
C’est presque devenu une tradition du début des classes. Chaque fois que les vacances d’été tirent à leur fin, un article sort dans les médias, révélant que des milliers de postes restent encore à pourvoir dans les écoles du Québec. Cette année, à deux semaines de la rentrée, le nombre s’élevait à 3132.
La pénurie de main-d’œuvre qualifiée en éducation est un fléau documenté. Dans les dix dernières années, ce n’est pas moins d’un professionnel de l’éducation sur dix qui a quitté la profession. On ne peut que les comprendre. Les groupes d’une trentaine d’élèves sont devenus monnaie courante, et on ne compte plus les histoires d’enseignants qui, simplement pour décorer leurs classes ou garnir leurs bibliothèques, doivent prélever un montant considérable sur leurs salaires déjà trop bas.
À ces conditions difficiles s’ajoute le fait que les bâtiments tombent littéralement en ruine. Au Québec, plus de la moitié (53%) des infrastructures scolaires sont jugées en mauvais ou en très mauvais état. Amiante et moisissure dans des murs fissurés, ventilation déficiente ou inexistante, « classes modulables » dans des roulottes au fond de la cour, risques majeurs d’incendie et d’inondation – ce ne sont là que quelques-unes des manifestations de cette statistique accablante.
Et ce n’est pas comme si notre société était pauvre. Le Québec est riche. Mais un gouvernement après l’autre a sous-financé ou coupé dans l’éducation depuis des décennies. Depuis les années 70, la part du PIB consacrée à l’éducation a diminué d’environ 17%.
Fait révélateur des priorités des partis politiques, au cours de la même période, la part consacrée à l’aide publique aux entreprises a plus que triplé. Chaque année, on estime à 2,5 milliards de dollars l’argent public gaspillé dans ce BS pour les riches. À titre de comparaison, le coût de la gratuité scolaire, de la maternelle à l’université, est estimé par l’IRIS à 1,2 milliard de dollars par année – soit moins de la moitié de cette somme!
Ce n’est pas comme si nous n’avions pas les moyens de financer l’éducation. Quelques chiffres pour donner une idée de la richesse qui existe dans la société : les bénéfices nets annuels des 10 entreprises aux plus gros chiffres d’affaires au Québec excèdent d’une bonne quinzaine de milliards de dollars le budget annuel en éducation; la fortune totale des 17 milliardaires du Québec correspond à plus du double du même budget. L’argent existe, mais il est usurpé aux travailleurs par des capitalistes qui se gavent sur leur dos.
Dans une société gérée rationnellement, les immenses richesses de la classe capitaliste pourraient être mobilisées pour répondre aux besoin urgents des travailleurs – en santé, en logements, en éducation, etc. Une économie socialiste, planifiée démocratiquement par les travailleurs, pourrait ainsi procéder à la réfection des bâtiments, à rehausser les salaires des enseignants, à offrir un accompagnement pédagogique adéquat pour chaque élève, etc.
Les écoles ainsi transformées, les professionnels de l’éducation seraient bien plus susceptibles de s’accrocher au métier. D’ex-travailleurs retourneraient sans doute à l’emploi. Les tâches de tous se trouveraient de cette façon réparties au sein d’un plus large bassin de personnel; la charge de travail de chacun en serait de beaucoup allégée. De leur côté, les étudiants feraient l’objet d’un accompagnement bien plus soigné, qui leur permettrait de développer pleinement leur potentiel. Une telle société pourrait accorder à l’éducation toute l’attention et toutes les ressources qu’elle mérite. C’est toute la qualité de l’éducation qui se verrait radicalement améliorée, au bénéfice de la société entière.