Les profits des pesticides passent avant la santé publique

Le gouvernement sera en mesure d’approuver les demandes d’utilisation de pesticides interdits, y compris ceux qui sont reconnus comme dangereux pour la santé humaine.
  • Kayla Kendall
  • mar. 28 juill. 2026
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Le gouvernement Carney vient de commettre une attaque majeure contre la santé et la sécurité des Canadiens. Des modifications substantielles à la Loi sur les produits antiparasitaires sont enfouies dans la loi omnibus C-30. Les modifications apportées permettront au cabinet du premier ministre de faire fi des restrictions et des interdictions émises par le ministère de la Santé en raison de risques environnementaux inadmissibles. Pourquoi? Dans l’intérêt de la « sécurité nationale économique ou alimentaire », bien sûr!

En fait, la Loi C-30 élargit massivement des failles déjà existantes qui permettent, pendant une période pouvant aller jusqu’à un an dans des situations d’urgence et sous réserve d’obtenir l’autorisation de Santé Canada, d’employer des pesticides interdits. Maintenant, le cabinet sera en mesure d’approuver les demandes d’utilisation de pesticides interdits (y compris ceux qui sont reconnus comme dangereux pour la santé humaine), même si la demande a été rejetée par le ministre de la Santé. Il est alors possible de les utiliser pendant une période pouvant aller jusqu’à six ans à compter de l’approbation! Là encore, l’on justifie cette décision en invoquant la « sécurité nationale ».

La loi modifie également le mandat de l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA). Si l’ACIA était jusqu’ici seulement chargée d’assurer la santé et la sécurité publiques, l’agence devra désormais « faciliter les échanges commerciaux et le commerce » et « prendre en considération la sécurité économique nationale, la sécurité économique régionale et la sécurité alimentaire nationale ». Tout comme avec les pesticides, la loi assure que ces mesures ne seront employées que lorsqu’il sera « nécessaire » de le faire, mais n’indique nulle part à quel moment cela pourrait être le cas.

Malgré les conséquences potentielles pour la santé publique, la Loi C-30 a été adoptée en force et avec un minimum de consultations au parlement. Les modifications relatives à l’ACIA et à la Loi sur les produits antiparasitaires ont été enfouies dans une loi principalement composée de changements mineurs liés à la Mise à jour économique du printemps. Avant le vote, le projet de loi n’a été discuté que par le Comité des finances, outrepassant ainsi le Comité de la santé. Le débat final sur le projet de loi n’a duré que trois heures. Aucun scientifique ou expert de la santé publique n’a été invité à s’exprimer au parlement; en fait, certains spécialistes ont eux-mêmes demandé à comparaître, une proposition qui leur a été refusée.

Où se trouvait la ministre de la Santé de Carney, Marjorie Michel, le jour où le projet de loi C-30 a été présenté pour la première fois au parlement? Elle s’exprimait dans le cadre d’un événement organisé par le lobby CropLife Canada, qui représente les plus gros producteurs de pesticides au Canada. Depuis décembre 2025, elle et son conseiller politique ont rencontré à six reprises des représentants de CropLife. Comme Michel elle-même s’en est vantée, c’est la première fois qu’un ministre de la Santé rencontre directement CropLife. Mais ce n’est certainement pas la première fois qu’un politicien fraie avec des capitalistes!

CropLife nie avoir demandé ces modifications spécifiques, mais s’est empressé d’en faire l’éloge dans une déclaration faite à Radio-Canada. Pendant ce temps, Michel refusait de répondre aux questions de Radio-Canada ou d’accepter une entrevue à propos de la loi. Elle a même refusé de répondre à la question d’un collègue député, qui lui demandait quels « actionnaires » ont été consultés à propos des modifications apportées par la Loi C-30 au mandat de l’ACIA (bien qu’il soit tout de même possible d’émettre une hypothèse assez plausible à ce sujet).

Le débat précipité autour de la Loi C-30, les rapports étroits entre Ottawa et l’industrie des pesticides ainsi que l’engouement des lobbyistes comme CropLife montrent clairement la réelle raison d’être de cette loi : aider à accroître les profits, possiblement aux dépens de la santé des Canadiens. Au fond, il s’agit d’une énième preuve du fait que, pour la classe dirigeante canadienne, un « économie forte » ne désigne en rien des emplois convenables et une bonne qualité de vie pour les gens ordinaires. Lorsqu’elle parle d’une « économie forte », la classe dirigeante parle de se débarrasser des réglementations pour que les patrons puissent amasser encore plus d’argent, même si l’environnement et la santé humaine doivent en payer le prix. Tout le gouvernement Carney – y compris la ministre de la Santé – est ravi d’aider les capitalistes à remplir cette mission.