Quelque chose de pourri au royaume de Zelensky

L’ensemble de l’État capitaliste et oligarchique ukrainien est pourri jusqu’à la moelle et financé par des gouvernements européens prêts à tout pour combattre la Russie jusqu’à ce que la dernière goutte de sang ukrainien soit versée.
  • Jorge Martín
  • lun. 12 oct. 2026
Partager
Image : In Defence of Marxism.

L’Ukraine a été secouée par une succession de scandales de corruption qui ont atteint jusqu’aux plus hautes sphères de l’appareil judiciaire et policier. Derrière ces affaires se joue une lutte sérieuse entre plusieurs factions d’oligarques pour assurer leur mainmise sur le pouvoir politique.

Racket de protection

Le 4 septembre, le Bureau national anticorruption d’Ukraine (NABU) et le Parquet spécialisé anticorruption (SAPO) ont publiquement donné le coup d’envoi à l’« opération Carthage ». Il s’agit d’une enquête sur de graves allégations : des centaines de centres d’appels frauduleux auraient acheté une protection des autorités en soudoyant des officiels de haut rang dans la police et les services de renseignement ainsi qu’au bureau du procureur général. Chacune de ces entreprises versait apparemment 20 000 dollars par mois à ces membres de l’appareil d’État. Ce scandale de corruption aurait permis à ces derniers d’engranger jusqu’à 3,5 millions de dollars de revenus mensuels, simplement grâce à des pots-de-vin.

Le bureau du procureur général, notamment, est accusé de s’être réservé une commission de 7 000 dollars par centre d’appels sur les sommes mensuellement versées. Ruslan Kravchenko, procureur général, a été mis en cause dans des cas d’écoute téléphonique. Pourtant, il n’a jamais été arrêté ni poursuivi.

Douze heures environ après la perquisition de son bureau, Kravchenko a disparu des radars. Il a finalement refait surface pour rencontrer le président Zelensky, après quoi il a annoncé remettre sa démission. Puis, le 14 septembre, Kravchenko a fui le pays – tout en engageant à son tour des poursuites pénales pour corruption contre des dirigeants du NABU et du SAPO!

Les oligarques se disputent le pouvoir

Le NABU et le SAPO mènent une offensive politique contre Zelensky. 

À l’automne dernier, ils ont lancé l’opération Midas. Il s’agissait de démanteler un système de détournement de fonds et de pots-de-vin qui siphonnait de l’argent directement des caisses de la société d’État ukrainienne d’énergie nucléaire. L’opération ciblait l’oligarque Timour Minditch, un proche collaborateur de Zelensky. Le scandale qui s’en est suivi a mené à la démission du chef de cabinet de Zelensky, de son adjoint et de deux ministres – mais Zelensky lui-même, bien curieusement, s’est maintenu en place.

L’opération Midas semble avoir été déclenchée parce que Zelensky a tenté de restreindre l’indépendance officielle du NABU et du SAPO précisément au moment où ces agences étaient en train de mettre sous écoute ses proches collaborateurs.

Voilà qui explique pourquoi Kravchenko a reçu l’autorisation de quitter le pays. En échange d’informations qui permettraient à Zelensky de se débarrasser des regards indiscrets du NABU et du SAPO, Zelensky lui a donc offert un sauf-conduit.

Plusieurs factions d’oligarques se livrent une lutte d’influence politique en s’accusant mutuellement de corruption. Chacune de ces factions contrôle plusieurs politiciens, partis et franges de l’appareil d’État, et chacune d’entre elles est liée à diverses factions à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Ukraine.

Le NABU et le SAPO ont été créés à l’initiative du FMI et de l’UE après le renversement du président Ianoukovytch lors de l’Euromaïdan, en 2014. Au lieu de réduire la corruption, ils sont devenus des outils grâce auxquels l’impérialisme occidental influence la politique ukrainienne.

Le NABU et le SAPO auraient dans leur ligne de mire environ 65 députés. Cela permet aux deux entités d’exercer une influence sur les votes de ces politiciens, et ce, dans un contexte où l’UE fait pression sur l’Ukraine pour faire adopter une succession de « réformes » impopulaires auxquelles résiste Zelensky (pour ses propres raisons intéressées).

Pourri jusqu’à la moelle

Les opérations Carthage et Midas ne forment que la pointe de l’iceberg du régime oligarchique pourri, et elles touchent tant Zelensky que ses opposants.

Le 15 septembre, le NABU et le SAPO ont découvert un réseau de corruption impliquant Ukrnafta, la société nationale de pétrole et de gaz. Le groupe a illégalement siphonné 100 000 tonnes de produits pétroliers, ce qui représente environ 20% de tout le carburant vendu aux stations-service Ukrnafta. Parmi ceux qui ont été poursuivis se trouvaient des associés de l’oligarque Ihor Kolomoïsky, qui a autrefois aidé Zelensky à accéder au pouvoir, mais qui est aujourd’hui devenu son adversaire.

Un par un, les opposants politiques de Zelensky sont poursuivis, sanctionnés ou contraints à l’exil. La dernière en date est son attachée de presse, Ioulia Mendel, qui a été sévèrement punie par Zelensky pour avoir publiquement dénoncé sa politique et sa personne.

C’est sans parler de la fusillade entre des membres d’une unité spéciale du service de renseignement militaire (HUR) et du Service de sécurité d’Ukraine (SBU), qui est survenue à Kiev le 2 septembre. Il semble que le SBU aurait enlevé un néonazi qui appartenait au soi-disant Corps des volontaires russes (une unité militaire qui opère sous l’égide du HUR). Alors, des membres du HUR, armés, seraient intervenus pour le libérer. L’affrontement s’inscrit dans une lutte plus large pour le pouvoir et le contrôle entre plusieurs factions de l’appareil d’État, ce qui n’est sans doute pas sans rapport avec les scandales de corruption mentionnés plus haut.

En Occident, nous sommes tenus dans l’ignorance de ces scandales. Et pour une bonne raison : la guerre en Ukraine est financée au prix fort par les travailleurs européens. Si ce qui se passe vraiment en Ukraine venait à se savoir, il deviendrait impossible pour les gouvernements de justifier leur soutien.

L’ensemble de l’État capitaliste et oligarchique ukrainien est pourri jusqu’à la moelle et financé par des gouvernements européens prêts à tout pour combattre la Russie jusqu’à ce que la dernière goutte de sang ukrainien soit versée. Ce sont les travailleurs européens et ukrainiens qui sont contraints d’en payer le prix.