
La classe ouvrière québécoise subit un déferlement d’attaques. Les conditions de vie se dégradent, nos services publics s’effondrent en raison d’un sous-financement chronique et de coupes à répétition, et les syndicats viennent d’être attaqués.
Le ras-le-bol généralisé a mené à l’effondrement de la CAQ et la démission du premier ministre au début de l’année.
Mais cet assaut ne fait que commencer. À l’exception de Québec solidaire, tous les partis à l’Assemblée nationale veulent implanter des mesures d’austérité. S’ils évitent sciemment de prononcer l’impopulaire mot en A, leur langue de bois ne doit pas nous leurrer.
Le Parti libéral, qui veut faire du Québec le « paradis de l’entrepreneuriat », propose de réduire le fardeau fiscal des entreprises et de « remettre de l’ordre dans les finances publiques ». Le Parti québécois parle de réduire la « bureaucratie » de l’État et de rendre la fonction publique « plus efficace ». Le Parti conservateur, quant à lui, projette de mettre la hache dans la fonction publique et de privatiser une partie des services sociaux.
En fait, les partis bourgeois répondent aux exigences du patronat. Les récentes coupes de la CAQ en santé et en éducation, ainsi que la Loi 14 et le PL3 qui attaquent le droit de grève et le financement des syndicats – lois que veulent aussi maintenir ces autres partis – ne sortent d’ailleurs pas de nulle part.
Le capitalisme québécois, comme tout le capitalisme canadien, fait face à une crise existentielle. La productivité est au plus bas, la dette publique monte en flèche, et la guerre commerciale avec les États-Unis entraîne des pertes de parts de marché. Juste en janvier, les exportations du Québec ont reculé de 8,1%.
Dans ce contexte, la classe dirigeante a désespérément besoin de rendre le Québec attrayant pour l’investissement et de réduire la dette. En près de huit ans au pouvoir, la CAQ a fait passer le taux marginal d’imposition des entreprises de 12,8% à 7,9%. Mais il en faut plus : couper davantage dans les services publics et attaquer les conditions de travail. Et pour y arriver, elle a besoin de mater les syndicats. Quiconque succédera à la CAQ au pouvoir dans les prochains mois continuera d’appliquer ce programme.
En réalité, nous ne sommes qu’au début d’une grande bataille que prépare la classe capitaliste contre la classe ouvrière.
Et maintenant?
Devant ce scénario, comment le mouvement ouvrier s’organise-t-il pour lutter contre de telles attaques?
À l’automne, la présidente de la FTQ, Magali Picard, disait qu’on « est à la guerre » et a parlé d’organiser une « grève sociale » le 1er mai prochain contre les attaques sur les syndicats. Le 29 novembre dernier, une grande manifestation a été organisée par les grandes centrales syndicales, où plus de 50 000 travailleurs ont manifesté. C’étaient de très bons pas dans la bonne direction.
Mais depuis, c’est silence radio chez les centrales syndicales.
Pourtant, le moment ne pourrait pas être mieux choisi pour que le mouvement syndical parte à l’offensive. Aucun gouvernement de l’histoire récente ne s’est trouvé aussi affaibli que l’est actuellement la CAQ. En plus de la démission de Legault, presque tous les ministres ont annoncé qu’ils quittaient le navire. Seuls quelques rats, comme le détesté Drainville, restent à bord.
Les dirigeants syndicaux semblent toutefois n’avoir les yeux rivés que sur les élections qui approchent, dans l’espoir qu’un prochain gouvernement ne répétera pas les attaques de la CAQ. La CSN fait actuellement du lobbyisme auprès des autres partis politiques. Sa campagne « Faire front pour le Québec » vise entre autres à « élire un gouvernement qui passe moins de temps à se pavaner avec les patrons », et insiste sur le besoin « d’obtenir le soutien d’autres partis ». Dans la même perspective, Magali Picard a aussi affirmé que, pour faire abroger les récentes lois de la CAQ, « la seule opportunité qu’on a, c’est qu’on a des élections dans 10 mois ». Le 30 mars, des représentants de la FTQ, de la CSN, de la CSQ et de la FAE ont rencontré Charles Milliard, le nouveau chef du Parti libéral – le parti traditionnel du patronat québécois. Sidérant!

Mais nous ne pouvons pas croire que le PQ, les libéraux ou le PCQ feront autrement que la CAQ. Les attaques sur le mouvement ouvrier se poursuivront, que les dirigeants syndicaux le veuillent ou non. Rien sauf une lutte acharnée du mouvement ouvrier ne fera reculer fondamentalement ce gouvernement, tout comme le prochain.
La manifestation du 29 novembre a montré le grand potentiel pour une mobilisation générale contre l’austérité. Ce rassemblement a aussi donné un aperçu du rôle de direction que peuvent jouer les syndicats pour organiser les masses de travailleurs au Québec.
Ce qu’il nous faut, c’est une mobilisation en vue d’une véritable grève générale à l’ensemble de la province. Le slogan d’une « grève sociale » ne peut rester lettre morte.
Récemment, quelques groupes et syndicats locaux ont repris ce slogan pour mobiliser pour le 1er mai. Or, comme les dirigeants des grandes centrales se tournent les pouces, ce que de petits groupes peuvent accomplir est limité. Pour qu’un véritable mouvement vers une grève sociale se construise, le rôle de direction des syndicats est crucial.
Un plan concret de mobilisation devrait être élaboré par les principales centrales, culminant dans une première grève de 24 heures, et en développant un calendrier d’actions pour intensifier la mobilisation partout dans la province. Les immenses ressources des syndicats devraient être utilisées pour préparer un fonds de grève, coordonner une campagne d’éducation, organiser des assemblées de mobilisation dans tous les syndicats et dans tous les secteurs, etc.
Les manifestations comme celle du 29 novembre, et celle qui devrait avoir lieu le 1er mai, sont bien mais, pour être efficaces, elles doivent s’accompagner d’une sérieuse menace de grève. Elles doivent représenter une démonstration de force accompagnée d’une menace d’escalade des moyens de pression. Sans brandir la menace de grève, le gouvernement sait qu’il n’a pas grand-chose à craindre. L’alternative, se coucher et accepter l’offensive actuelle, n’est pas une option.
Le gouvernement et le patronat chercheraient à coup sûr à faire peur aux travailleurs, en plaidant qu’une telle grève générale est illégale, comme elle ne respecte pas les périodes et paramètres du droit de grève prévus dans les conventions collectives. Mais cet argument ne tient pas la route : même lors des périodes légales de grève, le gouvernement les interdit. La CAQ vient justement d’adopter une loi, la Loi 14, qui vise à permettre au gouvernement de déclarer n’importe quelle grève illégale.
Perspective révolutionnaire
Les dirigeants syndicaux conçoivent en général l’austérité comme un choix politique ou idéologique que font les gouvernements. Ce faisant, ils croient que nous pouvons convaincre les politiciens de changer d’idée.
Mais les attaques sur l’État-providence et sur les conditions de vie de la classe ouvrière ne sont pas une question de volonté. Ce sont des produits du capitalisme en crise.
Partout au Canada, le portrait est identique : le capitalisme ne peut plus se permettre de fournir des conditions de vie décentes à la majorité ouvrière.
Qu’il s’agisse des récentes coupes de Doug Ford en Ontario, du nouveau budget d’austérité néo-écossais ou des énormes compressions dans tous les ministères que prépare le gouvernement fédéral, la tendance est généralisée : les gouvernements doivent couper.
Ultimement, la seule façon de sortir de ce cul-de-sac est de mener une lutte révolutionnaire contre le capitalisme. C’est la raison pour laquelle la classe ouvrière a besoin de son propre parti pour mener la lutte contre la classe capitaliste jusqu’au bout.
C’est ce pour quoi se bat le Parti communiste révolutionnaire.