
Nous vivons une époque charnière. L’ordre mondial établi après la Seconde Guerre mondiale est en train de s’effondrer. Les nuages noirs de la guerre et de la crise climatique assombrissent l’horizon. Tous les pans de la société s’enfoncent dans une crise profonde. L’une après l’autre, les institutions du statu quo sont remises en question. Sous la surface, on sent gronder la colère.
Devant une société en crise, les gens ordinaires cherchent une voie de sortie. On le voit avec la popularité des populistes de droite comme Trump et de politiciens se disant socialistes comme Zohran Mamdani à New York.
Mais au Québec, en pleine année électorale, aucun parti politique ne reflète vraiment cette humeur. Alors que la conscience des jeunes et des travailleurs se voit remodelée sous les coups de burin du génocide en Palestine, du scandale Epstein et de la (contre-)révolution de l’IA, nos politiciens vivent sur une autre planète.
Même vieille cassette
Les travailleurs québécois font face à des problèmes urgents comme l’effondrement des services publics, la crise du logement, l’accroissement du coût de la vie, etc. Une étude récente révélait que la mobilité sociale décline au Québec. Pendant que les Metro et Loblaws, les BMO et BN, les Suncor et Enbridge font des profits records, les villes de tentes et les files aux soupes populaires grandissent.
Et pourtant, à l’approche des élections, les partis en lice pour le pouvoir n’ont peut-être jamais eu aussi peu à offrir. Le chef du PLQ, Charles Milliard, affirme qu’il faut gérer les finances publiques avec « rationalité » et créer un « climat d’affaires favorable ». PSPP, quant à lui, parle de faire des « choix difficiles » avec les dépenses publiques et de créer un « environnement d’affaires parmi les plus intéressants au monde ».
Cette cassette est bien connue. C’est le langage de l’austérité et des coupes, le langage des cadeaux au patronat, prétendument pour l’inciter à créer des emplois. Sur le fond, c’est le même programme que la CAQ, aujourd’hui détestée après deux mandats.
Le seul parti qui essaie de puiser dans l’humeur anti-establishment est le Parti conservateur d’Éric Duhaime. Mais Duhaime est un piètre démagogue. Lui aussi propose l’austérité, qui selon lui, ne va pas assez loin – il propose de couper 47 milliards de dollars sur cinq ans!
Cela n’augure rien de bon pour les travailleurs. Selon toute probabilité, le prochain gouvernement entrainera le Québec plus loin dans la voie de l’austérité, approfondissant la crise du coût de la vie. Il n’est donc pas surprenant que trois semaines avant le déclenchement des élections, encore 49% de l’électorat était indécis, du jamais vu selon le sondeur Jean-Marc Léger.
Il n’y a pas vraiment d’enthousiasme pour quiconque. Plus encore, selon le plus récent sondage Pallas Data, les Québécois ont une opinion plus défavorable que favorable de tous les chefs des partis. Les cinq ont entre 46 et 59% de Québécois ayant une opinion défavorable d’eux.
Que fait Québec Solidaire?
Il y a bien sûr Québec solidaire, dont le discours et les promesses s’écartent du statu quo austéritaire. S’inspirant du populaire maire de New York, le parti promet par exemple la création de 15 épiceries publiques pour essayer de réduire le prix des aliments, une proposition qui n’est pas sans mérite, mais qui pour fonctionner exigerait que QS s’engage dans une bataille contre les géants de l’agroalimentaire.
Mais QS ne convainc pas grand-monde, précisément parce que le parti baisse les bras à chaque bataille. Presque chaque fois que le parti fait face à l’opposition de l’establishment capitaliste, il se désiste et adopte une proposition moins « radicale ». Par exemple, après avoir été attaqué pour son impôt sur les fortunes supérieures à 1 million de dollars, la proposition du parti est passée à une taxe sur les fortunes de 25 millions de dollars!
Les dirigeants du parti s’évertuent à expliquer que cette proposition ne vise que « l’argent de poche » des riches, et les invitent même à « discuter » avec QS s’ils sont inquiets. Pas de quoi inspirer ceux qui détestent les crétins comme Luc Poirier et François Lambert.
Un cas encore plus frappant est celui de la crise du logement. Devant la situation épouvantable pour les locataires, QS propose d’arrimer les loyers à l’inflation – une mesure tellement « modérée » qu’il est difficile de dire s’il s’agirait d’un progrès. Cela ne ferait rien pour soulager les locataires déjà pressurisés par l’inflation. En fait, cela n’est pas très différent de la nouvelle méthode de calcul du Tribunal administratif du logement.
Le parti essaie depuis des années de paraître raisonnable aux yeux de ceux qui sont confortables avec le statu quo, comme avec le fameux « parti de gouvernement » de Gabriel Nadeau-Dubois. Est-il alors surprenant qu’il n’arrive pas à susciter l’enthousiasme et la confiance de ceux qui ont soif de changement?
Paradoxalement, précisément quand l’échec des institutions du statu quo est devenu de plus en plus évident, Québec solidaire s’est détourné de ses racines anticapitalistes.
Québec solidaire offre actuellement la seule solution de rechange aux quatre partis du patronat qui soit susceptible de faire élire des députés. Pour cette raison, malgré les déceptions que provoque QS, une frange de la jeunesse et des travailleurs orientés à gauche pourrait de nouveau porter ses espoirs sur le parti et ainsi éviter le bain de sang que certains sondages annoncent pour lui.
En l’absence d’une meilleure option, nous n’avons pas l’intention de les décourager de voter QS. Mais nous devons dire que les travailleurs et la jeunesse du Québec méritent mieux.
Un programme radical
Nous savons quels sont les problèmes : il manque de personnel dans les hôpitaux et les écoles, et il faut rebâtir et rénover les infrastructures; il manque de logements abordables; les salaires n’ont pas suivi l’inflation; il faut un plan de transition écologique, etc.
Et ce n’est pas comme si les ressources manquaient. Le Québec est l’un des endroits les plus riches au monde. Mais la crise exige des solutions radicales. Il va falloir reconnaître qu’on ne peut plus se permettre de protéger les vaches sacrées du capitalisme.
Selon l’orthodoxie ambiante, la propriété privée des capitalistes sur les grands leviers de l’économie est intouchable. Tous les partis s’entendent sur cette question. Au mieux, QS propose de gruger sur les bords, en augmentant un peu les taxes des ultra-riches.
Mais qu’est-ce que les capitalistes ont fait avec leur contrôle sur les logements? Ils ont créé une crise du logement et causé l’émergence de villes de tentes dans les grandes villes.
Qu’est-ce que les pétrolières et autres entreprises de l’énergie ont fait de leur contrôle sur les ressources énergétiques? Elles ont provoqué une crise climatique qui menace la civilisation humaine.
Qu’est-ce que les banques ont fait de leur contrôle sur les quantités massives de capitaux accumulés de toute la société? Elles ont semé la misère parmi l’abondance extrême.
Et il faudrait que nous respections leur propriété privée, au nom de quelque droit divin qu’ils se sont arrogé?
En expropriant les banques et les 200 plus grandes entreprises au Québec et au Canada, nous aurions les moyens d’instaurer un plan de production rationnel pour répondre immédiatement aux besoins urgents.
Les richesses incalculables des grands capitalistes pourraient remettre les systèmes d’éducation et de santé sur pieds, financer une transformation historique de l’économie vers les énergies vertes, et payer pour un plan massif de construction de logements. Nous pourrions instaurer un immense réseau d’épiceries publiques pour remplacer les profiteurs comme Loblaws, Metro, Sobeys, etc.
Ces mesures socialistes seraient les premiers pas vers une économie contrôlée de façon démocratique par les travailleurs, c’est-à-dire les vrais producteurs de richesses, au lieu d’une minorité de capitalistes qui s’enrichissent sur notre dos.
Le jugement est sans appel. Le règne des milliardaires est un échec. Leur système, c’est le système Epstein – un système corrompu, violent, génocidaire, destructeur. Ils ont perdu leur droit de gouverner. Il est temps qu’un parti se lève et organise les travailleurs, pour retirer l’économie des mains de ces parasites.
Moins organisés
Selon ce qu’indiquent les sondages au moment d’écrire ces lignes (peu de temps avant le déclenchement de la campagne électorale), le prochain gouvernement sera formé par un PQ minoritaire.
Nous ne prétendons pas pouvoir prédire l’avenir, mais nous pouvons être certains d’une chose : comme le prochain gouvernement continuera de servir le patronat, il ne réussira à régler aucun des problèmes urgents auxquels font face les travailleurs. La crise du système ne va aller qu’en empirant.
Devant les horreurs du système en crise, beaucoup de gens à gauche sont déroutés et démoralisés. Nous, communistes, au contraire, sommes plus optimistes que jamais. Derrière les nuages perce le soleil. Nous n’entrons pas seulement dans une époque de guerres et de contre-réformes, mais aussi dans une époque de révolutions.
On ne compte plus les soulèvements populaires et révolutions à travers le monde dans les dernières années. Juste l’an dernier, la vague des « révolutions Gen Z » s’est propagée du Maroc au Népal en passant par l’Indonésie, le Timor-Leste et Madagascar. Quant à l’Europe, elle s’est soulevée dans une vague de grèves générales à l’automne dernier, en partie en solidarité avec la Palestine.
Même aux États-Unis, plus tôt cette année, les raids anti-immigrants de l’ICE ont provoqué la première grève générale à l’échelle d’une ville depuis la Seconde Guerre mondiale, à Minneapolis.
De telles explosions se préparent ici aussi. Le malaise social est palpable. Le Québec connaît une augmentation des grèves depuis plusieurs années. L’humeur anti-système grandit de jour en jour, particulièrement chez les jeunes. Un récent sondage Abacus Data l’a montré : seuls 31% des jeunes Canadiens de 18-29 croient qu’un changement est possible à travers le vote et la politique normale. Et en plus, 26% des jeunes ont une opinion favorable du communisme!
Mais ce qui manque en ce moment, c’est une direction politique capable d’organiser la colère ambiante et de la mobiliser derrière un programme socialiste pour renverser l’ordre établi.
Les capitalistes ont leurs partis. La jeunesse et les travailleurs du Québec ont besoin du leur. Comme disait Malcolm X, nous ne sommes pas moins nombreux, nous sommes moins organisés. Bâtir un tel parti, c’est la tâche que se donne le Parti communiste révolutionnaire.
Le Québec n’est pas sur une autre planète, comme semblent le penser nos politiciens. Ici aussi, l’avenir nous réserve des soulèvements populaires. La question n’est pas de savoir si, mais quand une révolution surviendra. Et surtout, s’il existera un parti capable de la mener à la victoire, pour mettre fin au règne des milliardaires. Nous n’avons pas de temps à perdre. Nous invitons tous ceux qui veulent renverser ce système à nous rejoindre.