Carney courtise les milliardaires

« C’est un peu comme une grande société cotée en bourse qui organise sa journée des investisseurs. »
  • Marissa Olanick
  • mar. 8 sept. 2026
Partager
Image : Révolution communiste.

Cent des fonds d’investissement les plus puissants au monde – qui gèrent en tout environ 120 000 milliards de dollars – enverront leurs dirigeants à Toronto en septembre prochain. Ils y participeront à un sommet au cours duquel Mark Carney leur présentera le projet « Canada, Inc. », grâce auquel il espère lever 500 milliards de dollars en investissements pour des projets d’envergure et ainsi inverser la fuite catastrophique de capitaux que le Canada a connue dernièrement.

Parlant de ce sommet au moment où il a été annoncé en avril dernier, le ministre des Finances François-Philippe Champagne a expliqué : « Le Canada fait l’objet d’un vif intérêt. Ce sommet vise donc avant tout à répondre à la question suivante : comment transformer cet intérêt en projets concrets et tirer profit de la dynamique que nous observons actuellement? »

L’« intérêt » et la « dynamique » auxquels Champagne fait référence sont le résultat des efforts constants de Carney pour rendre le Canada plus alléchant aux yeux des investisseurs. Ces efforts consistent notamment à démanteler la réglementation, à attaquer les travailleurs et à promettre des cadeaux aux entreprises. Bien sûr, tout cela ne servira à rien si les entreprises ne mordent pas à l’hameçon.

Comme l’a déclaré à propos du sommet Goldy Hyder, PDG du Conseil canadien des affaires : « Si nous ne parvenons pas à extraire rapidement nos ressources dans un cadre réglementaire favorable à l’investissement, nous allons encore une fois manquer notre chance. Et je ne sais pas à quel point nous sommes chanceux, mais nous n’avons pas les neuf vies d’un chat. »

D’où l’organisation de ce sommet. Son importance est telle que Carney aurait participé personnellement dans la préparation de l’événement, misant sur sa réputation et son réseau pour attirer des personnalités telles que Larry Fink, PDG de BlackRock, ainsi que des dirigeants de Blackstone, de JPMorgan Chase et de Berkshire Hathaway. Après avoir courtisé les invités lors d’un « dîner de gala » organisé dans un hôtel de luxe, Carney tentera de les convaincre des atouts des ports, de l’énergie, de l’intelligence artificielle et du secteur minier canadiens.

Comme l’a expliqué Michael Leduc, coorganisateur du sommet et administrateur de l’Office d’investissement du régime de pensions du Canada : « C’est un peu comme une grande société cotée en bourse qui organise sa journée des investisseurs. »

Ou plutôt, c’est comme une fête qu’organise Carney pour ses véritables électeurs. Carney, les libéraux et la démocratie bourgeoise en général ne sont pas au service du peuple, mais au service d’une classe.

Si les investissements suivent – ce qui reste très incertain –, ce ne sont pas les travailleurs canadiens qui en profiteront. Du Fonds pour un Canada fort aux modifications apportées au Code du travail, les réformes de Carney ont pour objectif d’attirer les entreprises en leur permettant de s’enrichir aux dépens de la classe ouvrière.

De plus, les travailleurs n’ont pas leur mot à dire sur les secteurs où devraient être dirigés les investissements. Il existe pourtant de nombreux domaines qui ont désespérément besoin de fonds : infrastructures délabrées, hôpitaux surchargés, agence nationale de lutte contre les feux de forêt – bref, des choses qui amélioreraient la vie des gens. Mais aucun de ces domaines ne constitue actuellement une source viable de profits privés. 

Plutôt, ce sont les centres de données consacrés à l’IA qui occupent une place prépondérante dans le discours de promotion de « Canada, Inc. », tandis que les collectivités remettent en cause et s’opposent à ces projets. Comme l’a laissé entendre le dernier budget de Carney, la privatisation des aéroports est à l’ordre du jour, ce qui se traduira sans aucun doute par une hausse des prix et une dégradation de la qualité des services.

On nous dit que nous vivons dans une démocratie. Mais les décisions qui comptent ne sont pas prises dans les urnes, ni même au parlement. Elles sont prises dans les salles de conférence d’hôtels de luxe par quelques dizaines de personnes.

Ces gestionnaires d’actifs disposent de ressources colossales, supérieures au PIB mondial de 2025. Cette richesse pourrait être utilisée pour améliorer la vie de millions de personnes. Mais cela se produira seulement lorsque les décisions ne seront plus prises en fonction de la recherche du profit, mais par des travailleurs ayant pris le contrôle démocratique de l’économie.