Un homme d’allure plutôt soignée, originaire du Nouveau-Brunswick, m’a demandé une cigarette à la gare. Il m’a expliqué qu’il était venu ici pour travailler dans le secteur de la construction, mais que « maintenant que toutes les maisons sont construites pour l’été, je me retrouve sans emploi ». Dans sa ville natale, il avait l’habitude d’attendre le matin à l’intérieur d’un Tim Hortons pour voir s’il pouvait trouver un petit boulot « … mais c’est différent d’être sans-abri ici. Personne ne veut te voir traîner tôt le matin. » Ses économies étaient épuisées, il n’était pas admissible à l’assurance-emploi et ne pouvait pas faire de demande auprès d’Alberta Works (aide sociale) parce qu’il n’avait pas de carte d’identité de l’Alberta. Je lui ai demandé s’il avait essayé l’agence d’emploi temporaire située quelques arrêts plus loin sur la ligne de train, et il m’a répondu qu’ils ne le laissaient pas attendre là toute la journée pour trouver du travail; il faut un cellulaire et attendre leur appel. Il m’a dit qu’il s’était déjà fait voler deux cellulaires dans la rue. Il est coincé.
« Un billet d’avion pour rentrer coûte 200 $, mais… », dit-il d’un ton résigné, « … plus on passe de temps dans la rue ici, plus on voit de la drogue, plus on a envie d’en prendre… »
Il est pratiquement impossible de trouver un emploi stable sans adresse fixe, et encore plus sans abri du tout. Cet homme pourrait « contribuer à la société » – et aimerait le faire –, si seulement la société lui en donnait l’occasion. Ce n’est pas seulement une question de volonté, c’est une question de moyens. La seule façon de briser le cercle vicieux de l’itinérance et de la toxicomanie est de garantir un logement et un emploi à tous. La première étape consiste à exproprier les propriétaires immobiliers parasitaires et à créer de véritables logements sociaux abordables afin d’éliminer les principaux obstacles à un emploi stable.