Le gouvernement attaque le droit de grève : préparons la guerre de classe!

Après des années de violations répétées, le droit de grève subit maintenant une attaque frontale. Il faut que les dirigeants du mouvement ouvrier y répondent sérieusement.
  • Elliott Frith
  • mer. 22 juill. 2026
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Manifestation contre l’ordonnance de retour au travail émise par le gouvernement libéral contre les Teamsters en 2024. Image : Teamsters Rail/Facebook

La classe dirigeante canadienne s’apprête à réviser complètement le Code canadien du travail. Cela représente une attaque frontale contre le droit de grève.

Deux différents rapports – l’un émanant du gouvernement fédéral, l’autre du Sénat – ont appelé le Parlement à restreindre davantage, voire à supprimer, le droit de grève des travailleurs des secteurs sous réglementation fédérale. Cela devrait servir d’avertissement au mouvement ouvrier.

Fausse consultation

La consultation du gouvernement, qui s’est étendue sur 38 jours et s’est terminée le 25 mai, a sondé les syndicats et les employeurs sous réglementation fédérale sur de potentielles modifications apportées au Code canadien du travail. Bien qu’elles étaient présentées comme un moyen de « moderniser » les relations de travail pendant la présente période d’« incertitude économique », les modifications concernaient principalement de nouvelles façons de mettre un frein aux grèves : de nouvelles définitions de ce qui constitue un service essentiel, des délais révisés pour les négociations et les préavis de grève ainsi qu’un nouveau rôle de « médiateur spécial ».

Plutôt que de se concentrer à améliorer les conditions des travailleurs – ce qui contribuerait grandement à prévenir les grèves –, cette consultation servait bien davantage à trouver des moyens de limiter le droit de grève.

« Maintenir le Canada en mouvement »

Le 11 juin, le Sénat a emboîté le pas au gouvernement en publiant son propre rapport. Ce document, intitulé Maintenir le Canada en mouvement, met l’accent sur la nécessité de maintenir le « bon fonctionnement des chaînes d’approvisionnement […] alors que le Canada cherche à diversifier ses partenaires commerciaux ». Pour le Sénat, maintenir le bon fonctionnement des chaînes d’approvisionnement, c’est s’assurer que les débardeurs et les cheminots soient incapables de faire la grève.

Le Sénat recommande de redéfinir ce qui constitue un service essentiel, de créer un tribunal spécialisé encadrant les grèves dans les secteurs maritime et ferroviaire ainsi que de décrire explicitement les pouvoirs du ministre du Travail dans l’article 107 du Code du travail. Toutes ces recommandations encouragent le gouvernement (ou les entités qu’il désigne) à briser des grèves.

Parmi ces recommandations, l’on compte notamment le fait de donner le droit au tribunal spécialisé de déterminer si une grève peut « porte[r] atteinte à l’intérêt national ». L’on propose aussi de permettre au Conseil canadien des relations industrielles (CCRI) d’élargir la définition des services essentiels afin de briser des grèves, ou encore d’autoriser le ministre du Travail à déterminer un « seuil de préjudice économique » pour appliquer l’article 107.

Le Sénat veut « maintenir le Canada en mouvement » au prix des droits démocratiques des travailleurs.

Exécuter les ordres des patrons

Ces rapports montrent clairement que le gouvernement exécute les ordres des patrons. Bien avant la consultation, les compagnies de chemin de fer faisaient pression sur le gouvernement pour modifier le Code canadien du travail. Les modifications proposées sont clairement une réaction à l’augmentation des conflits de travail dans les secteurs fédéraux du transport en 2024 et 2025 – c’est-à-dire les ports, les chemins de fer et les lignes aériennes. En 2024, les libéraux ont mis fin à la grève des Teamsters en appliquant une ordonnance de retour au travail en vertu de l’article 107. Mais en 2025, lorsque le gouvernement a tenté de faire la même chose avec les agents de bord en grève, les travailleurs ont défié l’ordonnance de retour au travail et ont mené une grève illégale. Les patrons cherchent des moyens pour éviter que cela ne se reproduise.

Comme l’a souligné Christopher Monnette, de Teamsters Canada : « Lorsqu’on regarde les documents de consultation, il y a un grand nombre de choses qui se trouvaient sur la liste de souhaits du monde des affaires canadien. » L’Association des chemins de fer du Canada a transmis plusieurs recommandations au gouvernement en décembre, censées selon elle « réduire la probabilité des arrêts de travail ». Ces recommandations comportaient des références au United States Railway Labor Act (USRLA), qui fait intervenir un médiateur pour garder les syndicats à la table de négociation et hors des lignes de piquetage. Ce n’est pas un hasard si une telle recommandation a été incluse dans la consultation du gouvernement.

Cette attaque contre le droit de grève s’inscrit dans le contexte du budget présenté cet automne par Carney, qui a promis des milliards de dollars d’investissement dans de nouveaux projets d’infrastructure. Le capitalisme canadien cherche à attirer les investissements, ce qui implique la fin des grèves « perturbatrices » dans les ports ou sur les chemins de fer. Comme le dit Pascal Chan, de la Chambre canadienne de commerce : « Si les autres pays ne croient pas que le Canada peut livrer la marchandise puisque nous connaissons constamment des perturbations dans le monde du travail, ce sera un problème considérable pour l’économie. » S’exprimant du point de vue de la bourgeoisie canadienne, Chan omet opportunément d’expliquer les causes de ces « perturbations ».

Les travailleurs dans ces secteurs sont coincés entre des horaires plus longs, du travail non payé et des salaires érodés par l’inflation. Si ce travail est essentiel, les salaires et les conditions des travailleurs devraient le refléter. Dans les faits, les déclarations sur le « travail essentiel » ne sont qu’un écran de fumée pour dissimuler les intérêts réels du gouvernement, qui consistent à augmenter les profits des patrons et, par conséquent, à attirer l’investissement.

Se battre avec des mots, sans plan de bataille

À juste titre, les dirigeants syndicaux ont dénoncé ces rapports. À propos du rapport du Sénat, Mark Hancock, président national du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), a dit : « Le gouvernement devrait déposer ce rapport du Sénat à sa juste place – droit dans la poubelle. » Gil McGowan, président de la Fédération du travail de l’Alberta (FTA) a quant à lui alerté : « Simplement parce que [le gouvernement modifie] les lois, cela ne signifie pas qu’il n’y aura pas moins d’agitation chez les travailleurs. Cela ne signifie même pas qu’il y aura moins de grèves. […] [Cela] signifie seulement que les grèves qui se produisent seront illégales. » Bien que cette affirmation soit assurément vraie, de telles grèves ne se produiront pas – et ne vaincront certainement pas – sans une direction combative.

Hancock et McGowan ont tous deux fait face à des ordonnances de retour au travail et tous deux, à des degrés différents, ont plié sous la pression du gouvernement. À son crédit, Hancock a encouragé les agents de bord d’Air Canada à désobéir à l’ordonnance de retour au travail. Il a même déchiré l’ordonnance devant une foule. Mais il a ensuite rapidement imposé une mauvaise entente aux travailleurs, qui n’ont ainsi pu voir se concrétiser leur principale revendication : la fin du travail non payé.

Pour sa part, McGowan a reçu un soutien massif lorsqu’il a laissé entendre que la FTA prévoyait de déclencher une grève générale pour défier la menace d’ordonnance de retour au travail faite par Danielle Smith contre les enseignants à l’automne dernier. Pourtant, lorsque Smith l’a pris au mot et a fait passer son ordonnance, il a reculé.

Chacun de ces exemples montre que les mots ne suffisent pas. Les travailleurs ont été vaincus parce que la direction a échoué à appuyer ses menaces par des actions.

Défendons le droit de grève, défions la loi

Après des années de violations répétées, le droit de grève subit maintenant une attaque frontale. Il faut que les dirigeants du mouvement ouvrier y répondent sérieusement. Les travailleurs de l’éducation de l’Ontario en 2022 et les agents de bord d’Air Canada en 2025 ont clairement montré que la seule façon de vaincre des lois injustes consiste à les défier – sur les lignes de piquetage, en masse, dès qu’elles sont appliquées. Cette leçon ne devrait pas être oubliée.

Si l’attaque contre les travailleurs sous réglementation fédérale se concrétise, cela affaiblira tout le mouvement ouvrier, et des mesures similaires seront assurément prises dans tout le pays. Toute tentative de supprimer le droit de grève doit se buter à une riposte massive du mouvement ouvrier. Pour protéger le droit de grève, nous avons besoin d’un mouvement national de défiance : des piquets de solidarité et des manifestations de masse des syndicats de tout le mouvement ouvrier. La direction syndicale doit commencer à préparer ce mouvement dès maintenant.

La classe dirigeante se prépare à la guerre de classe. La classe ouvrière doit faire de même.