
Ceci est l’éditorial de la toute dernière édition du journal Révolution communiste, que vous pouvez vous procurer juste ici.
Les yeux de bien des jeunes au Québec et au Canada sont aujourd’hui rivés vers l’autre côté de l’Atlantique. Le mouvement des « révolutions de la Génération Z », lancé en Asie l’an dernier, s’est maintenant propagé à l’Europe.
On ne peut sous-estimer l’importance de ces mouvements de masse qui mobilisent actuellement les jeunes et les travailleurs de France, d’Espagne, d’Albanie, de Grèce, du Portugal, d’Italie et d’ailleurs.
Les mêmes conditions derrière ces mouvements existent aussi au Canada et au Québec.
Le mouvement en France a été déclenché par des manifestations de lycéens dénonçant l’état profond de délabrement des écoles. Ici aussi, les écoles et universités souffrent de décennies de sous-financement. À la rentrée cette année, il y avait une pénurie de 3000 enseignants au Québec. En Ontario, le retard en investissement dans la réparation des écoles atteignait le chiffre absurde de 21 milliards de dollars en 2024. En Alberta l’an dernier, la grève des enseignants recevait une telle sympathie du public que 51% des Albertains appuyaient l’idée d’une grève générale de solidarité.
La crise du logement, qui est au cœur du mouvement en Espagne, frappe brutalement ici aussi. Le prix réel des logements au Canada a plus que doublé en vingt ans. Nous assistons depuis quelques années au spectacle désolant de l’émergence de villages de tentes dans les grandes villes, voire même de bidonvilles – les signes immanquables d’une société en perdition.
Un récent reportage de l’émission Enquête, qui a infiltré le monde des influenceurs immobiliers, a causé une vague d’indignation au Québec. Il révèle le même parasitisme dégoutant qu’en Espagne, où des investisseurs immobiliers profitent de la vulnérabilité de personnes âgées ou très pauvres pour augmenter massivement les loyers.
Et la même crise des finances publiques qui frappe partout en Europe, mais particulièrement en France, sévit également ici. Si la France affiche un déficit budgétaire chaque année depuis 50 ans, le dernier budget équilibré du Canada date de 2014-2015. Comme en France, nos gouvernements, à l’échelle fédérale et des provinces, tentent désespérément de réduire les dépenses publiques dans un contexte d’explosion des taux d’intérêt.
Mais comme le gouvernement, au service des patrons, ne va jamais refiler la facture aux plus riches, ce sont inévitablement les travailleurs et les pauvres qui paient – à travers les coupes dans les services publics et les licenciements dans la fonction publique. Au Québec, le nouveau gouvernement péquiste a promis de limiter significativement les dépenses, autrement dit, de couper. En Colombie-Britannique, le nouveau gouvernement promet lui aussi des coupes.
Mais les parallèles entre l’Europe et le Canada vont plus loin. La crise en Europe est un produit d’une crise prolongée du capitalisme européen. Les capitalistes européens sous-investissent dans leurs industries depuis des décennies. Aujourd’hui, face au triple choc des tarifs de Trump, de la concurrence de l’industrie hyperdéveloppée de la Chine et de l’explosion du prix de l’énergie, le capitalisme européen flanche, provoquant une vague de fermetures d’usines et de mises à pied.
Le Canada est dans une situation similaire. Les parasites de notre classe dirigeante ont refusé de développer l’économie canadienne depuis des décennies, choisissant plutôt de jouer au casino de l’immobilier, et profitant de façon complaisante de leur accès illimité à la plus grosse économie de la planète juste à travers la frontière sud. Maintenant, bien que moins affecté que l’Europe par la crise de l’énergie, le Canada subit de plein fouet la crise commerciale avec son principal partenaire commercial, et subit les conséquences d’avoir tout misé sur l’immobilier, sous la forme de la crise du logement.
Sans aucun doute, la crise du système est plus profonde en Europe, et les traditions du mouvement ouvrier sont mieux établies.
Mais ne nous trompons pas. Les mêmes causes produisent les mêmes effets. Il ne sert à rien d’essayer de prédire quand elle arrivera ni sur quel enjeu, mais tôt ou tard, la crise du système provoquera inévitablement une réponse de masse des travailleurs et de la jeunesse.
Ici, la passivité actuelle des masses cache un processus profond de transformation dans les consciences des gens – ce que Marx appelait la « vieille taupe » de la révolution qui creuse pour apparaître soudainement à la surface.
Comme communistes, nous voyons tous les jours les signes de l’évolution des consciences. Dans les manifestations, lorsque nous allons rencontrer les jeunes sur les campus, lorsque nous vendons le présent journal dans les rues – plus que jamais, nous trouvons des oreilles attentives aux idées du communisme.
Et qui sait en voir les signes peut reconnaître les premières expressions de la colère contre le système et les problèmes qu’il cause. Nous avons déjà parlé de la popularité d’une grève générale en Alberta l’an dernier. En Ontario, le mouvement vers une grève étudiante atteint actuellement une ampleur historique. Les grèves se font de plus en plus combatives à travers le pays.
À en croire les éternels pessimistes qui se morfondent à la tête des quelques autres organisations de gauche qui s’accrochent encore à la vie au Québec et au Canada, nous serions entrés dans une époque de réaction, et le fascisme serait à nos portes.
Ces Cassandre qui crient au loup du fascisme depuis plus de 10 ans maintenant regardent avec terreur la force de la droite populiste du type Trump, Rassemblement national et AfD, ainsi que la surveillance et la répression étatique grandissante, et se sentent impuissants. Au Québec et en Colombie-Britannique, où le Parti conservateur connaît des succès, on nous saoule de discours catastrophistes sur le soi-disant irrésistible vent de droite.
Mais les jeunes d’Europe démentent cette idée. La droite, supposément si puissante, est incapable de mobiliser des masses comme le font les mouvements actuels en Europe. Cela révèle le vrai rapport de forces dans la société. Loin d’être perdue, la bataille contre les milliardaires et leur système ne fait que commencer.
En réalité, deux processus parallèles et contraires se développent.
D’un côté, le capitalisme s’enfonce dans un état de putréfaction avancé, produisant les pires horreurs : catastrophes climatiques, guerres, misère sociale, explosions de violence, propagation des discours haineux, etc. Tel un vieux plat abandonné par l’histoire dans le fond du frigo, les engeances les plus répugnantes poussent et se multiplient au sein de la société capitaliste pourrissante.
De l’autre, la crise du système radicalise une couche grandissante de jeunes et de travailleurs, et les pousse vers des conclusions révolutionnaires. Les sondages le montrent : nous voyons un rejet des institutions du statu quo et une montée en popularité des idées socialistes et communistes.
Le capitalisme, qui produit à un pôle de la société l’abondance extrême, produit la pauvreté extrême de l’autre – et a donné naissance à une génération de jeunes qui cherchent une alternative. Comme le dit le slogan de manif, qui sème la misère récolte la colère.
Les jeunes d’Europe nous montrent la voie. La classe dirigeante française est dans les cordes. L’extrême droite, censée être en croissance, est en panique.
Il faut prendre l’exemple sur l’Europe. Les milliardaires et leur système ne peuvent rien faire contre les travailleurs et la jeunesse lorsque nous sommes mobilisés en masse, dans les rues, les écoles, les milieux de travail.
Mais l’Europe nous montre aussi les limites de l’action de masse. Celle-ci doit aussi se doter d’un programme clair : contre le système des milliardaires, il faut opposer un programme socialiste, seul capable de régler les problèmes urgents des travailleurs et des jeunes, et de retirer le pouvoir aux ultrariches. Il faut l’expropriation des capitalistes et la planification démocratique de l’économie.
Cela exige un parti basé sur un tel programme pour organiser le mouvement. C’est ce que nous bâtissons au PCR. Nous n’avons pas de temps à perdre : nous devons nous doter d’un tel parti avant que les explosions sociales comme en Europe arrivent ici. Joignez-vous à nous et aidez-nous à le bâtir.