La crise du capitalisme rend difficile d’être artiste

Les ressources existent pour produire une culture vivante et accessible à tous. Elles doivent être retirées des mains des brutes incultes qui nous gouvernent.
  • Olivier Turbide
  • mar. 14 juill. 2026
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La défunte salle de spectacle La Tulipe. Photo : Joanne Lévesque/CC.

Récemment, plusieurs artistes et représentants du milieu culturel au Québec ont fait des sorties dans les médias pour parler du niveau de précarité extrême auquel font face les artistes, en particulier depuis la pandémie.

Ces sorties sont, en dernière analyse, des symptômes de la manière dont le capitalisme est en train de détruire les conditions qui rendent possible l’expression artistique au Québec, une des principales choses qui introduit de la couleur et de la vitalité dans l’existence des travailleurs ordinaires.

De 2019 à 2025, par exemple, le nombre de demandes d’aide à la Fondation des artistes du Québec est passé de 80 à 1290 par année, une augmentation de 1513%. Même une musicienne relativement connue comme Stéphanie Boulay, qui a vendu plus de 120 000 albums avec son projet Les sœurs Boulay, a expliqué dans les médias qu’elle planifie de retourner aux études parce qu’elle ne peut plus subvenir à ses besoins dans les conditions actuelles.

Derrière ce phénomène se trouve évidemment la hausse du coût de la vie, jumelée à la stagnation et le déclin des revenus des artistes.

La manière dont les monopoles comme Spotify dominent la distribution en ne payant pratiquement rien aux artistes est bien connue. En réaction, beaucoup de musiciens s’étaient tournés vers les concerts pour gagner leur vie. Mais maintenant, même cette source de revenus est en train de se tarir.

Les salles de spectacle indépendantes, par exemple, ferment et se font de plus en plus rares à Montréal. Plus de 70% d’entre elles sont locataires; mais comme les baux commerciaux ne sont pas protégés contre les hausses de loyer abusives, elles sont soumises à des hausses rapides, allant parfois jusqu’à 30% à chaque renouvellement. De plus, se trouvant souvent à proximité de secteurs résidentiels, elles sont vulnérables aux plaintes de bruit; c’est de telles plaintes qui ont mené à la fermeture de salles très appréciées comme La Tulipe ou Le Divan Orange.

Il faut ajouter à cela que beaucoup de travailleurs, eux aussi pris à la gorge par les loyers, l’épicerie et les emplois précaires, n’ont tout simplement plus les moyens de soutenir les artistes en allant voir leurs spectacles. Le même système qui prive les artistes des moyens de créer prive donc aussi le public des moyens nécessaires pour profiter de leurs œuvres.

En réaction à ces sorties médiatiques, plusieurs larbins bourgeois de la droite québécoise ont réagi avec mépris en disant que les artistes devraient arrêter de « quémander », pour « mettre leurs lunettes de 2026 ». L’ironie ne pourrait être plus frappante, venant de commentateurs de Quebecor, qui elle-même a droit à des millions de dollars de subventions publiques et de crédits d’impôts!

Durant les années de la Guerre froide et de la chute de l’Union soviétique, on ne cessait de nous répéter le cliché selon lequel le communisme serait un système « gris » et « bureaucratique », opposé à « l’expression individuelle » de l’Occident capitaliste. Mais aujourd’hui, tous peuvent voir que la « liberté individuelle » du capitalisme ne signifie pas la création et l’expression artistique. Au contraire, elle ne signifie que la liberté pour une petite poignée d’entrepreneurs de faire toujours plus de profits en écrasant au passage l’art, ainsi que tout ce qu’il y a de beau et donne de la couleur à la vie.

Les ressources existent pourtant en abondance pour produire une culture vivante et accessible à tous. Elles doivent être retirées des mains des brutes incultes qui nous gouvernent. En renversant le capitalisme et reprenant dans leurs mains les grands leviers de l’économie, les travailleurs pourront gérer démocratiquement ces ressources.

Cela permettra un financement massif du milieu culturel. Les acteurs, chanteurs, musiciens, peintres pourront recevoir un revenu amplement suffisant pour exercer leur art sans s’inquiéter des fins de mois, ni devoir adapter leur art à ce qui est populaire pour survivre. Vivre de son art ne sera plus réservé à une minorité. Plutôt que de laisser les milieux culturels dépérir ou charger des prix exorbitants pour demeurer profitables, il sera possible d’ouvrir des salles de spectacles, maisons de production, plateformes de distribution, musées, etc., accessibles au grand public. C’est ainsi que l’art fleurira et sera véritablement libre.