
Le gouvernement de l’Ontario vient d’annoncer un projet d’envergure visant à racheter les condos des promoteurs immobiliers du Grand Toronto. Le plan consiste à acheter 2200 condos pour un coût estimé à 1,3 milliard de dollars. Si le gouvernement présente cette affaire comme un moyen d’augmenter le nombre de logements abordables, il n’est pas difficile de voir ce qui se trame vraiment : un immense sauvetage financier des promoteurs immobiliers.
Pendant des années, la droite a affirmé qu’accorder des allègements fiscaux et d’autres incitations aux promoteurs immobiliers permettrait d’augmenter l’offre de logements abordables. Mais comme nous l’avons toujours expliqué, compter sur le marché capitaliste pour créer des logements abordables relève de l’utopie. Le résultat n’est pas surprenant : les promoteurs de la région du Grand Toronto se retrouvent avec 22 000 logements invendus, et 35 000 autres logements sur le point d’être achevés de construire doivent bientôt arriver sur le marché. Nous sommes aujourd’hui confrontés à la situation absurde où le nombre de sans-abri atteint des records et les loyers sont inabordables, pendant que des dizaines de milliers de condos restent vides. Voilà le miracle du soi-disant « libre marché »!
Plutôt que d’offrir ces logements à ceux qui en ont besoin, les promoteurs privés – qui ne veulent pas vendre à perte leurs condos – préfèrent les garder en retrait du marché jusqu’à ce que les prix remontent à nouveau. Mais que ces promoteurs restent sans crainte : ils peuvent toujours compter sur Doug Ford pour renflouer leurs coffres!
Le Fonds ontarien pour la construction, avec l’aide de la firme d’investissement privé High Art Capital, doit financer ce projet. Bien que la plupart des fonds sont censés être levés par le secteur privé, plus de 300 millions de dollars viendront directement du gouvernement. Les logements seront rachetés pour un prix moyen de 590 909,09 dollars. Sachant que la valeur des condos a baissé d’un prix médian de plus de 700 000 dollars à seulement 545 000 dollars aujourd’hui, c’est une véritable bénédiction pour les promoteurs. Il s’agit aussi d’une énorme subvention pour High Art Capital, qui pige dans les caisses de l’État pour subventionner ces achats à hauteur d’environ 136 000 dollars par condo!
Ce rachat est justifié en prétextant que ces condos seront transférés sur le marché locatif et, par conséquent, participeront à faire descendre les prix des loyers. Mais, comme le dit l’adage, le diable est dans les détails. Ryan Roebuck, cofondateur et associé directeur de High Art Capital, se vante de ce que 25% des 2200 unités locatives seront « abordables ». Puisque les files d’attente pour du logement abordable à Toronto comptent plus de 100 000 candidats, l’impact sera minuscule.
En outre, les appartements seront gérés par des gestionnaires privés, qui s’arrangent toujours pour faire le plus de profit possible sur le dos des locataires. Ces firmes sont bien connues pour employer toutes les méthodes les plus répréhensibles, y compris les rénovictions et les hausses de loyer supérieures aux lignes directrices, afin de se remplir les poches.
Il n’y a pas de solution à la crise du logement sous le capitalisme, et ce n’en est là que le plus récent exemple flagrant.