Coupe du monde : Le capitalisme gâche le sport

Au lieu d’être une célébration du jeu, la Coupe du monde est devenue une fête pour les riches.
  • Oliver Lue
  • jeu. 11 juin 2026
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Image : FIFA

    La Coupe du monde 2026 de la FIFA se déroulera au Canada, au Mexique et aux États-Unis du 11 juin au 19 juillet. Alors que des millions de personnes dans les pays hôtes et du monde entier aimeraient assister au tournoi, les prix exorbitants des billets les en empêchent. Pire encore, c’est toute la population qui doit supporter le fardeau de milliards de dollars que coûte ce tournoi, alors que tous les profits vont à la FIFA. Au lieu d’être une célébration du jeu, la Coupe du monde est devenue une fête pour les riches.

    La Coupe du monde de cette année s’annonce comme l’événement sportif le plus dispendieux et le plus profitable de tous les temps, avec des recettes qui devraient dépasser les 14 milliards de dollars. Les fans se font tout simplement plumer, au point que l’organisation de fans Football Supporters Europe a qualifié les prix des billets d’« extorsion » et de « trahison monumentale ».

    Toronto et Vancouver sont les villes hôtes de la Coupe du monde pour le Canada, où les billets les moins chers pour le match d’ouverture du Canada coûtent entre 1300 et 3035 dollars! Entre-temps, les billets pour la finale ont été remis en vente à deux millions de dollars américains (près de 2,8 milliards canadiens).

    Il n’est donc pas surprenant qu’un sondage Angus Reid ait révélé que 84% de ceux qui étaient « très intéressés » à regarder le tournoi ont dit que les coûts étaient trop élevés pour qu’ils puissent y assister.

    Les prix vertigineux gâchent également l’expérience des fans qui ont la chance d’avoir des billets. Joe Burrow, quart-arrière de l’équipe des Bengals de Cincinnati de la NFL, a décrit l’ambiance au Super Bowl de 2022 comme « similaire à un souper d’affaires ». Voilà ce qu’est devenu le sport en direct.

    Le règne de la FIFA

    Ce ne sont pas que les fans qui assistent aux matchs qui se font arnaquer : toute la population en fait les frais puisque la FIFA oblige les pays hôtes à signer des contrats faramineux pour pouvoir accueillir les matchs. En vertu de ces contrats, les villes hôtes doivent prendre en charge l’intégralité des coûts du tournoi, de l’organisation de cortèges privés pour les VIP de la FIFA au maintien de l’ordre, en passant par la protection des marques de la FIFA et de ses commanditaires.

    Les opérations policières prévues à Toronto et à Vancouver promettent d’être parmi les plus grandes et les plus sophistiquées que ces deux villes aient jamais connues. Les autorités de Vancouver estiment que le coût du déploiement des forces de police rien que dans leur ville dépassera le milliard de dollars!

    Les travailleurs qui vivent ou travaillent proche des sites de la Coupe du monde subiront des « répercussions considérables sur leur liberté de circulation en raison des fermetures de rues et des zones de sécurité », sans pour autant pouvoir profiter du tournoi lui-même.

    Le plus scandaleux est probablement que les villes hôtes sont tenues de protéger la marque de la FIFA dans une « zone exclusive » de deux kilomètres de rayon autour des stades de la Coupe du monde! À l’intérieur de ces zones, « la ville doit contrôler l’affichage, enlever les affiches concurrentes et limiter les vendeurs non affiliés » pour créer un « paysage soigné réservé aux commanditaires » pour la FIFA et ses commanditaires monopolistiques, tels que Visa, Coca-Cola et la compagnie pétrolière Saudi Aramco. 

    Pendant que les services d’urgence des hôpitaux ferment leurs portes par manque de financement, réjouissez-vous : les fonds publics servent au moins à empêcher le pub du coin d’utiliser les termes « Coupe du Monde » ou « FIFA » sur un écriteau!

    En tout, les coûts pour les gouvernements sont estimés être d’au moins 82 millions de dollars par match, et même ce chiffre est probablement une sous-estimation. Les gouvernements tentent de justifier le coût colossal du Mondial en promettant un milliard de dollars de revenus du tourisme, mais, comme l’a affirmé Jules Boykoff, un professeur de science politique et d’administration publique, ce sont « habituellement les grands commanditaires qui empochent les revenus supplémentaires et non les entreprises locales ». Ce n’est donc pas surprenant que 12 des 14 dernières Coupes du monde depuis 1966 aient entraîné des pertes financières pour les pays hôtes. Compte tenu de tout ça, c’est assez pratique que les contrats avec les villes hôtes prévoient d’indemniser la FIFA pour toutes pertes causées par des manifestations ou des grèves!

    Toute cette générosité publique est au service d’une organisation avec un historique sordide de corruption et de scandales. Bien que la FIFA se présente comme une « organisation à but non-lucratif », il y a très peu de transparence et des millions de dollars qui devaient revenir aux organisations régionales ont été détournés par les officiels. Une commission d’éthique menée par Michael Garcia, l’ancien procureur des États-Unis, a révélé que la culture organisationnelle de la FIFA repose sur « la cupidité, le secret et la corruption ».
    Le capitalisme gâche le sport. Comme l’a dit un  animateur de podcast : « La Coupe du monde est censée être le tournoi du peuple. Le sport qui appartient à tout le monde. Le jeu pratiqué dans les favelas, les cours des logements sociaux, les parcs et les écoles. » Pour que les travailleurs puissent profiter du « roi des sports », comme on l’appelle, nous devons le reprendre entre nos mains (ou nos pieds).