L’Alberta des travailleurs et l’Alberta des patrons

Les discussions autour de la séparation sont devenues un exutoire pour tout le mécontentement accumulé des Albertains ordinaires.
  • Daniel DaRosa
  • mar. 29 sept. 2026
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Image : Révolution communiste.

Le 19 octobre, un référendum en 10 questions sera présenté aux Albertains. De toutes ces questions, aucune autre n’est plus lourde de conséquences que celle qui porte sur l’indépendance de l’Alberta. 

Les séparatistes, rejoints en cela par Danielle Smith elle-même, voudraient nous faire croire qu’il s’agit d’un conflit entre l’Est et l’Ouest. Si Ottawa n’interférait pas dans nos affaires, disent-ils, la vie serait meilleure. Mais l’Alberta a toujours été scindée en deux : l’Alberta des travailleurs et l’Alberta des patrons.

En vérité, personne ne souffre dans l’Alberta des patrons. Les bénéfices des quatre plus grandes entreprises pétrolières sont projetés cette année à 38 milliards de dollars – soit presque le double de l’année dernière. Smith et l’UCP s’efforcent de modifier le régime de redevances pétrolières afin que les barons du pétrole puissent engranger des profits encore plus importants, et ce, aux dépens des contribuables albertains. Pour leurs loyaux services envers les barons du pétrole, les politiciens albertains sont les politiciens les plus chèrement rémunérés de toutes les provinces et de tous les États en Amérique du Nord.

Plus important encore : la division entre l’Est et l’Ouest semble disparaître à l’intérieur des salles de conseil d’administration et des bureaux de direction. Les barons du pétrole ont beau se plaindre sans cesse de la domination politique et économique des banquiers, ils sont néanmoins tout disposés à travailler avec eux pour engranger des profits.

Les cinq plus grandes banques au Canada, dont les sièges sociaux sont situés à Toronto et Montréal, versent des centaines de milliards de dollars dans l’industrie des énergies fossiles de l’Alberta – notamment 131 milliards de dollars américains pour l’année 2024 seulement. Cela veut dire que les intérêts des banques à l’est du pays sont liés aux intérêts des barons du pétrole à l’ouest. Tout ce qui les intéresse, c’est le profit – et rien d’autre.

Comment cette situation a-t-elle affecté les travailleurs de l’Alberta? Dix mille emplois ont été supprimés dans le secteur du pétrole et du gaz l’année dernière. Le nombre de pertes d’emploi indirectes provoquées partout dans la province par ces suppressions de postes est estimé à 25 000. En récompense de ses sacrifices, le travailleur albertain moyen gagne seulement 76 dollars de plus par semaine qu’il y a 10 ans, si l’on tient compte de l’inflation.

Pendant ce temps, les écoles débordent – certaines classes atteignant jusqu’à 60 élèves! Lorsque les enseignants se sont battus à l’automne dernier, ils ont été contraints de retourner au travail, frappés par une loi antigrève. Pendant que l’UCP ne fait que saccager les soins de santé en privatisant davantage, des gens meurent dans des salles d’attente d’hôpitaux.

L’« Alberta Advantage » (l’« avantage albertain ») était un slogan qui avait un certain sens lors des booms pétroliers qui ont éclaté dans le passé, mais cela fait longtemps que cet avantage n’existe plus pour les travailleurs. Nous nous appauvrissons sans cesse pour que les riches continuent de s’enrichir. Il n’y a rien de surprenant à ce que les Albertains soient exténués et en colère.

Mais Smith et les séparatistes détournent délibérément cette colère dans la mauvaise direction. Les discussions autour de la séparation sont devenues un exutoire pour tout le mécontentement accumulé des Albertains ordinaires. Ottawa est un bouc émissaire bien pratique.

Une Alberta indépendante ne réglera aucun des problèmes auxquels font face les travailleurs dans la fédération canadienne. Les barons du pétrole et leurs marionnettes politiques sont les ennemis principaux des travailleurs albertains. Se séparer reviendrait ni plus ni moins qu’à capituler devant eux.

En tant que travailleurs, nous n’avons pas la moindre envie de voir Smith et l’UCP négocier avec Ottawa en notre nom. Bien sûr, nous ne nous faisons pas non plus la moindre illusion : le gouvernement fédéral, qui s’oppose au droit de grève et prône davantage de privatisations, ne résoudra aucun des problèmes de la classe ouvrière. Nous avons nos propres comptes à régler avec Carney et sa bande.

L’Alberta des patrons ne pourrait pas fonctionner sans les travailleurs de l’Alberta. C’est notre dur labeur qui garde les ampoules allumées et qui fait couler le pétrole. Sans nous, l’Alberta et les profits engrangés par les patrons seraient complètement paralysés. La classe ouvrière a le pouvoir de remettre les choses en ordre.

Ce constat vaut aussi pour le reste du Canada. Les travailleurs de l’Est ne sont pas les ennemis des travailleurs albertains. Les mêmes licenciements, les mêmes réductions salariales et les mêmes attaques contre le niveau de vie ont lieu partout au pays.  Ce sont les banquiers, les barons du pétrole et les milliardaires qui sont à mettre en cause. 

En tant que communistes, nous appelons à une lutte unie de tous les travailleurs et travailleuses canadiens contre notre ennemi commun. Le conflit n’est pas entre l’Est et l’Ouest; il est entre les travailleurs et les patrons.