
Depuis plus d’une décennie, le Service de police d’Ottawa (SPO) est visé par des plaintes au sujet de violences sexuelles persistantes commises contre des femmes. Devant la dernière vague d’indignation, le chef du SPO, Eric Stubbs, a été contraint d’aborder le problème dans une vidéo à usage interne.
« Des membres se servent de nos bases de données pour rencontrer des femmes. Ils repèrent une femme dans un café, au sortir de la salle d’entraînement ou en roulant à côté d’elle en voiture, notent son numéro de plaque d’immatriculation et le recherchent dans le système », a-t-il dit. « Nous avons vu nos membres envoyer des messages textes à des victimes vulnérables à la suite d’interventions auxquelles ils avaient participé, dans le but de développer des relations intimes. Nous avons vu nos membres formuler des commentaires à caractère sexuel à l’endroit de collègues, directement au travail. Cela se produit bien trop souvent. Nous avons vu du harcèlement sexuel, et nous avons vu des agressions sexuelles. »
Si franche que soit la vidéo, elle ne fait que confirmer un fait bien connu. L’examen interne en cours est le cinquième audit pour des cas d’inconduite sexuelle en 10 ans au sein du SPO, sans que rien ne change. En avril de cette année, un policier a été rétrogradé après avoir fait plus de 60 recherches sur ses ex-conjointes dans la base de données du service de police. De plus, une enquête pour agression sexuelle a été ouverte contre le président du syndicat de police.
Le message de Stubbs aux policiers est le suivant : « Changez de comportement, ou démissionnez. » Mais les victimes, de même que d’anciens agents du SPO, ont peu d’espoir que cette fois-ci, les choses diffèrent des quatre derniers examens internes.
Stubbs avance que la solution serait de créer un comité consultatif et de faire en sorte que le service atteigne 30% de policières. Mais il y a déjà 23% de femmes parmi les policiers, et le SPO disposait déjà d’un service d’enquête jusqu’à ce que Stubbs lui-même décide de le fermer…
La cheffe adjointe, Trish Ferguson, affirme que le problème ne concerne pas seulement « quelques pommes pourries ». C’est vrai. Ottawa n’est pas une exception. Les scandales réguliers à propos des abus de pouvoir dans les forces de police du Canada n’ont rien de surprenant. Le problème réside dans l’institution elle-même. La police est partie intégrante de la domination capitaliste – en dernière analyse, on compte sur elle pour réprimer la dissidence, maintenir « la loi et l’ordre » et protéger le système contre les menaces extérieures.
Par conséquent, la police est un pôle d’attraction pour certains des éléments les plus bornés et réactionnaires de la société. Pour maintenir leur loyauté, ces individus sont constamment placés au-dessus des lois et jouissent d’un puissant sentiment d’impunité dans leurs interactions avec la population. Les cas de harcèlement et d’abus qui en découlent forcément sont un prix que sont prêts à payer les pouvoirs en place afin de garder leurs « gars » sous leur emprise.
Le seul moyen de mettre fin aux abus de pouvoir de la police est d’éradiquer le système qu’elle défend.