
La guerre que mènent les États-Unis et Israël contre l’Iran cause des souffrances immenses pour les Iraniens, ainsi que le reste des peuples du Moyen-Orient. Cependant, les travailleurs du monde entier souffrent aussi des retombées économiques de la guerre. La fermeture du détroit d’Ormuz a provoqué une envolée du prix du pétrole brut de 50% depuis le début du conflit. Les gens ordinaires, qui peinent déjà à joindre les deux bouts, voient le coût de la vie grimper. Les barons du pétrole canadiens, eux, s’en mettent plein les poches.
Profiter de la mort
Pendant que le Moyen-Orient souffre, les capitalistes des secteurs pétrolier et gazier de pays comme le Canada voient cette situation comme une véritable manne. Ils ont dû sauter de joie en apprenant que des pluies de bombes semaient la terreur chez leurs principaux concurrents. Selon certaines estimations, ils pourraient faire jusqu’à 90 milliards de dollars de profits supplémentaires en raison de la guerre. Les dirigeants de Canadian Natural Resources Limited ont même annoncé une hausse généreuse de leur dividende trimestriel.
Mais d’où proviennent ces nouveaux profits? Les travailleurs ont été contraints de payer le prix fort à la pompe. Le prix de l’essence a bondi de près de 30% en moyenne et continue de grimper, atteignant 2 dollars le litre dans certaines régions du pays.
Cela découle entièrement de la logique du marché capitaliste. Les infrastructures pétrolières et gazières au Canada n’ont subi aucun dommage; pourtant, une guerre à l’autre bout du monde a créé des conditions permettant aux barons du pétrole de tirer des profits mirobolants de la pénurie.

En Alberta, la droite colporte le mythe selon lequel l’augmentation des profits des barons du pétrole serait bénéfique pour les travailleurs. Mais alors que ces derniers devront payer plus cher à la pompe, ces profits ne seront pas partagés avec eux. Par exemple, lors de la crise de l’essence déclenchée par la guerre en Ukraine, 50% des bénéfices des entreprises pétrolières et gazières américaines sont allés au 1% le plus riche de la population.
Effet domino
Bien que la hausse du prix de l’essence soit déjà douloureuse, le pire est à venir. Le prix élevé du pétrole brut fait grimper le coût de pratiquement tout. Qu’un produit soit expédié, cultivé, fabriqué, extrait ou raffiné, il est presque certain qu’un dérivé du pétrole brut est entré dans sa production. Si les produits dérivés du pétrole coûtent plus cher, cela crée un effet domino sur l’ensemble du système. Selon la firme Capital Economics, « une hausse de 5% du prix du pétrole ajoute environ 0,1 point de pourcentage à l’inflation dans les économies développées ».
Le monde carbure au diesel. La vaste majorité du transport de marchandises est assurée par des navires, des trains et des camions, qui fonctionnent tous au diesel et qui doivent maintenant composer avec des coûts de carburant beaucoup plus élevés. Ces coûts finiront par se répercuter sur l’ensemble de l’économie.
Prenons l’exemple d’une miche de pain. Le prix de l’engrais à base d’urée a monté en flèche de près de 30% depuis le début du mois, une grande partie de l’approvisionnement transitant par le détroit d’Ormuz. Cette hausse survient juste à temps pour imposer des prix abusifs aux agriculteurs lors des semis de blé de printemps dans les provinces des prairies. Ajoutez à cela une augmentation de 30% du coût du diesel pour faire fonctionner les tracteurs, le transport des grains, ainsi que la hausse des coûts énergétiques pour transformer le blé en farine. Tous ces frais se cumulent et font grimper le prix du pain à l’épicerie.
Combien de temps cela durera-t-il?
La situation économique actuelle inquiète certains économistes qui redoutent la « stagflation » : une période caractérisée par une inflation élevée jumelée à une récession. Le Fonds monétaire international (FMI) estime que chaque hausse persistante de 10% du prix du pétrole entraîne une diminution de la production économique de 0,1 à 0,2%.
La crise actuelle rappelle celle des années 1970, lorsqu’un embargo pétrolier avait déclenché une crise majeure du capitalisme, plongeant le monde dans la récession. Lors du second choc pétrolier en 1979, de 4 à 5% de l’approvisionnement mondial en pétrole a été interrompu pendant sept mois. Les prix du pétrole sont demeurés au moins deux fois plus élevés – et dans certains cas, cinq fois plus élevés – qu’ils ne l’étaient avant 1973, et ce, pendant les 13 années suivantes.
Aujourd’hui, 20% de l’approvisionnement mondial de pétrole est hors circuit dans la région productrice la plus importante de la planète. On qualifie déjà cet événement de « plus importante perturbation de l’approvisionnement de l’histoire ».
L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a ordonné de libérer une quantité record de 400 millions de barils de pétrole provenant des réserves stratégiques. Bien que cela ait permis de stabiliser les prix, ce n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan. Vingt millions de barils de pétrole manquent à l’appel chaque jour, et les pays membres de l’AIE ont déjà épuisé près du quart de leurs réserves.
La différence entre les années 70 et aujourd’hui réside dans le fait qu’à l’époque, les infrastructures et les champs pétroliers étaient demeurés largement intacts. Aujourd’hui, ils sont la cible de drones et de missiles. Plus les actifs énergétiques seront endommagés par cette guerre, plus les prix du pétrole resteront élevés longtemps, et plus la situation sera précaire pour les gens ordinaires.
Même lorsque les bombes cesseront de tomber, les conséquences économiques ne se résorberont pas immédiatement. Le détroit d’Ormuz devra possiblement être déminé. La reconstruction des infrastructures prendra des mois, voire des années. Même les installations qui n’ont pas été endommagées ne pourront pas redémarrer sur-le-champ. La remise en service de puits de pétrole est beaucoup plus complexe et coûteuse que leur fermeture. Beaucoup doivent être réamorcés et repressurisés avec soin, ce qui nécessite du temps et de l’argent. Qatar Energy a annoncé le 4 mars qu’il lui faudrait un mois entier pour relancer sa production de gaz naturel liquéfié (GNL) – mais c’était avant que de nouvelles frappes ne détruisent 17% de sa capacité de production, qui prendra cinq ans à réparer. Les coûts de redémarrage de la production seront substantiels et s’ajouteront au coût de l’énergie ainsi qu’à tout ce qui en découle en aval.
Plus la fermeture se prolongera, plus la situation économique sera grave et durable. Le 11 mars, un porte-parole du commandement militaire iranien a lancé cet avertissement : « Préparez-vous à ce que le baril de pétrole atteigne 200 dollars. » Ce scénario n’a rien de farfelu si le conflit persiste.
Trois semaines après le début de la guerre, aucune porte de sortie n’est en vue.
Nationalisons le pétrole et le gaz
Ces profits imprévus, générés en imposant des prix abusifs aux consommateurs en raison d’une guerre à l’autre bout de la planète, ont soulevé l’indignation d’une grande partie de la population. En réaction, la classe politique a proposé diverses solutions.
La Fédération du travail de l’Alberta (AFL) a suggéré d’imposer un impôt sur les profits exceptionnels des sociétés pétrolières. Le président de l’AFL, Gil McGowan, soutient que « les sommes récoltées par cette taxe devraient servir à financer des subventions pour les consommateurs albertains qui subiront l’inflation des coûts causée par la hausse des prix de l’énergie ».
Ailleurs au pays, différents partis ont réclamé de couper les taxes sur l’essence, notamment le PQ et le PCQ au Québec, ainsi que le NPD en Saskatchewan.
Ces mesures ne sont, au mieux, que des diachylons sur une plaie ouverte. Un impôt sur les surprofits entraînerait une nouvelle hausse du prix du carburant, car les barons du pétrole tenteraient de refiler la facture aux consommateurs. Quant aux baisses de taxes, elles ne feraient qu’aggraver la crise de la dette publique – menant inévitablement à des mesures d’austérité et à de nouvelles attaques contre les travailleurs à long terme. En outre, ces solutions ne règlent en rien le problème plus général de l’inflation qui découlera inévitablement de la situation, comme nous l’avons expliqué.
Mais cette situation n’est pas une fatalité.
Les communistes luttent pour une nouvelle société dans laquelle nous ne serions plus pris en otage par les barons du pétrole. En nationalisant le pétrole et le gaz, nous pourrions éliminer les profits de l’équation et veiller à protéger les travailleurs en temps de crise.
Cela nous permettrait non seulement d’éviter l’enrichissement opportuniste des barons du pétrole en temps de crise, mais aussi de prendre le contrôle de l’immense richesse des capitalistes des secteurs pétrolier et gazier pour l’utiliser au bénéfice de l’ensemble de la société