
Le 27 décembre, le premier ministre Mark Carney a annoncé que le Canada verserait 2,5 milliards de dollars supplémentaires à l’Ukraine. Cela revient à jeter de l’argent dans un trou noir béant, alors même qu’il impose l’austérité et des coupes aux travailleurs.
Depuis le début de la guerre, le Canada a accordé près de 22 milliards de dollars en « aide multiforme » à l’Ukraine, dont 13,5 milliards de dollars en soutien financier direct. En pourcentage du PIB, personne n’a donné plus à l’Ukraine que le gouvernement canadien.
Ce nouvel engagement de 2,5 milliards de dollars n’est rien d’autre que de l’argent jeté dans un puits, car l’Ukraine a effectivement déjà perdu la guerre. Pendant des années, les médias occidentaux ont fait semblant de prétendre l’inverse en insistant pour dire que l’Ukraine avait une chance de gagner la guerre, mais maintenant ils ne peuvent plus nier que « les défenses ukrainiennes reculent plus vite qu’à n’importe quel moment depuis le début de la guerre ». Les désertions dans l’armée ukrainienne montent en flèche, et même les médias occidentaux admettent que « Zelensky perd le contact avec la réalité ». Il s’agit d’une guerre d’usure, et la Russie a l’avantage tant en hommes qu’en matériel; elle gagnera tôt ou tard.
En finançant l’effort de guerre ukrainien, Carney n’aide pas à « mettre fin à la guerre », comme il le prétend – au contraire, il prolonge le massacre. Les Ukrainiens ordinaires eux-mêmes en ont assez de la guerre : 69% souhaitent que l’Ukraine négocie une fin à la guerre dès que possible. Ce sont eux qui souffrent.
Pendant ce temps, ceux qui ont le pouvoir d’arrêter la guerre s’enrichissent fabuleusement grâce à elle. Le Canada ne paie pas seulement pour la guerre – nous payons aussi pour remplir les poches de fonctionnaires corrompus et d’oligarques.
Le 10 novembre, le Bureau national anticorruption d’Ukraine (NABU) a découvert un immense réseau de corruption, responsable du détournement de 100 millions de dollars d’Energoatom, la compagnie nationale de production d’énergie nucléaire d’Ukraine. Le NABU a arrêté cinq personnes, toutes appartenant à l’entourage de Zelensky et aux plus hauts niveaux du gouvernement. Ils auraient prélevé de 10 à 15% de chaque contrat d’Energoatom à titre de pots-de-vin. Le scandale est d’autant plus criant que les infrastructures énergétiques du pays s’effondrent sous les bombardements russes. Certaines régions subissent des coupures d’électricité et de chauffage de 16 heures par jour en plein hiver.
Bien que Zelensky lui-même n’ait pas été impliqué, il n’est pas au-dessus de tout soupçon. En juillet, il a tenté de museler le NABU avant de reculer face à d’énormes manifestations.
Ce scandale ne devrait pas être surprenant. Depuis l’effondrement de l’Union soviétique, l’Ukraine est dirigée par des oligarques mafieux. Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a qualifié l’Ukraine de « pays corrompu à tous les niveaux de la société ».
Rien de tout cela n’a toutefois donné à réfléchir au gouvernement canadien. Après le scandale du NABU, la ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, a déclaré que le soutien du Canada à l’Ukraine ne serait pas affecté. Elle a aussi dit, du ton de celle qui se veut rassurante, que le Canada avait proposé d’aider l’Ukraine à renforcer la surveillance et la transparence au sein du gouvernement pour prévenir la corruption. Elle n’a pas précisé si le gouvernement ukrainien avait accepté l’offre.
Ce qui est scandaleux, c’est que Carney offre ces largesses alors même qu’il prévoit un déficit de 78,3 milliards de dollars. C’est le deuxième plus gros déficit de toute l’histoire du Canada. Ce déficit s’ajoutera à la dette du Canada, et le paiement des intérêts sur cette dette devrait atteindre 76,1 milliards de dollars d’ici 2029 – plus que ce que le gouvernement fédéral dépense pour les soins de santé. Les déficits budgétaires, que le Canada accumule depuis des années, alimentent également l’inflation, ce qui représente un fardeau supplémentaire pour la classe ouvrière.
Pour tenter de maîtriser les problèmes de déficit, le dernier budget de Carney prévoit la suppression de 40 000 emplois dans la fonction publique fédérale. La réduction de 10% de la main-d’œuvre fédérale aura un effet réel sur la qualité des services pour les Canadiens ordinaires, y compris sur l’assurance-emploi, les prestations de garde d’enfants et le contrôle de la salubrité des aliments.
Soutenir militairement l’Ukraine coûte cher à plus d’un titre, mais Mark Carney voudrait nous faire croire que c’est un sacrifice qui en vaut la peine, pour protéger nos valeurs. « Le Canada est aux côtés de l’Ukraine, parce que sa cause – la liberté, la démocratie, la souveraineté – est notre cause », a-t-il déclaré. Cela ne vaut-il pas quelques misérables milliards?
Le problème, c’est que la « liberté, la démocratie, la souveraineté » sont manifestement les dernières choses qui préoccupent Carney. Sa réponse timorée à l’intervention criminelle de Donald Trump au Venezuela et à l’enlèvement du président Nicolás Maduro le prouve amplement. Sans mentionner que le soutien continu de Carney au génocide des Palestiniens par Israël donne à tout appel à la « liberté » et à la « souveraineté » une odeur nauséabonde d’hypocrisie.
Non, le Canada ne finance pas cette guerre par amour de la démocratie, mais pour ses propres intérêts impérialistes.
La guerre en Ukraine a commencé comme une lutte entre l’impérialisme américain et la Russie pour décider qui est le maître en Europe de l’Est. Le Canada s’y est joint en tant que fidèle laquais de Washington. Les fabricants d’armes canadiens comme CAE et General Dynamics y ont vu des opportunités d’affaires, et les capitalistes canadiens salivaient à l’idée de participer au pillage du pays une fois la guerre terminée. Pour obtenir une place à la table, Ottawa a dû mettre la main à la poche, ce qu’il a fait avec l’argent des contribuables.
Le plan de l’OTAN était d’entraîner la Russie dans un bourbier et de ruiner son économie – mais elle s’est lourdement trompée.
Trump voit les choses venir et il essaie de se retirer d’Ukraine depuis son arrivée au pouvoir. Dans le cadre de sa politique de « l’Amérique d’abord », il éloigne les États-Unis de l’Europe et de l’OTAN pour se concentrer sur un repli dans l’hémisphère occidental.
Seuls, les Européens sont trop faibles pour faire face à la Russie. C’est pourquoi ils continuent de jeter de l’argent dans le bain de sang ukrainien : pour essayer de faire durer la guerre le plus longtemps possible, pour garder les États-Unis impliqués en Europe le plus longtemps possible.
Quant à la classe dirigeante canadienne, elle s’accroche désespérément à un ordre mondial mourant. L’OTAN, avec les États-Unis à sa tête, dominait autrefois le monde, et l’impérialisme canadien en a énormément bénéficié. Trop faible pour défendre ses propres intérêts à travers le monde, l’impérialisme canadien est devenu totalement dépendant de l’impérialisme américain et de l’alliance de l’OTAN. Pendant des décennies, les entreprises canadiennes ont profité de cette situation, pouvant exploiter les ressources et la main-d’œuvre de pays partout en Amérique latine, en Asie et en Afrique, sans avoir besoin de dépenser des milliards dans l’armée pour défendre ces intérêts. Mais cette époque touche à sa fin.
Lorsque la guerre en Ukraine se terminera inévitablement par une défaite humiliante pour l’OTAN, elle portera un coup à cette alliance. Les États-Unis ont très peu d’intérêt à maintenir l’OTAN, car ils peuvent se débrouiller seuls – mais le Canada ne le peut pas. Une OTAN affaiblie signifie un impérialisme canadien affaibli. C’est pourquoi le Canada continue de soutenir l’Ukraine, dans l’espoir vain d’une victoire de l’OTAN.
Tous les discours nobles sur le fait de « se tenir aux côtés de l’Ukraine » et les mensonges sur la « défense de la démocratie » ne sont qu’un écran pour les tentatives désespérées du Canada de protéger ses propres intérêts, son prestige et son statut impérialistes.
Et ainsi, Carney continue de nourrir d’argent le monstre créé par l’OTAN et espère, contre toute évidence, que tout se passera bien.