La nouvelle mouture de l’Équipe Canada démontre la même hypocrisie

Carney convie une belle brochette de bourgeois pour représenter « l’intérêt national ».
  • Joel Bergman
  • mar. 12 mai 2026
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Darryl White, PDG de BMO; Jean Charest, ancien premier ministre du Québec; Lisa Raitt, ancienne ministre du gouvernement de Stephen Harper; Erin O’Toole, ancien chef du Parti conservateur; Lana Payne, présidente d’Unifor; Magali Picard, présidente de la FTQ; Flavio Volpe, président de l’Association des fabricants de pièces automobiles. Image : Révolution communiste

Avec son nouveau Comité consultatif sur les relations économiques entre le Canada et les États-Unis, Carney nous ressort la même cassette hypocrite de la soi-disant « Équipe Canada ».

Alors qu’il le décrit comme un « groupe diversifié », ce comité vise à représenter un seul groupe : la classe capitaliste canadienne. De ses 24 membres, neuf sont des PDG, deux des banquiers et six des représentants d’associations patronales importantes.

Apparemment, ce sont ces gens qui sont censés « nous » représenter. Le ministre Dominic LeBlanc a présenté les choses comme un cas où « les gouvernements, les travailleurs, les entreprises et les chefs de file de l’industrie travaillent main dans la main ». Carney affirme que son comité représente « les points de vue les plus larges possibles ».

Mais il suffit de regarder le pedigree de ces gens pour révéler l’ampleur de la mascarade.

Équipe Ca…pitaliste

Par exemple, on retrouve sur le comité Luc Thériault, président de Domtar Canada, une entreprise de pâtes et papiers. Il a œuvré comme cadre dans cette entreprise pendant plus de 20 ans, alors qu’elle licenciait des milliers de travailleurs partout au pays, dans le contexte d’une restructuration du marché du papier et du bois d’œuvre. Durant cette épreuve, M. Thériault n’a pas perdu sa job, mais les travailleurs, eux, étaient considérés comme jetables.

La présence de Ken Seitz, PDG de Nutrien, est particulièrement risible. L’an passé, Nutrien, un important producteur de potasse, a choisi de bâtir son nouveau terminal d’exportation dans l’État de Washington plutôt qu’en Colombie-Britannique. Nutrien a cité les conflits de travail au Canada comme l’une des raisons principales de cette décision. Autrement dit, ils n’apprécient pas la présence de syndicats se battant pour de meilleures conditions. Très « canadien » de leur part!

Puis, on y retrouve François Poirier, PDG de TC Energy. En mars 2026, il a affirmé que le capital se sent plus « bienvenu » aux États-Unis qu’au Canada, pour justifier l’expansion des activités de l’entreprise au sud de la frontière. Ce grand patriote a même servi comme conseiller de l’administration Trump

Nous ne sommes clairement pas dans la même équipe. Les capitalistes canadiens ont toujours placé leurs propres profits devant « la nation » – et surtout, devant les intérêts des travailleurs d’ici.

Mais rassurez-vous, il n’y a pas que des bourgeois sur ce comité – il y a aussi des politiciens qui ont fait carrière à servir les bourgeois!

Jean Charest, lorsqu’il était premier ministre du Québec, a mis en œuvre l’un des pires programmes d’austérité de l’histoire de la province. Cet assaut sur les travailleurs québécois a culminé avec sa tentative d’imposer à coups de matraques et de gaz lacrymogène une augmentation des frais de scolarité universitaires de 1625 dollars. 

Ralph Goodale, un ancien ministre dans les gouvernements libéraux de Jean Chrétien et Paul Martin dans les années 90-2000 a participé aux pires coupes en santé et en éducation dans l’histoire du pays. Aussi sur le comité se trouvent Erin O’Toole et Lisa Raitt, qui ont été ministres dans le gouvernement conservateur de Stephen Harper – un gouvernement qui a attaqué à répétition le droit de grève, a renfloué les coffres des entreprises pendant la Grande Récession, et coupé le financement des services sociaux.

Il n’y a pas de raison de croire que ces ennemis déclarés de la classe ouvrière se préoccuperont soudainement de nos intérêts.

Collaboration de classe

À ces ennemis de la classe ouvrière se joignent deux dirigeantes syndicales : Lana Payne d’Unifor et Magali Picard de la FTQ.

Elles justifient leur participation en disant que cela va prétendument permettre de garantir que les intérêts des travailleurs soient pris en compte durant les négociations. C’est un peu comme dire qu’elles vont demander à un lion de manger de la laitue – une entreprise plutôt utopiste.

La présence de Magali Picard est particulièrement choquante, étant donné qu’en novembre elle avait fait des vagues avec sa proposition d’une « grève sociale » au Premier mai pour lutter contre les attaques sur les syndicats lancées par le gouvernement de la CAQ. Elle en avait froissé beaucoup dans l’establishment lorsqu’elle a refusé de serrer la main du ministre du Travail. Les médias bourgeois du Québec l’avaient attaqué vicieusement pour cela.

Malheureusement, Picard, présidente d’un syndicat représentant plus de 600 000 travailleurs, a ensuite changé de ton. La FTQ n’a rien fait pour organiser une telle grève et a plutôt adopté une approche de collaboration, allant même jusqu’à rencontrer le nouveau chef du Parti libéral du Québec – le parti traditionnel du patronat québécois.

Cette collaboration de classe ne va strictement rien donner. Les capitalistes canadiens n’ont pas plus de loyauté aux travailleurs canadiens qu’en ont les entreprises américaines. La classe dirigeante du Canada ne se préoccupe que de ses intérêts propres et n’hésitera pas à sacrifier les travailleurs si c’est à son avantage. 

Ce n’est pas Donald Trump qui procède à des mises à pied ou qui déplace ses usines aux États-Unis, ce sont les entreprises canadiennes qui ont décidé que leurs profits sont plus importants que les travailleurs canadiens. La seule façon de protéger nos emplois est par une approche de classe indépendante.

Les dirigeants syndicaux ne devraient pas s’unir aux capitalistes, mais lutter contre toute tentative de refiler la facture de la guerre commerciale aux travailleurs. Cela exige une politique de lutte de classe combative – celle évoquée par Picard en novembre, et non celle d’aujourd’hui.