« Vous avez accepté un contrat sans nous consulter » : les agentes de bord en colère devant l’arbitrage

De nombreux travailleurs sont furieux contre leurs dirigeants syndicaux et certains commencent à tirer des conclusions.
  • Grey Wells
  • mer. 25 mars 2026
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L’été dernier, les agentes de bord d’Air Canada ont mené une lutte courageuse, allant jusqu’à défier l’ordre de retour au travail imposé par le gouvernement libéral. Cependant, malgré tous leurs efforts, leur combat s’est soldé par un accord injuste, signé contre leur gré. À présent, ces travailleurs exigent des explications de la part de la direction syndicale qui a conduit la grève à l’échec.

Une trahison de la part des dirigeants

La grève d’Air Canada a marqué l’histoire : elle a démontré que les ordres de retour au travail pouvaient être défiés et vaincus.

Pourtant, la direction syndicale n’était pas prête à mener la grève jusqu’au bout. Elle a annoncé en grande pompe qu’un accord avait été conclu, renvoyant les travailleurs chez eux après seulement quelques jours de grève. Cet accord était une véritable trahison : il ne mettait pas fin au travail non rémunéré et le salaire des agentes débutantes restait inférieur au salaire minimum fédéral.

Pire encore, cet accord a été conclu de manière totalement antidémocratique. Les travailleurs ne pouvaient voter que sur la partie du contrat relative aux salaires. Et même lorsque l’écrasante majorité des membres (99,1%) ont voté contre, la direction syndicale a décidé d’aller en arbitrage. Sans surprise, l’arbitre s’est prononcé en faveur de l’offre patronale.

Colère au sein de la base

À la mi-février, la composante d’Air Canada du SCFP a fait quelques publications sur Facebook pour expliquer le résultat de l’arbitrage. Plusieurs membres ont laissé des commentaires pour exprimer leur désaccord avec cette entente.

« Le salaire minimum a plus augmenté en 10 ans que nos salaires, c’est honteux », a déclaré Justin Michael.

Mais les travailleurs ne sont pas seulement en colère contre le contrat lui-même. Il y a aussi une grogne contre leurs dirigeants et contre le fait de ne pas avoir eu leur mot à dire dans le processus.

Cette grève illégale leur a permis de réaliser qu’ils avaient le pouvoir de vaincre les patrons et le gouvernement. Sauf que leurs propres dirigeants ont mené des négociations en coulisses qui ont abouti à ce que la décision finale soit confiée à un arbitre pro-patronal.

Cela a suscité un profond mécontentement au sein du syndicat. Beaucoup de travailleurs sont furieux contre leurs dirigeants syndicaux et certains commencent à tirer des conclusions :

« NOUS AVONS BESOIN DE TRANSPARENCE du début à la fin, dans toutes les négociations entre le SCFP et AC. Les membres doivent être présents pour voir ce qui est discuté en leur nom à la table des négociations », écrit Jung Panaich dans les commentaires de la publication mentionnée plus tôt. Nous sommes parfaitement d’accord.

Le syndicat devrait être sous le contrôle des membres de la base, sans négociations secrètes ni décisions prises à leur insu. Les négociations devraient être transparentes, et tous les développements importants communiqués aux membres. Des comités de la base devraient être élus pour siéger à chaque table de négociation, afin de s’assurer que la direction représente correctement les membres.

Même si cela dérangerait bien des bureaucrates syndicaux, le fait est que cela renforcerait énormément la position du syndicat, car cela susciterait un fort sentiment d’appartenance chez les membres et une plus grande volonté de se battre pour défendre leurs intérêts.

De nouvelles méthodes sont nécessaires

La crise du capitalisme canadien se traduit par une érosion généralisée des salaires, des milliers de suppressions d’emplois et des coupes dans les avantages sociaux. Les travailleurs en ont assez et sont prêts à se défendre sur les lignes de piquetage. Mais les gouvernements ne peuvent pas non plus se permettre que les travailleurs paralysent l’économie. C’est pourquoi les ordres de retour au travail sont désormais monnaie courante.

La grève d’Air Canada a montré la voie à suivre. Si les travailleurs passent à l’action, ces lois injustes ne tiendront pas. Mais cette grève a également mis en évidence les limites des dirigeants syndicaux actuels. Les directions syndicales canadiennes ont l’habitude de la paix des classes. Elles sont donc bien plus à l’aise dans les salles de réunion que sur les lignes de piquetage. Or, ces méthodes qui ont peut-être permis d’obtenir des résultats pour la classe ouvrière par le passé ne fonctionnent plus aujourd’hui.

Pour faire revivre le mouvement syndical au Canada, il faudra abandonner ces méthodes vouées à l’échec. Nous devons plutôt revenir aux méthodes fondatrices du mouvement syndical : la démocratie ouvrière, la lutte des classes et le socialisme.