Colombie-Britannique : un cadeau de 3,2 milliards de dollars aux promoteurs immobiliers

Il n’y a pas de meilleur exemple de la crise du capitalisme que des milliers d’appartements vides en pleine crise du logement.
  • Matt Areán Kneller
  • mar. 21 juill. 2026
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Image : Thomas Wilczynski/Flickr.

Entourés de tours de condos invendus coûtant un million de dollars, Mark Carney et David Eby ont annoncé que les responsables de la crise du logement en Colombie-Britannique recevront 3,2 milliards de dollars pour racheter leurs condos invendus. Une mesure similaire a été mise en place en Ontario par les conservateurs de Doug Ford.

À Vancouver, les travailleurs consacrent 60% de leurs revenus au loyer, et le prix des condos se situe entre 800 000 et bien plus d’un million de dollars. Il va sans dire qu’ils sont complètement inabordables. Même la plus grande association de promoteurs immobiliers de Colombie-Britannique le reconnaît en avouant : « Nous ne construisons plus ce que les gens peuvent se permettre d’acheter. » Comme l’a déclaré un courtier hypothécaire : « Ils ont engrangé de l’argent comme des barons voleurs. […] Pendant 20 ans, ils ont récolté les fruits de leurs ventes, n’ayant de cesse de faire grimper les prix, et ils ont fait fortune. »

Les promoteurs immobiliers ne sont pas les seuls responsables : le gouvernement fédéral et toutes les grandes banques étaient au courant de ce qui se passait, mais n’ont rien fait pour y mettre fin.

Le coût élevé du logement est le principal moteur de la crise du coût de la vie en Colombie-Britannique, ce qui a entraîné une baisse de la population de la province puisque les travailleurs déménagent vers des régions plus abordables. Simultanément, depuis mai 2025, le nombre de condos invendus à Vancouver a explosé de 76%, s’élevant désormais à 4376 unités tandis que des centaines d’autres sont sur le point d’arriver sur le marché. En d’autres termes, les promoteurs privés ont construit des logements que personne ne peut se permettre d’acheter et se retrouvent aujourd’hui face à des pertes de plusieurs milliards de dollars.

Justifiant faiblement le plan de sauvetage, Carney a déclaré : « Les promoteurs sont dans une impasse. Ils ne veulent pas vendre à perte. » Le gouvernement a présenté cette mesure comme un moyen de créer des logements abordables, mais cela sonne creux alors que le NPD de la Colombie-Britannique vient de réduire de 1,4 milliard de dollars son fonds dédié au logement abordable – soit presque exactement la même somme qu’il a versée à ces promoteurs parasitaires.

Comme en 2008, Carney et Eby utilisent des milliards tirés des poches de ceux qui souffrent de la crise du coût de la vie pour renflouer ceux qui en ont le plus profité. La course aux plus grandes marges de profit a multiplié les luxueuses « boîtes à chaussures dans le ciel » à Vancouver, tandis que la demande pour des logements abordables reste constamment insatisfaite. Bien qu’en tant que travailleurs, nous n’ayons pas les moyens d’acheter nous-mêmes ces condos, nous sommes tout de même contraints de les financer.

Emily Lowan, la cheffe du Parti vert de la Colombie-Britannique, a raison de dire : « Nous avons besoin de plus de logements, mais renflouer les promoteurs immobiliers revient simplement à socialiser les pertes et à privatiser les profits. » Son projet visant à construire des milliers de logements abordables appartenant à l’État est un pas dans la bonne direction, mais il existe déjà des milliers de logements vides qui pourraient accueillir des personnes dès aujourd’hui. Le problème, c’est qu’ils appartiennent à des entreprises jugées « trop grandes pour faire faillite ». C’est pourquoi les communistes disent que si une entreprise est trop grande pour faire faillite, elle est assez grande pour être nationalisée.

Les nationalisations effraient les défenseurs du capitalisme qui affirment avoir un « droit » à la propriété privée parce que les capitalistes assument tous les risques – mais où est le risque si, dès que vous subissez une perte, l’État vient à votre secours? Si les promoteurs savent qu’ils seront tout simplement renfloués par l’État, ils ne baisseront pas les prix de leurs propriétés, mais se contenteront plutôt d’attendre le prochain plan de sauvetage.

En réponse à l’annonce d’Eby et Carney, le chef du Parti conservateur fédéral, Pierre Poilievre, et la cheffe du Parti conservateur de Colombie-Britannique, Kerry-Lynne Findlay, ont dénoncé le plan de sauvetage. Findlay affirme que « les forces du marché feront baisser les prix jusqu’à ce que les gens puissent se les permettre [de les payer] ». Mais elle n’a nullement l’intention de laisser les promoteurs immobiliers faire faillite. Plutôt qu’un plan de sauvetage, Findlay appelle le gouvernement à réduire les impôts des promoteurs immobiliers, afin de permettre à ces parasites de réaliser plus facilement des profits.

Les deux camps dans ce débat respectent scrupuleusement les droits des promoteurs privés qui ont fait grimper le prix des logements. Eby et Carney proposent de les renflouer, tandis que Findlay et Poilievre proposent de réduire leurs impôts.

Il n’y a pas de meilleur exemple de la crise du capitalisme que des milliers d’appartements vides en pleine crise du logement. En expropriant les parasites que sont les promoteurs immobiliers privés et les fonds d’investissement et en intégrant la construction de logements à un plan socialiste de production, nous pourrions non seulement éliminer l’itinérance du jour au lendemain, mais aussi garantir le logement pour tous.