
Il fut un temps où le mouvement de libération nationale au Québec rimait avec une opposition à l’impérialisme anglo-canadien, mais aussi à l’impérialisme américain. Où la libération nationale du Québec supposait de reprendre du pouvoir face aux puissants.
Mais force est de constater que la « souveraineté » de Paul Saint-Pierre Plamondon et du PQ n’a rien à voir avec tout cela.
Loyauté envers les États-Unis
En novembre dernier, PSPP a déclaré qu’un Québec indépendant devrait s’aligner sur les politiques des États-Unis : « Notre loyauté, elle commence par le reste du Canada et les États-Unis, ce sont nos partenaires naturels. »
Notre « loyauté » envers le Canada et les États-Unis? Est-ce bien un souverainiste qui parle?
Le parti est aussi resté pratiquement muet sur l’invasion du Venezuela et le kidnapping de son président par les États-Unis. Il s’est contenté de platitudes, appelant vaguement à « une solution pacifique, respectueuse du droit international ». Il devrait pourtant être facile pour un parti souverainiste de dénoncer une violation aussi flagrante de la souveraineté.
Puis, en réaction à l’accord commercial de Carney avec la Chine, PSPP l’a critiqué en disant qu’il faisait une « alliance » avec un « régime totalitaire communiste ».
PSPP justifie sa complaisance envers l’impérialisme américain en affirmant qu’« il n’y a aucun scénario où nos entreprises québécoises cesseront de faire affaire avec notre principal partenaire, qui est les États-Unis ».
En effet, l’économie canadienne, y compris l’économie du Québec, dépend objectivement du marché américain. Pour ne donner qu’un exemple, 67% de la production de bois d’œuvre québécois est exportée aux États-Unis. Même avec les tarifs, les États-Unis restent le premier partenaire commercial du Québec, et de loin.
Ainsi, au-delà des beaux principes sur la démocratie en Chine, le PQ est motivé par des considérations économiques. Comme l’a dit le député péquiste Pascal Paradis : « Un “renforcement de la collaboration” entre le Canada et la Chine pourrait raisonnablement être interprété par les États-Unis comme une menace à leur propre sécurité, avec les conséquences que cela implique. »
Ainsi, si l’approche de Carney face à la bête Trump est une vaine tentative de chercher des alliés, l’approche du Parti québécois est de se coucher par terre, se protéger la tête et espérer que la bête nous laisse tranquilles. Ce sont deux mauvais choix.
Mais il faut être clair quant aux conséquences qu’entrainerait l’approche de PSPP.
Trump menace ouvertement de détruire une série d’industries canadiennes, comme le bois d’œuvre et l’automobile, et veut ouvrir le marché canadien à une série de produits américains. Jusqu’où ira la logique de ne pas lui déplaire? Accepter d’abandonner des industries aux Américains, quitte à subir des pertes d’emplois massives (qui ont déjà commencé)? Assouplir le système de gestion de l’offre qui protège le secteur laitier québécois?
De plus, lors de son congrès à la fin janvier, le Parti québécois a promis qu’il allait revoir à la hausse les dépenses militaires prévues pour un Québec souverain afin d’atteindre les cibles de l’OTAN, gonflées à la demande de Trump. Contrairement au 3,5 milliards originalement prévus dans le « budget de l’an 1 » pour la défense, le Québec devrait dépenser au moins 8 milliards de plus. Et cela ne serait que pour atteindre le seuil de 2% du PIB, alors que Trump et l’OTAN exigent maintenant 5%!
D’où viendront ces milliards pour les fabricants d’armes? Le parti n’ose pas le dire, mais cela signifiera nécessairement de l’austérité pour les travailleurs, à l’image de ce que nous voyons en Europe pour les mêmes raisons, et dans le premier budget fédéral de Carney.
Des mensonges cyniques sur la politique internationale, du militarisme, de l’austérité, des pertes d’emplois, le tout pour lécher les bottes des États-Unis. Voilà le projet de PSPP pour le Québec. Qui fait de « l’aplaventrisme », donc?
Une véritable libération nationale
Beaucoup de militants indépendantistes doivent sourciller lorsque le chef du PQ parle de « loyauté » envers les États-Unis. Ce n’est certainement pas ce qu’ils ont en tête quand ils parlent de libération.
Au bout du compte, cette approche est le produit de la vision étroitement nationaliste du PQ. Comme le disait Michel Chartrand, il existe une différence fondamentale entre le nationalisme et une véritable libération nationale. Le nationalisme se contente de chercher « ce qui est mieux » pour sa nation dans le monde actuel; il ne remet pas en question le système économique, et surtout pas au-delà de ses frontières.
De plus, le nationalisme présente « la nation » comme un tout abstrait, alors qu’en réalité, celle-ci est divisée en classes. Quand les politiciens nationalistes comme PSPP disent se battre pour leur nation, ils se battent vraiment pour les intérêts de la bourgeoisie de leur nation. Celui-ci l’a dit lui-même en entrevue : « Je travaille pour les entreprises québécoises. »
Le Canada ainsi que le Québec (qu’il soit indépendant ou non) se retrouvent dans une situation impossible. L’idée d’une alliance de puissances moyennes pour se découper une parcelle de souveraineté est particulièrement utopique pour le Canada et le Québec. Ils ne peuvent certainement pas changer la géographie ni décisivement inverser des décennies de profonde intégration économique avec les États-Unis.
Cela signifie, pour citer Carney, « faire semblant d’être souverain tout en acceptant la subordination » aux États-Unis. Cela signifie aussi s’accommoder des pires manifestations de l’impérialisme américain au lieu de les combattre, et au diable si cela affecte les travailleurs et les pauvres. Dans ce système impérialiste, leur vie et leurs emplois ne sont que du petit change.
Mais ce n’est pas une fatalité. Pourquoi des puissances comme les États-Unis utilisent-elles l’intégration économique comme matraque? Ce n’est pas qu’une question de géographie. C’est parce que nous vivons dans un monde dominé par de grandes puissances capitalistes qui cherchent à maximiser leurs profits, y compris en écrasant les autres nations. Voilà l’obstacle principal à une véritable libération nationale.
La seule façon pour les travailleurs de prendre leur destin en main est de lutter pour renverser le système capitaliste. En nationalisant les grands leviers de l’économie, en établissant un plan de production rationnel avec un réel contrôle démocratique, nous ne serions plus à la merci d’une petite élite qui parle au nom de la « nation » mais qui n’en a que pour ses intérêts. Au lieu de ménager l’impérialisme américain et cyniquement taire ses crimes, nous pourrions en appeler aux travailleurs au sud de la frontière à eux aussi renverser leur classe dirigeante. Voilà la voie à suivre pour une véritable libération nationale.