Licenciements chez Stelco : le capitalisme saigne à blanc l’industrie canadienne de l’acier

La guerre commerciale actuelle avec les États-Unis n’est pas à l’origine de cette crise. Elle ne fait que mettre en lumière la pourriture qui ronge le capitalisme canadien.
  • Koral Samsa
  • jeu. 29 oct. 2026
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Image : Focused 001/Flickr.

La compagnie de production d’acier Stelco licenciera jusqu’à 500 travailleurs dans son usine de Hamilton et dans ses sites du lac Érié. Ces licenciements font suite à la décision de sa société mère américaine, Cleveland-Cliffs, de fermer ses lignes de production d’acier galvanisé au Canada. L’entreprise évoque une perte de profitabilité dans le secteur de l’acier fini en raison des plus récents tarifs américains. Elle qualifie ces licenciements de « regrettables, mais nécessaires ». C’est là le calcul froid du capitalisme, qui menace aujourd’hui de plonger dans la précarité des centaines de métallurgistes.

La solution? Dilapider de l’argent

Mark Carney a déploré que Stelco ait « trahi » les travailleurs canadiens. Il a affirmé qu’il y avait « de l’argent sur la table » pour permettre aux employés de conserver leur emploi, laissant ainsi entendre qu’il était prêt à accorder une nouvelle aide financière de plusieurs millions de dollars à l’entreprise. Selon des sources bien informées, le gouvernement fédéral « a tout essayé », en proposant à Stelco un ensemble de mesures comprenant un financement provisoire, des prêts à long terme et des fonds destinés à la modernisation. Et pourtant, l’entreprise a refusé.

Le PDG de Cleveland-Cliffs, Lourenco Goncalves, a fermement déclaré qu’« aucune somme d’argent » versée par le gouvernement fédéral n’aurait pu le faire revenir sur sa décision, affirmant qu’« il n’existe pas de marché au Canada pour la quantité d’acier galvanisé que nous produisons dans ce pays ».

Il est vrai que les aciéries canadiennes n’ont jamais été conçues seulement pour le marché canadien. Elles ont été conçues pour approvisionner un réseau d’industries intégrées s’étendant à toute l’Amérique du Nord. Si les acheteurs au Canada absorbent environ la moitié de la production, le reste est presque entièrement destiné au marché américain.

Pour les capitalistes propriétaires de ces usines, le maintien de ce volume d’exportation est une condition indispensable à la production. Sans un taux élevé d’utilisation des capacités qui permet de réduire les coûts à la tonne et de générer des profits, ils ne maintiendront pas les usines en activité. Par conséquent, lorsque les droits de douane américains freinent les exportations, les capitalistes n’accepteront pas de réduire leurs marges bénéficiaires pour protéger les emplois : ils mettront invariablement fin à l’activité. Algoma Steel l’a prouvé plus tôt cette année, en licenciant plus de 1 000 salariés peu après avoir empoché une aide gouvernementale de 500 millions de dollars.

Ainsi, lorsque Goncalves affirme que le gouvernement fédéral est comme « un médecin qui propose de l’argent à un patient malade au lieu de lui prescrire un médicament pour soigner sa maladie », il est difficile de ne pas être d’accord avec lui. Aucune aide aux entreprises, quelle qu’en soit l’ampleur, n’empêchera les capitalistes de supprimer ces emplois.

Une poursuite judiciaire pour récupérer les emplois?

À court d’incitatifs, Carney passe désormais aux menaces : le gouvernement canadien déclare vouloir poursuivre Cleveland-Cliffs en justice pour avoir enfreint les conditions de son rachat de Stelco en 2024, qui prévoyaient notamment le maintien d’un certain nombre de salariés syndiqués dans ses sites.

Ron Wells, président de la section locale 1005 du Syndicat des Métallos, qui représente les salariés de Stelco à Hamilton, a fait l’éloge de cette initiative, ajoutant qu’il espérait qu’Ottawa « fasse [de Cleveland-Cliffs] un exemple ». Le directeur national du syndicat, Marty Warren, a lui aussi salué la position de Carney et a appelé le gouvernement à « agir avec détermination ».

Mais pourquoi les travailleurs devraient-ils faire confiance à Carney pour les protéger? Depuis le premier jour de la guerre commerciale, les libéraux ont dorloté les patrons d’entreprise avec des milliards de dollars en prêts bon marché et en subventions. Carney ne fera rien qui puisse mettre en péril les profits de Cleveland-Cliffs, surtout pas alors qu’il tente de convaincre davantage de capitalistes étrangers d’investir au Canada. C’est pour cette même raison que les menaces répétées du gouvernement de poursuivre Stellantis en justice au sujet des garanties d’emploi n’ont débouché sur aucune action concrète.

Même si une procédure judiciaire voyait le jour, elle s’éterniserait inévitablement pendant des années, laissant des centaines de métallurgistes dans l’incertitude. Nous l’avons constaté en 2009, lorsque le gouvernement a poursuivi U.S. Steel pour des promesses d’emploi similairement brisées après le rachat de Stelco : après des années au tribunal, l’affaire a été réglée à l’amiable en échange de vagues promesses d’investissement, sans qu’un seul emploi n’ait pu être sauvé.

Les tribunaux ne mènent nulle part. Ces obligations légales ne valent même pas le papier sur lequel elles sont écrites lorsque les profits des entreprises sont en jeu.

Comment combattre les licenciements

Alors, que faire?

Les travailleurs de Stelco sont déjà en train d’être licenciés. Ils ont à peine eu un jour de préavis. Au lieu d’attendre que le gouvernement agisse, le syndicat devrait prendre des mesures immédiates pour mettre fin à ce massacre d’emplois. Les travailleurs devraient occuper les sites et bloquer toute tentative de fermeture ou de délocalisation des chaînes de production. C’est la seule façon de sauver ces emplois.

Cleveland-Cliffs a déjà clairement démontré qu’elle privilégie les profits de l’entreprise au détriment de toute obligation envers les travailleurs canadiens. Plutôt que d’attendre la conclusion d’un long procès, le syndicat devrait exiger que Stelco soit nationalisée sans compensation. D’énormes sommes provenant des fonds publics ont déjà été injectées pour maintenir cette entreprise à flot, sans parler des décennies de bénéfices colossaux générés sur le dos des mêmes travailleurs qui se retrouvent aujourd’hui mis à la porte!

Si ces licenciements ont bel et bien lieu, ils auront des répercussions dans tout Hamilton, portant un coup dévastateur aux commerces et aux services locaux qui dépendent des salaires des métallurgistes. Ni la bonne volonté des entreprises ni les tribunaux ne sauveront la ville d’un destin similaire à celui des autres villes de la « Rust Belt ». Il est temps que les travailleurs prennent leur avenir en main.

Le futur de l’acier canadien

D’après la logique du marché, l’industrie canadienne de l’acier est condamnée si ses produits ne trouvent pas d’acheteurs, puisque les capitalistes ne financeront pas une production non profitable. Or, c’est précisément ce manque chronique d’investissements dans la modernisation qui a rendu cette industrie non compétitive (et non profitable). Des décennies de propriété privée ont mené l’industrie canadienne de l’acier à la ruine en privilégiant les bénéfices à court terme au détriment des investissements à long terme, nécessaires pour assurer sa viabilité.

La guerre commerciale actuelle avec les États-Unis n’est pas à l’origine de cette crise. Elle ne fait que mettre en lumière la pourriture qui ronge le capitalisme canadien.

Pour résoudre cette crise, il faut intégrer non seulement Stelco, mais aussi l’ensemble de l’industrie de l’acier dans un plan de production socialiste. C’est le seul moyen de garantir que les revenus soient réinvestis dans la modernisation des infrastructures, tout en assurant des emplois bien rémunérés et sûrs.

La production d’acier est le pilier de toute économie industrielle digne de ce nom. C’est la matière première indispensable à la construction des réseaux de transport modernes, des logements, des infrastructures d’énergie propre et de l’industrie lourde. Les capitalistes ont démontré à maintes reprises qu’on ne pouvait pas leur faire confiance pour maintenir en vie cette industrie fondamentale. La voie à suivre passe par le socialisme, système au sein duquel la production est guidée par les besoins humains, et non par les profits privés.

Carney parle sans cesse de projets d’infrastructure visant à « construire la nation », mais de grandes ambitions telles que des trains de voyageurs à grande vitesse ou des réseaux nationaux d’énergie propre ne peuvent exister sans un approvisionnement garanti en acier local. S’il était véritablement déterminé à développer la capacité de production du Canada, il retirerait des mains des spéculateurs privés des producteurs essentiels – comme Stelco et Algoma – pour les placer sous contrôle public. Bien sûr, en tant que représentant de la classe capitaliste, Carney ne fera jamais cela. Garantir les profits des entreprises : tel est son engagement primordial.

Ce n’est qu’en remplaçant le chaos du marché par une planification économique rationnelle et démocratique que nous pourrons libérer notre véritable potentiel économique, mener à bien ces projets transformateurs et garantir à chacun une qualité de vie élevée.