
Cet article est l’éditorial du 4e numéro de la revue théorique Défense du marxisme, paru en 2025.
L’internationalisme est le thème central de ce numéro de Défense du marxisme. Il comprend un article important de Fred Weston sur les premières années de l’Internationale Communiste (la IIIe Internationale). Il est crucial que nos jeunes camarades comprennent qui nous sommes et d’où nous venons. L’histoire de notre mouvement est riche en leçons ; elles méritent une étude sérieuse.
Notre Internationale, l’Internationale Communiste Révolutionnaire (ICR), est à la fois très jeune et très ancienne. Idéologiquement, elle se rattache au Manifeste du Parti communiste – qui date de 1848, mais conserve toute sa vitalité. Et à travers l’œuvre de Ted Grant, vétéran du trotskysme et fondateur de notre mouvement, notre histoire se rattache aux origines de l’Opposition de Gauche internationale, au début des années 1930.
Ainsi, quiconque veut comprendre l’actuelle crise du capitalisme doit se tourner vers les idées de Marx, Engels, Lénine et Trotsky : c’est le socle idéologique sur lequel notre Internationale a été construite – et qu’elle défend inconditionnellement.
Le marxisme est un internationalisme
Dans le Manifeste du Parti communiste, Marx et Engels affirmaient que l’internationalisme est l’un des principaux traits distinctifs des communistes :
« dans les différentes luttes nationales des prolétaires, ils mettent en avant et font valoir les intérêts indépendants de la nationalité et communs à tout le prolétariat ».1
Tout en combattant les différentes formes de discrimination, d’inégalité et d’oppression, nous luttons implacablement pour l’unité de notre classe, c’est-à-dire contre toute tentative de diviser le mouvement ouvrier suivant des lignes nationales, linguistiques, religieuses, raciales ou de genre.
L’internationalisme de Marx et Engels n’était pas le produit de considérations sentimentales ; il découlait du fait que le capitalisme se développe comme un système mondial. Les économies et marchés nationaux divers ont fini par devenir interdépendants et constituer un seul tout indivisible : le marché mondial.
L’écrasante domination du marché mondial est le facteur décisif de notre époque. Aucun pays, aussi grand et puissant soit-il – pas même les Etats-Unis, la Chine ou la Russie – ne peut s’extraire et s’émanciper du marché mondial.
Le marxisme et la guerre
L’internationalisme ouvrier ne perd rien de son importance lors des périodes de guerre. Au contraire : il est d’autant plus indispensable lorsque résonnent les tambours de la guerre et que les classes dirigeantes cherchent à paralyser les travailleurs en leur inoculant le poison de la haine nationale.
Marx et Engels l’avaient très bien compris. Après la défaite de Napoléon III face à Bismarck dans la guerre franco-prussienne, l’ensemble de la « respectables » presse allemande était pleine d’appels sauvages à de lourdes réparations et à l’annexion d’une partie du territoire français. Après tout, la France n’avait-elle pas commencé la guerre ?
Seule la section allemande de l’Internationale dirigée par Marx – l’Association internationale des travailleurs – condamna l’invasion de la nouvelle République française. Elle tendit une main fraternelle et solidaire aux travailleurs de France :
« les ouvriers allemands ne toléreront pas sans dire mot l’annexion de l’Alsace et de la Lorraine (…). Nous nous tiendrons fidèlement aux côtés de nos camarades ouvriers de tous les pays pour la cause commune et internationale du prolétariat. »2
Lorsque la classe dirigeante française sollicita l’aide des troupes allemandes pour écraser la Commune de Paris, en mai 1871, Marx lança l’appel internationaliste suivant :
« Qu’après la plus terrible guerre des temps modernes, le vaincu et le vainqueur fraternisent pour massacrer en commun le prolétariat, cet événement inouï prouve, non pas comme Bismarck le pense, l’écrasement définitif d’une nouvelle société montante, mais la désagrégation complète de la vieille société bourgeoise. Le plus haut effort d’héroïsme dont la vieille société soit encore capable est une guerre nationale ; et il est maintenant prouvé qu’elle est une pure mystification des gouvernements, destinée à retarder la lutte des classes, et on se débarrasse de cette mystification aussitôt que cette lutte de classes éclate en guerre civile. La domination de classe ne peut plus se cacher sous un uniforme national ; les gouvernements nationaux ne font qu’un contre le prolétariat ! »3
Lénine et la IIIe Internationale
En 1870, Marx affirmait que l’annexion de l’Alsace-Lorraine par ce qui allait devenir l’Empire germanique rendrait une nouvelle guerre inévitable, et ce à une échelle bien plus effroyable.
Cette remarquable prédiction s’est concrétisée à l’été 1914. Des millions de travailleurs et de paysans ont été jetés dans la grande boucherie de la Première Guerre mondiale, qui devait procéder à un nouveau partage du monde entre les puissances impérialistes.
A ce moment charnière, les dirigeants de la l’Internationale « Socialiste » ont abandonné les principes internationalistes dont ils se réclamaient, ont trahi la classe ouvrière et ont rallié leurs propres classes dirigeantes. Il n’y eux que deux exceptions : les partis serbes et russes. Pour le reste, du jour au lendemain, les organisations internationales de la classe ouvrière cessèrent d’exister.
Karl Kautsky, le théoricien le plus en vue de la social-démocratie allemande, renonça totalement au marxisme et s’efforça de justifier cette trahison en expliquant que « l’Internationale ne peut pas être un instrument efficace en temps de guerre : c’est essentiellement un instrument en temps de paix. »4
La Deuxième Internationale (Socialiste) était morte. Dès l’été 1914, Lénine en tira toutes les conclusions et proclama la nécessité de construire une Troisième Internationale. L’opportunité en fut donnée, à une échelle massive, par la vague révolutionnaire qui balaya l’Europe après la conquête pouvoir par les travailleurs russes en octobre 1917.
Dégénérescence
La Troisième Internationale (Communiste) était une source d’espoir pour toute l’humanité souffrante. Elle offrait la perspective d’en finir avec les horreurs sans fin du capitalisme et avec l’hypocrisie des réformistes, pour construire un monde nouveau, socialiste.
Mais l’énorme potentiel de la Troisième Internationale a été tragiquement gâché par l’ascension du stalinisme en Union Soviétique, qui a fait des ravages dans les directions immatures des jeunes Partis communistes du monde entier.
Alors que Lénine et Trotsky considéraient la révolution socialiste mondiale comme la seule garantie de la survie de la Révolution russe et de l’Union Soviétique, Staline et ses partisans rejetèrent cette perspective internationaliste et formulèrent la soi-disant « théorie » du « socialisme dans un seul pays. »
L’idée anti-marxiste selon laquelle le socialisme pouvait être construit dans les limites d’un seul Etat reflétait l’étroitesse nationale de la bureaucratie, qui considérait l’Internationale Communiste (le « Comintern ») comme un simple instrument de la politique étrangère de Moscou.
Cette dégénérescence eut les pires conséquences en Allemagne. Face à la menace nazie, Trotsky réclamait un front unique des travailleurs communistes et sociaux-démocrates. Mais ses avertissements aux militants du Parti Communiste allemand ne furent suivis d’aucun effet. La politique insensée des dirigeants du Comintern, qui caractérisaient le fascisme et la social-démocratie comme des « frères jumeaux », divisa et paralysa le puissant mouvement ouvrier allemand, ce qui permit à Hitler de prendre le pouvoir en 1933.
Cette défaite de la classe ouvrière allemande marqua un tournant dramatique. Constatant que l’Internationale Communiste était incapable de réagir face à une telle débâcle, Trotsky en tira la conclusion qu’une nouvelle Internationale devait être forgée. L’histoire allait lui donner raison.
Après avoir cyniquement soumis l’Internationale Communiste à la politique étrangère de Moscou, Staline annonça sa dissolution en 1943, sans même organiser un semblant de Congrès. Un coup terrible était porté à l’héritage politique et organisationnel de Lénine.
La Quatrième Internationale
Exilé, en proie aux pires difficultés, calomnié par les staliniens et persécuté par le GPU, Trotsky s’efforça de regrouper dans l’Opposition de Gauche internationale les maigres forces demeurées loyales aux traditions du bolchevisme et de la révolution d’Octobre.
Malheureusement, non seulement les forces de l’Opposition étaient très limitées, mais nombre de ses militants étaient confus et désorientés. Ils commirent beaucoup d’erreurs – en particulier des erreurs opportunistes. Cela résultait, pour partie, de l’isolement des trotskystes.
En 1935, Trotsky écrivait dans « Sectarisme, centrisme et IVe Internationale » :
« En fait, dans les premiers temps, il est venu dans les rangs des bolcheviks-léninistes un nombre considérable d’éléments anarchisants et individualistes, incapables, de façon générale, de toute discipline d’organisation, et, parfois, un incapable qui n’arrivait pas à faire carrière dans le Comintern. Ces gens-là comprenaient la lutte contre le « bureaucratisme » à peu près de la façon suivante : il ne faut jamais prendre aucune décision, mais, en revanche, installer la « discussion » en permanence. On peut à bon droit affirmer que les bolcheviks-léninistes ont montré beaucoup – et peut-être même trop – de patience vis-à-vis de ce type d’individus et de groupuscules. C’est seulement à partir du moment où s’est consolidé un noyau international, qui a aidé nos sections nationales à nettoyer leurs propres rangs de tout sabotage interne, qu’a commencé la croissance réelle et systématique de notre organisation internationale ».
Il ajoutait :
« au cœur de profondes convulsions et de grands ébranlements, les seules organisations qui seront capables de survivre et de se développer seront celles qui non seulement ont nettoyé leurs rangs du sectarisme, mais aussi les auront systématiquement éduqués dans l’esprit de mépris pour toute confusion idéologique et toute lâcheté. »
L’assassinat de Trotsky par un agent de Staline, en 1940, a porté un coup fatal au mouvement.
Il est vrai que la dégénérescence et l’effondrement de la IVe Internationale, après la mort de Trotsky, avait aussi des causes objectives. Dans la foulée de la Deuxième Guerre mondiale, les perspectives de croissance des forces authentiques du marxisme étaient limitées par la puissante expansion du capitalisme mondial et par les illusions renouvelées dans le réformisme et le stalinisme.
Cependant, les dirigeants de la IVe Internationale – Pablo, Cannon, Mandel, Frank, etc. – furent incapables de comprendre les changements dans la situation objective. Leur faillite théorique et politique joua un rôle central dans la destruction de l’Internationale.
Leur sectarisme est toujours à l’œuvre, de nos jours, dans la plupart des groupes qui se réclament du trotskysme, mais n’ont pas compris les idées les plus élémentaires de Trotsky.
Les véritables traditions du trotskysme ont été défendues par Ted Grant et les autres dirigeants de la section britannique, qui dès lors sont entrés en conflit avec les dirigeants de l’Internationale.
Aujourd’hui, l’Internationale Communiste Révolutionnaire est le prolongement de ce fil ininterrompu qui, de l’œuvre de Ted Grant en passant par l’Opposition de gauche internationale, remonte jusqu’au Manifeste du Parti communiste et la Première Internationale.
Tels sont notre héritage, notre bannière et notre tradition. Ces idées forment le socle indestructible de notre travail. Elles sont la garantie des succès à venir de notre Internationale.
Rivalités inter-impérialistes
La nécessité d’une Internationale révolutionnaire fondée sur les idées authentiques du marxisme n’a jamais été aussi grande.
La profonde crise du capitalisme mondial et le déclin relatif de l’impérialisme américain – qui était, il y a peu, une puissance mondiale incontestée – ouvrent une nouvelle époque d’instabilité, de rivalités inter-impérialistes et de guerres.
En 1987, le Président américain Ronald Reagan et le dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev signaient le « Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire » (FNI), en vertu duquel les Etats-Unis et l’Union Soviétique devaient démanteler tous leurs missiles de croisière et balistiques, à charge conventionnelle ou nucléaire, lancés depuis le sol et d’une portée se situant entre 500 et 5500 kilomètres.
En 2019, les Etats-Unis se sont retirés de ce traité. Inévitablement, la Russie a fait de même. Comme la nuit suit le jour, un nouveau cycle de la course aux armement s’est engagé.
Le 10 juillet dernier, à l’occasion d’un sommet de l’OTAN marquant son 75e anniversaire, à Washington, les gouvernements américain et allemand ont annoncé le projet de déployer des missiles à longue portée en Allemagne d’ici 2026. Ce serait une première depuis la Guerre froide.
Selon le ministre de la Défense allemand, Boris Pistorius, le déploiement « temporaire » de ces missiles américains donnerait un délai aux alliés européens de l’OTAN pour se préparer : « Nous sommes confrontés à un déficit de capacités croissant en Europe », a-t-il expliqué. Reste la question : se préparer à quoi, exactement ? Mr Pistorius ne l’a pas précisé, mais nous pouvons facilement le deviner.
Il faisait évidemment référence à la perspective d’un Armageddon entre la Russie et l’Occident, une glorieuse conflagration au cours de laquelle les Valeurs Sacrées de la Démocratie occidentale seraient défendues en un splendide feu d’artifices d’environ quatre minutes – mais dont pas grand monde, hélas, ne sortirait vivant.
D’un point de vue rationnel, c’est une façon très singulière de défendre les peuples européens ! On en vient à se demander s’ils ne sont pas davantage menacés par l’OTAN que par la Russie.
Une piètre réponse
On pourrait s’attendre à ce qu’une telle folie provoque une opposition indignée – en particulier chez les Verts allemands, qui étaient extrêmement remontés contre l’installation en Allemagne de missiles américains à longue portée, dans les années 1980.
Mais les Verts, depuis, sont devenus « respectables ». Ils participent au gouvernement de coalition d’Olaf Scholz, et ont loyalement soutenu sa politique désastreuse en Ukraine. Ils sont les plus serviles exécutants des dictats de Washington.
Ces lâches petit-bourgeois ont sauté avec enthousiasme dans le wagon des bellicistes – en particulier sur la question de l’Ukraine, qu’ils posent à peu près dans les mêmes termes que l’archi-belliciste Pistorius.
Quant aux soi-disant Partis « Communistes » en France et en Espagne, ils publient des déclarations hypocrites en faveur de la « paix » et d’une solution « diplomatique » – tout en soutenant, dans les faits, la fourniture d’armements à l’Ukraine.
Tel est, de nos jours, le sort des différents types de réformisme.
Combattre l’impérialisme
Le devoir des communistes est de démasquer les mensonges et les crimes de toutes les puissances impérialistes, et de défendre une alternative internationaliste à l’hypocrite phraséologie de la prétendue « gauche » réformiste.
C’est précisément pour cette raison que l’Internationale Communiste Révolutionnaire a lancé sa campagne : « Des livres, pas des bombes ». Nous appelons à s’y rallier tous ceux veulent sérieusement lutter contre l’impérialisme.
En outre, pour vaincre l’impérialisme, nous devons être organisés et construire le Parti mondial de la révolution prolétarienne. C’est la tâche que s’est donnée l’Internationale Communiste Révolutionnaire. Rejoignez-nous maintenant !
A bas les fauteurs de guerre !
Pour l’expropriation des banquiers et des capitalistes dont la soif de profits est une cause permanente des guerres et des crises !
Pour un monde socialiste, libéré de la misère, de l’exploitation, de la guerre et des oppressions !
La seule guerre juste est la guerre de classe !