeté des déchets toxiques dans sa rivière. Aujourd’hui, 90% des résidents présentent des symptômes d’empoisonnement au mercure. La communauté est maintenant en lutte contre des opérations minières qui ont été accélérées par le gouvernement de l’Ontario. En y déversant des sulfates qui accélèrent le développement d’une neurotoxine mortelle, la nouvelle mine Kinross Gold pourrait contaminer l’eau davantage. D’après le Tribunal ontarien de l’aménagement du territoire, « aucune personne raisonnable » n’aurait délivré un permis pour l’exploitation minière dans la région.
La région d’Athabasca, au nord de l’Alberta, est un autre exemple parlant. Des bassins de résidus de sables bitumineux y ont contaminé les sources d’eau d’un nombre important de communautés autochtones. Par conséquent, des communautés comme celle de Fort Chipewyan souffrent de taux de cancer anormalement élevés.
Des cas comme ceux-ci démontrent pourquoi le gouvernement refuse de reconnaître l’eau potable comme un droit. Aux yeux de la classe dirigeante, ce serait un obstacle inutile à ses plans économiques. Le capitalisme fait inévitablement passer le profit avant les besoins des êtres humains. Et tant aussi longtemps que ce système restera en place, les peuples autochtones souffriront.