
En décembre et janvier, l’Iran a été secoué par un mouvement de masse qui a mené la République islamique au bord du gouffre. Ce soulèvement national a ébranlé le régime dans ses fondements, mais celui-ci a survécu. Alors que les Iraniens risquaient leur vie pour prendre leur destin en main, les vautours impérialistes tournaient au-dessus d’eux, attendant le moment opportun pour fondre sur eux et leur arracher le pouvoir.
Chaque année, la vie en Iran devient plus insupportable. Le pays croule sous l’inflation, le chômage et la pauvreté. Au cours des neuf dernières années seulement, le rial a perdu 90 % de son pouvoir d’achat. Dans le même temps, l’Iran est devenu le 15e pays au monde en termes de nombre de millionnaires en dollars. Il n’y a pratiquement plus personne qui soutient le régime. Les masses ont tenté de le renverser à quatre reprises dans les dernières années.
La plus récente tentative a débuté le 28 décembre, lorsque les commerçants de Téhéran ont fermé leurs boutiques pour protester contre l’effondrement de la monnaie iranienne. En seulement deux jours, la révolte s’est propagée parmi les jeunes et s’est transformée en un nouveau soulèvement national.
Le gouvernement a réagi en coupant totalement l’accès à Internet. Tout le monde savait que l’État préparait un massacre, mais les gens ont quand même manifesté.
Dans les régions kurdes, les partis communistes ont appelé à une grève générale et des milliers de personnes ont répondu à leur appel. Dans les rues, les jeunes Kurdes scandaient « Ni mollahs, ni shah, mais le pouvoir aux shorahs [soviets] ». À Ilam et Abdalan, les manifestants ont repoussé les forces de sécurité, et à Fasa, ils ont pris d’assaut le palais du gouverneur.
Le régime a réagi avec une brutalité sans précédent. Les forces de sécurité armées de mitrailleuses ont fauché les manifestants dans les rues, tuant des milliers de personnes.
Une campagne massive a été lancée en Occident pour soutenir le mouvement. Carney a déclaré : « Le Canada condamne le meurtre de manifestants et exhorte l’Iran à autoriser la liberté d’expression. » Tout le monde, de Trump à Starmer, s’est exprimé. Les mêmes commentateurs et politiciens qui étaient restés silencieux lors des mouvements de protestation de masse en Indonésie, à Madagascar et au Népal l’année dernière se sont soudainement montrés très préoccupés par les manifestations en Iran.
Trump est allé plus loin, menaçant « si l’Iran [tire] et tue violemment des manifestants pacifiques, alors les États-Unis interviendront pour les secourir ». Le compte du Mossad en Farsi sur X a déclaré de manière inquiétante : « Sortons ensemble dans les rues. Le moment est venu. Nous sommes avec vous. Pas seulement de loin et verbalement. Nous sommes également avec vous sur le terrain ».
L’hypocrisie ne pourrait être plus flagrante alors que les États-Unis eux-mêmes ont assassiné des manifestants au cours des dernières semaines et qu’Israël commet un génocide.
Les impérialistes et leur presse préparent le terrain pour une éventuelle intervention militaire en Iran. Le 28 janvier, Trump a menacé d’attaquer l’Iran s’il ne « concluait pas d’accord ». Au moment où nous écrivons ces lignes, un groupe de frappe navale américain mené par un porte-avions est apparemment en route vers le Moyen-Orient.
L’impérialisme américain n’a jamais pardonné aux masses iraniennes la révolution de 1979 qui a renversé le shah. Il veut récupérer sa possession coloniale. Quant à Israël, il veut mettre l’Iran à genoux afin d’assurer sa propre domination sur le Moyen-Orient.
L’un des candidats pour diriger un éventuel régime fantoche de l’impérialisme serait le fils du shah, le prince héritier Reza Pahlavi, qui est porté en triomphe dans les médias occidentaux, donne des interviews et est célébré dans des articles élogieux. En Occident, les manifestations de solidarité ont été détournées par les foules pro-Pahlavi, qui brandissaient des drapeaux israéliens et américains, ainsi que des drapeaux de la monarchie iranienne.
Mais les masses iraniennes se méfient à juste titre de l’impérialisme étranger avant tout. Les sanctions américaines sont en grande partie responsables du déclin économique du pays. Les masses ont souffert des bombardements israéliens au début de l’année dernière. Et elles se souviennent du régime horrible des Pahlavi et le détestent.
Les masses savent qu’un régime mis au pouvoir par les États-Unis n’apporterait rien de bon à la classe ouvrière iranienne. L’ingérence étrangère n’a donc fait qu’affaiblir le mouvement et rendre les massacres inévitables, car les couches décisives de la population iranienne – la classe ouvrière – ont préféré rester neutres. Elles préfèrent tolérer les mollahs plutôt que de permettre une prise de pouvoir impérialiste. C’est ce qui permet au régime de survivre pour l’instant.
En fait, si les travailleurs le voulaient vraiment, ils pourraient renverser le régime par une grève générale. Mais sans une direction indépendante, cela risquerait de créer un vide politique qui serait comblé par les impérialistes.
Pour sortir de cette impasse, un leadership indépendant est nécessaire. Les révolutionnaires iraniens doivent rapidement construire une alternative révolutionnaire claire, avec un programme socialiste, afin de rassembler la classe ouvrière iranienne.
C’est la seule alternative aux mollahs et aux impérialistes. Même si le régime est renversé, il ne suffit pas de changer les dirigeants. Le problème ne réside pas dans les mollahs ou les Pahlavi. Ce ne sont que des factions d’une même classe dirigeante parasitaire. Le capitalisme iranien, en raison de son retard, a recréé à plusieurs reprises les conditions propices à la dictature et à la pauvreté. Seule la prise du pouvoir par la classe ouvrière peut mettre fin à ce cycle.