Mouvement de masse au Cachemire : l’AAC doit prendre le pouvoir!

Le mouvement de masse du AAC au Kashmir sous administration pakistanaise défie la répression brutale de l’État pour écrire un nouveau chapitre de l’histoire
  • Parti communiste Inqalabi
  • ven. 10 juill. 2026
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Des centaines de milliers de personnes vivant au Kashmir sous administration pakistanaise, généralement appelé « Azad Kashmir », écrivent un nouveau chapitre de l’histoire grâce à leur courage et à leur héroïsme.

Le Comité d’action Awami (AAC) de l’Azad Kashmir mène actuellement une longue marche historique en direction de Muzaffarabad afin de faire valoir ses revendications. Au cours des trois dernières années, ces revendications avaient été acceptées par les gouvernements de l’Azad Kashmir et du Pakistan à la suite de précédentes longues marches. Elles n’ont toutefois pas encore été mises en œuvre.

L’État est déterminé à écraser ce mouvement de masse par des massacres et de la répression brutale dépassant toutes les limites observées au cours des dernières décennies.

La longue marche devait débuter le 9 juin depuis différentes régions de l’Azad Kashmir et atteindre Muzaffarabad après avoir traversé plusieurs villes. 

L’État a répondu par la terreur dès le 5 juin. Le gouvernement a banni l’AAC comme organisation terroriste. Parallèlement, il avait également annoncé la tenue d’élections. Alors qu’il avait auparavant promis que les réformes électorales proposées par l’AAC seraient mises en œuvre avant les élections, cette promesse n’a jamais été tenue.

À un poste de contrôle, la police a tiré sur l’un des principaux dirigeants du mouvement et a tué un militant de longue date. Dans la nuit du 6 juin, alors que des milliers de personnes s’étaient rassemblées pour assister à ses funérailles, des forces paramilitaires venues du Pakistan ont ouvert le feu sur la foule, faisant des dizaines de morts.

Les corps des victimes, plus de 100 personnes selon certains rapports, sont enterrés dans des lieux tenus secrets par les autorités. Un couvre-feu a ensuite été imposé à Rawlakot, et les forces de sécurité tiraient sur toute personne qui l’enfreignait

La longue marche

Malgré la répression, la longue marche a débuté comme prévu le 9 juin. Des caravanes venues de différentes régions de l’Azad Kashmir ont pris la route vers Rawlakot.

Chaque caravane a dû livrer bataille aux forces de sécurité, au cours desquelles des dizaines de personnes ont de nouveau été tuées. Les forces de sécurité ont pourchassé les manifestants jusque dans les hôpitaux, pour les tuer et les blesser. Toutefois, des dizaines de milliers de personnes ont atteint la périphérie de Rawlakot.

Les dirigeants de l’AAC ont annoncé le début d’un sit-in à Darek, à la périphérie de Rawlakot, et ont exigé que l’État retire ses forces et lèvent les mesures prises à l’encontre de l’AAC, s’engageant à ne pas céder et à poursuivre la lutte. Le sit-in et les affrontements avec l’État se poursuivent quotidiennement.

Une grève totale est en vigueur depuis le 9 juin. Il n’y a plus de circulation sur les routes. Tous les commerces et bureaux sont fermés. Les autorités ont tout mis en œuvre pour briser cette grève. Elles ont menacé les commerçants de graves conséquences s’ils refusaient d’ouvrir leurs magasins, notamment à Muzaffarabad. Elles ont toutefois échoué lamentablement.

Les manifestants ont également fermé tous les points d’entrée vers l’Azad Kashmir depuis le Pakistan. L’État n’a pas réussi à les rouvrir et y a donc imposé son propre blocus. Tous les approvisionnements en produits de première nécessité, tels que les denrées alimentaires, les médicaments et autres produits essentiels, pour une population de quatre millions d’habitants, ont été bloqués par l’État.

L’État pakistanais a également lancé une campagne de calomnie dans les médias nationaux. Toutes les personnalités politiques et médiatiques s’expriment jour après jour contre le mouvement qui est qualifié de complot contre le Pakistan. L’AAC est qualifié d’organisation terroriste financée par l’Inde. Chaque jour, de fausses informations circulent concernant de nouvelles preuves qui auraient été découvertes et qui la relieraient à l’État indien. L’État a annoncé des primes de 10 millions de roupies pour la capture des quatre principaux dirigeants.

Mais malgré cette frénésie, le soutien au mouvement ne cesse de croître et a atteint des niveaux sans précédent. Notamment avec l’entrée en lutte de milliers de femmes, qui ont contribué à renverser la tendance dans une période difficile pour le mouvement. Les discours des militantes ont été les plus combatifs, déclarant être prêtes à sacrifier leur vie pour ce mouvement et exprimant leur volonté de lutter contre la brutalité de l’État.

Les deux manifestations de masse organisées à Londres devant l’ambassade du Pakistan témoignent du soutien massif venant de la diaspora Kashmiri à travers le monde. De nombreux syndicalistes, députés et autres militants d’origine Kashmiri ont également appelé l’État pakistanais à mettre fin à ces violences et à accepter les revendications du mouvement.

Malgré tout cela, l’État pakistanais, de concert avec ses marionnettes au sein du gouvernement de l’Azad Kashmir, continue de mener des attaques brutales contre les manifestants. Tous les jours des militants sont tués.

Le dirigeant central de l’AAC, Shaukat Nawaz Mir, a également été arrêté la semaine dernière; sans nouvelles depuis. Après son arrestation, des manifestations ont eu lieu dans différentes villes. La direction centrale a appelé à des manifestations de masse et à des sit-in le 5 juillet, qui ont suscité une mobilisation sans précédent.

Les manifestations du 5 juillet

Dans la nuit du 3 juillet, l’État a lancé un assaut de grande envergure contre le principal sit-in de Darek. Plusieurs milliers de membres des forces de sécurité ont défilé aux côtés de dizaines de véhicules blindés depuis la ville de Rawlakot vers le site du sit-in, pour l’attaquer et tuer toutes les personnes présentes.

Les militants ont érigé des barrages en abattant des arbres sur leur passage. Les assaillants ont dû battre en retraite sans avoir atteint leur objectif. Sur le chemin du retour, ils ont tiré en l’air pendant plus d’une heure.

En réponse, les personnes qui dormaient dans les environs se sont précipitées vers le sit-in dès qu’elles ont entendu les coups de feu, pour repousser l’assaut. Les quelque 100 000 personnes qui participent à ces sit-in depuis près d’un mois ne se laissent pas intimider par les tirs nourris, mais sont prêtes à affronter l’ennemi de front.

Cette réaction a redonné vie au mouvement. Le 5 juillet, des centaines de milliers de personnes ont manifesté et ont participé à des sit-in dans tout l’Azad Kashmir avec de nombreux affrontements avec les forces de sécurité. Des dizaines d’autres manifestants sont morts.

Les discours prononcés lors du sit-in principal à Darek – avec plus de 150 000 participants – ont été les plus radicaux de ce dernier mois, et toutes les personnes présentes se sont engagées à mener ce combat jusqu’au bout. La camarade Hina Zain, du Parti communiste Inqalabi (RCP) du Kashmir, s’est également adressée à la foule et a déclaré que la classe ouvrière du Pakistan et du monde entier soutient ce mouvement, et que nous devions aller de l’avant vers la victoire, qui sera une victoire pour les travailleurs du monde entier.

La direction de l’AAC a de nouveau donné trois jours au gouvernement pour répondre à ses revendications et a annoncé qu’elle présenterait ses prochaines mesures le 9 juillet.

Quelle voie suivre?

Ce mouvement a atteint un tournant décisif. L’État pakistanais tout essayé pour l’écraser mais n’y est pas parvenu jusqu’à présent.

La banqueroute du pouvoir judiciaire, de la bureaucratie et de toutes les autres institutions a été pleinement dévoilée. Tous peuvent voir qu’ils sont des ennemis déclarés du peuple du Kashmir.

Le Pakistan s’est toujours présenté comme le défenseur des droits du peuple Kashmiri et a accusé l’État indien d’opprimer la population du Kashmir occupé par l’Inde. Mais aujourd’hui, dans l’Azad Kashmir, l’État pakistanais commet des atrocités similaires à celles que l’État indien a perpétrées dans la partie qu’il occupe depuis sept décennies.

L’État pakistanais mène un combat pour sa survie et estime qu’une nouvelle victoire remportée par le mouvement porterait atteinte à son autorité.

L’AAC doit prendre le pouvoir

Chaque jour, les maisons de nombreux militants sont perquisitionnées et sont rasées au bulldozer. Chaque jour, les autorités profèrent de nouvelles menaces. La campagne médiatique devient de plus en plus virulente.

Dans cette situation, la seule voie possible est d’aller de l’avant. Les dirigeants ne peuvent pas se contenter d’appeler indéfiniment à des manifestations de masse et à des sit-ins. Les dirigeants de l’AAC doivent mener les masses à marcher sur la ville de Rawlakot dans la bataille imminente contre les forces de sécurité pour en prendre le contrôle.

Si la direction lance l’appel, elle bénéficiera d’un soutien considérable et des centaines de milliers de personnes se mobiliseront pour se battre à ses côtés. Partout dans l’Azad Kashmir, la population pousse en réalité les dirigeants à suivre cette voie, à prendre Rawlakot puis à marcher sur Muzaffarabad.

Ce mouvement de masse initialement en faveur des droits fondamentaux est maintenant capable de prendre le pouvoir entre ses mains. La direction dispose déjà du pouvoir de former un gouvernement, mais elle ne l’a pas annoncé.

Les dirigeants de l’AAC hésitent à franchir ce pas, car ils craignent que de nombreuses vies ne soient perdues au cours d’un tel combat. Ils plaident avec les autorités pour une solution pacifique par la voie de la négociation. Mais la situation a atteint un point de non-retour. 

La réticence des dirigeants à cet égard pourrait être désastreuse pour le mouvement, et pour la classe ouvrière de l’Azad Kashmir et de tout le Pakistan. Si le mouvement est vaincu à ce stade, l’État se déchaînera et tuera des centaines de militants et en arrêtera des milliers.

Une victoire dans cette bataille décisive transformerait complètement la situation et la question du pouvoir se poserait. À ce moment, la direction de l’AAC doit s’autoproclamer comme le nouveau gouvernement et marcher sur Muzaffarabad pour prendre le pouvoir entre ses mains.

Dès que la direction annoncera son intention de prendre le pouvoir, elle devra également publier son programme : notamment la gratuité des soins de santé, l’éducation pour tous et la fin du train de vie luxueux des fonctionnaires et des politiciens vivant aux frais du public ainsi que le plein emploi et des retraites universelles. Le nouveau gouvernement avec ces mesures bénéficierait d’un soutien massif de la part de la classe ouvrière pakistanaise. 

Le nouveau gouvernement devrait également dénoncer les puissances impérialistes et leurs institutions, y compris l’ONU et les autres organisations de « défense des droits de l’homme » à travers le monde. Il devrait appeler à la solidarité de la classe ouvrière à l’échelle internationale et inviter des représentants syndicaux de différents pays à annoncer leur soutien à ce mouvement, en commençant par les travailleurs de tout le Pakistan.

En fin de compte, la victoire finale du mouvement n’est possible que si le système capitaliste est renversé par une révolution socialiste, dans l’Azad Kashmir, et sur l’ensemble du sous-continent, y compris au Pakistan et en Inde.

Il faut établir une fédération socialiste qui mettrait fin une fois pour toutes à l’oppression nationale des Kashmiris, et libérerait des dizaines de millions de personnes dans toute cette région de la misère, de la pauvreté, des guerres sans fin et des bains de sang.

Toutes ces actions sont possibles dans cette situation. Chacun, dans l’Azad Kashmir, peut le ressentir au plus profond de lui-même, avec chaque goutte de sang qui coule. Mais ces mesures audacieuses et radicales nécessitent une direction dotée d’une vision large et d’une détermination révolutionnaire.

Nous avons assisté ces dernières années à des mouvements de masse dans toute la région – au Sri Lanka, au Bangladesh, au Népal. Ces gouvernements honnis ont été renversés lorsque des mouvements de masse ont éclaté, en quête d’une solution radicale aux problèmes des masses. Mais dans aucun de ces cas, le peuple n’a été capable de s’organiser et de prendre le pouvoir entre ses mains. En conséquence, ces changements de gouvernement n’ont apporté aucun soulagement à la population. Or, dans l’Azad Kashmir, cette possibilité existe – nous verrons dans les jours à venir si elle peut devenir réalité.

Les camarades du PCR interviennent dans ce mouvement et apportent ce message au peuple. Ils font partie de ceux qui sont confrontés à la brutalité de l’État et participent à l’organisation de la logistique et d’autres activités au sein du mouvement. Nos camarades femmes ont joué un rôle clé dans la mobilisation des femmes et dans la lutte contre les éléments conservateurs à cette fin. Dans les jours à venir, nos camarades sont prêts à accomplir tout devoir révolutionnaire et à consentir tous les sacrifices qui leur seront demandés pour assurer la victoire du mouvement.

Nous appelons tous les camarades de l’ICR et les travailleurs du monde entier à soutenir ce mouvement et à condamner la brutalité de l’État pakistanais.

Une attaque contre un est une attaque contre tous!

Travailleurs de tous les pays, unissez-vous!