
Ce vendredi 12 juin, dans un geste sans précédent, les dirigeants du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) ont annoncé le démantèlement d’une équipe complète de patrouilleurs de nuit : suspension de deux policiers, et réaffectation de 14 autres membres du poste de quartier 39, dans Montréal-Nord.
Les quelques informations divulguées sont accablantes : ils se seraient mutuellement encouragés et coordonnés dans le profilage racial visant des personnes noires et des arabes. Ils sont allés jusqu’à collectionner des mèches de cheveux de leurs proies, des dreadlocks, comme des trophées de guerre.
Le directeur du SPVM, Fady Dagher, se dit « très surpris ». Ce ne serait que quelques pommes pourries, un cas extrême, du « jamais vu ». Mais personne n’est dupe. En réalité, ce que le SPVM a été forcé de divulguer n’est que la pointe d’un très hideux iceberg.
Rien de nouveau
La réalité c’est que ce qui est révélé par cette révoltante barbarie n’est ni nouveau, ni suprenant : la police est une institution profondément raciste.
Le cas du jeune Fredy Villanueva mort sous les balles du SPVM en 2008 est encore frais dans la mémoire. Son meurtre avait déclenché une émeute qui a mis Montréal-Nord et la pauvreté criante qui y règne sous les projecteurs. C’est justement pour éviter la répétition de ce genre de soulèvement que le SPVM essaie d’aller au-devant de la situation et appelle au calme.
Mais le racisme policier est bien vivant, une conclusion à laquelle en arrivent plusieurs enquêtes indépendantes. Un rapport datant de 2019 a révélé que les Autochtones, les Noirs et les Arabes sont ciblés par des interpellations arbitraires de façon disproportionnée. Le chef du SPVM à l’époque s’avouait « choqué » et promettait des « actions concrètes et rapides », mais niait toute possibilité de racisme systémique.
Un autre rapport indépendant publié par le SPVM lui-même en 2023 montrait à nouveau le caractère systémique des préjugés racistes de la police : les Autochtones ont 6 fois plus de chances d’être interpellés que les Blancs; les personnes noires, 3,5; chez les personnes arabes, 2,5.
Cette même année-là, Fady Dagher était nommé directeur du SPVM. D’origine immigrante, affirmant que la lutte contre le racisme n’est « pas un dossier, mais une cause » pour lui, il s’agissait manifestement d’un geste visant à redorer l’image du corps de police. Les révélations choquantes du weekend montrent que ce racisme est profondément ancré, nonobstant un changement cosmétique au sommet.
La police ne peut être réformée
Le fait que 16 policiers ont complètement dépassé les bornes au point d’être dénoncés par leurs collègues signifie que bien des exemples « moins pires » sont largement répandus. Dagher affirme d’ailleurs s’attendre à un « tsunami » d’autres dénonciations.
Devant ces révélations répugnantes, une grande partie de l’establishment politique se range derrière l’idée d’une enquête publique et indépendante, du Parti libéral du Québec jusqu’à Québec solidaire.
Cependant, comme nous venons de l’expliquer, des études indépendantes ont déjà eu lieu, et ont même été publiées par le SPVM lui-même, sans que quoi que ce soit ne change. Au mieux, une autre enquête ne fera qu’étoffer ce qui est déjà très bien documenté.
La mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, affirme aussi vouloir accélérer l’implantation de caméras corporelles. On se demande ce que ça va bien changer, puisque les policiers de Montréal-Nord se seraient eux-mêmes filmés en train de commettre leurs actes immondes.
De même, les policiers ont le loisir d’« oublier » de les allumer, comme nous le voyons à Toronto depuis leur implantation au début des années 2020. Il est même permis de le faire dans certaines circonstances. On peut être certain qu’il y aura des « oublis » pour toutes sortes d’interventions incriminantes. Nous ne pouvons avoir aucune confiance dans les « solutions » proposées par l’establishment, qui ne touchent pas à l’impunité dont jouit la police en général.
Dans une entrevue aujourd’hui, Dagher parlait d’aller « à la racine du problème ». Ces belles paroles sont vouées à un échec certain, car cette racine plonge jusqu’aux fondements du système capitaliste.
Pas de capitalisme sans racisme
La violence, le racisme et toute la pourriture qui caractérisent la police sont un reflet du système que les policiers protègent et servent.
Ce système, le capitalisme, c’est la domination de la société par une minorité de parasites exploiteurs, les Epstein de ce monde, qui accaparent toute la richesse de la société alors que la majorité de travailleurs doit se battre pour des miettes. Mais ces inégalités grossières ne pourraient tenir sans diviser les opprimés, sans monter les travailleurs les uns contre les autres. Le racisme et d’autres idéologies rétrogrades jouent ce rôle. Comme l’a dit Malcolm X: « Il n’y a pas de capitalisme sans racisme. »
Les groupes opprimés servent de bouc émissaire pour les échecs du système – logement, criminalité, écroulement des services publics, etc. Au lieu de blâmer la classe capitaliste pour nos misères, nous sommes invités à regarder vers l’immigrant, l’Autochtone ou autre. Et la pauvreté plus forte chez les personnes noires, arabes, autochtones, etc., renforcent les préjugés racistes, qui à leur tour renforcent leur pauvreté et leur exploitation.
Dans une telle société pourrie, les institutions qui défendent le système capitaliste deviendront inévitablement teintées de tous les préjugés de cette société. À cet égard, le SPVM n’est pas différent de la GRC, de la police de Repentigny, de Longueuil ou d’ailleurs.
Pour enrayer le fléau de la brutalité policière et du racisme systémique, il faut donc renverser le capitalisme qui les génère et les répand. Il faut exproprier ces parasites qui s’engraissent sur notre dos. Ainsi, les ressources nécessaires pour fournir des logements, des emplois et des services adéquats dans tous les quartiers seront libérées. Les travailleurs ne seront plus en compétition pour survivre. C’est sur cette base que les préjugés en tout genre commenceront à s’effacer jusqu’à ce qu’ils ne deviennent qu’un mauvais souvenir.
Il faut unir les travailleurs dans une grande lutte pour renverser ce système – il nous faut rien de moins qu’une révolution. Comme disait également Malcolm X : « nous ne sommes pas moins nombreux, nous sommes moins organisés. » Unir les travailleurs en vue d’une révolution socialiste, c’est la tâche à laquelle se consacre le PCR.