
Israël profite de l’« opération Epstein Fury » pour envahir et occuper le Liban (pour la septième fois en cinquante ans). 20% de la population libanaise, soit 1,2 million de personnes, ont été déplacées. Les attaques israéliennes menées depuis le 2 mars ont fait 2000 morts, parmi lesquels, récemment, un citoyen canadien : Hassan Haidar, originaire de Windsor, en Ontario.
Une semaine après l’assassinat de Haidar, on a demandé à la ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, si le gouvernement canadien allait imposer des sanctions à Israël pour ce que Mark Carney lui-même a qualifié d’« invasion illégale ». Curieusement, Anand a répondu que cela était hors de question. « On va continuer d’examiner comment nous pouvons être positifs, un pays positif, dans la région », a-t-elle déclaré.
Il y a à peine cinq ans, les libéraux, emboîtant le pas aux États-Unis et à l’OTAN, appelaient à la défense inconditionnelle de la souveraineté de l’Ukraine, face à une invasion à grande échelle menée par la Russie. Au nom du droit international, de la démocratie et de l’autodétermination, ils ont imposé des sanctions historiques à la Russie et envoyé des milliards de dollars d’« aide létale » à l’armée ukrainienne. Aujourd’hui, alors qu’Israël envahit le Liban – avec l’ambition déclarée d’annexer et de procéder au nettoyage ethnique d’un tiers de son territoire –, le gouvernement canadien prône la diplomatie molle.
Les libéraux ont émis des condamnations creuses et lancé des appels à un cessez-le-feu. Il semble toutefois que leur pacifisme ne s’applique que dans un sens. Malgré les restrictions sur les exportations directes d’armes, du matériel militaire canadien continue d’affluer vers Israël, sans entrave, via les États-Unis et leurs intermédiaires. Le mois dernier, Anand s’est farouchement opposée à un projet de loi visant à colmater ces échappatoires, affirmant notamment que cela « décimerait l’industrie de la défense canadienne ».
La guerre est une manne pour l’industrie de l’armement, et Carney a de grands projets pour elle. Le projet de loi a été rejeté. Dans le même temps, Carney et Anand insistent tous deux pour que le Hezbollah – la seule force qui repousse l’invasion terrestre d’Israël – dépose les armes. Contrairement au cas de l’Ukraine, ils n’appellent pas à la défense des victimes, mais plutôt à leur désarmement! Les libéraux veulent être un facteur « positif » dans les négociations, tant que les négociations avec Israël sont, dans les mots de Ghassan Kanafani, une « conversation entre l’épée et le cou ».
Le deux poids, deux mesures est flagrant. L’impunité d’Israël est une condition sine qua non pour entrer dans le club impérialiste occidental. Carney peut bien émettre des protestations formelles et faire toutes sortes de gesticulations diplomatiques, mais il sait que toute mesure concrète contre Israël entraînerait une grave rupture avec Trump, ce qu’il ne peut se permettre à l’approche des négociations de l’ACEUM. Le sort même du capitalisme canadien repose sur la capacité de Carney non pas à tenir tête à Trump, mais plutôt à l’apaiser.
L’hypocrisie du soi-disant droit international – que le discours tant vanté de Carney à Davos a ouvertement reconnue – n’est qu’un voile dissimulant les intérêts purs et simples des grandes puissances impérialistes. Mais les libéraux ne peuvent s’en défaire, alors même que des citoyens canadiens sont massacrés par Israël.